Anne HERBAUTS, Matin Minet – Grandeur nature, École des Loisirs, coll. « Pastel », 2024, 48 p., 15 €, ISBN : 9782211338165
Anne Herbauts refuse de dissocier le processus d’illustration de celui de l’écriture, comme elle le formule ailleurs : « J’écris avec le texte et l’image, ou plutôt j’écris entre le texte et l’image. » Ses livres se construisent donc dans un même mouvement. Cette « fusion » des matériaux se perçoit notamment dans un dessin qui ne représente pas mais raconte, ou encore dans des mots qui se déplacent sur la page sans se cantonner à une place-miroir. Outre cet aspect graphico-textuel dynamique, l’univers d’Herbauts est traversé par de nombreuses lignes de cohérence, entre autres son amour de la nature (qu’elle met obstinément en valeur par diverses techniques mêlant transparence des délavés et coups de crayons affirmés), son intérêt pour les petites choses du quotidien, son questionnement sur l’insaisissabilité (du temps, de la beauté, de la lumière, etc.) et son talent pour la création de personnages drôlement attachants. Continuer la lecture


Est-ce un livre ? Est-ce jeu ? Est-ce un concentré de poésie ? Oui, oui, et oui ! Miettes, moineau, ribouldingue, la dernière publication d’aNNe herbauts aux éditions Esperluète, est tout ça à la fois, mais est avant tout le prolongement d’une exposition-jeu conçue par l’autrice-illustratrice et son éditrice, Anne Leloup, à l’initiative du Service général des Lettres et du Livre de la Fédération Wallonie-Bruxelles
Aya le tigre accompagne Mamie au supermarché. Entre la liste des achats (tous les rêves sont permis !), le caddie (faire la course dedans ou pas ?), les bonbons (en avoir ou pas ?), la rencontre avec la voisine (et son caniche blanc, Tofu), la traversée du passage piéton (attendre le feu vert ou pas ?), le goûter des mamies (et Mong, le chien de madame Moka) et les mots croisés dans le canapé (félin en cinq lettres ?), cela en fait, des aventures ! Mamie Manga, le nouveau livre d’aNNe herbauts, alterne entre deux types de narration. L’une, celle de la mamie, est classique : un texte écrit sur la page de gauche, une illustration sur celle de droite. L’autre, celle du tigre, reprend les codes du manga : découpage en cases, dynamisme du dessin, action, grands yeux, onomatopées… Le rythme alterne, lui aussi : calme et posé pour les parties « mamie », endiablé pour les parties « tigrées ». 


Que disent de nous les lieux que nous abandonnons ? Que dit un foyer de la personne qui y a vécu ? Les objets gardent-ils d’elle une empreinte, une présence ? Dans son dernier livre, aNNe herbauts raconte l’absence, celle d’Hadda, à travers l’exploration de son appartement. Sans jamais représenter personne, en choisissant de n’illustrer que les pièces et tout ce qu’elles contiennent de matériel, l’autrice-illustratrice boitsfortoise réalise le tour de force de livrer un album touchant, d’une grande humanité. De la cuisine au salon, en passant par le balcon et le corridor, le regard se pose sur tout qui a fait la vie d’Hadda, grand-mère que l’on devine décédée récemment, et à travers ces objets posés, chaises autour de la table, lunettes sur une cheminée, écharpe, pot de farine, oignon, plantes en pot, radio, trousseau de clés, quelque chose d’elle, que nous ne connaissons pas, semble surgir, apparaitre pour aussitôt nous échapper. Des fulgurances de présence se dessinent dans ces moments suspendus. 
En 2018, les éditions Esperluète publiaient
Ni l’un ni l’autre, le dernier album d’Anne Herbauts est joyeux, entrainant, et une vraie déclaration d’indépendance des jeunes enfants auxquels il s’adresse. Eux qui sont souvent comparés à papa ou maman (dont ils auraient les oreilles, le nez ou le caractère), définis par ceux-ci, étiquetés malgré eux, se développent pourtant en tant qu’individus dotés d’une personnalité qui n’appartient et ne ressemble qu’à eux. Et c’est ce que nous rappelle cet album tout en couleurs.