Ciney rouge

Ludovic PIERARD, Abso­lu­tion, Acad­e­mia, coll. “Noirs des­seins”, 2022, 194 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782806106735

pierard absolutionMichel ne sait plus que faire. Son épouse, Léa, s’éloigne à grands pas de lui sans se retourn­er. Elle ne jure plus que par ses cours de yoga dont elle dit qu’ils lui font le plus grand bien, quit­tant la mai­son de plus en plus sou­vent. Depuis une fausse couche, elle ne cesse de se cul­pa­bilis­er, et ne trou­ve aucun répit. Il est loin les temps de l’amour fou, et Michel se retrou­ve seul face à lui-même, sou­vent un verre à la main. Reste son méti­er de polici­er, qui l’occupe tout entier, sans doute trop, mais c’est sa pas­sion pre­mière. Aus­si se sent-t-il revivre quand il est appelé sur la scène d’un crime, chose rare à Ciney, sa petite ville de province. Le cadavre retrou­vé est mis en scène devant une croix, il affiche des signes trou­blants. La vic­time est un mag­is­trat siégeant au tri­bunal d’application des peines et qui habitait la ville. Il ne se remet­tait pas d’avoir con­tribué à libér­er un mal­frat qui s’en était pris à une femme enceinte, celle dont la tombe a servi pour la mise en scène macabre.

Débute alors une enquête laborieuse, aux indices min­imes. Michel peut compter sur la col­lab­o­ra­tion sans faille d’Alex, sa belle coéquip­ière et com­plice. Nou­velle venue dans l’équipe, et seule femme, elle est au cen­tre de tous les regards. La ten­sion monte d’un cran lorsqu’un deux­ième cadavre est décou­vert, suivi d’un autre encore. Et tou­jours assor­tis du même céré­mo­ni­al sor­dide. Entre les vic­times, le seul point com­mun tient à la cul­pa­bil­ité pro­fonde. Toutes ont annon­cé à leurs proches l’imminence d’un voy­age, la per­spec­tive de jours meilleurs, avant de dis­paraître des radars puis d’être retrou­vées assas­s­inées de façon atroce. Il fau­dra la ténac­ité de toute l’équipe pour venir à bout du mys­tère. Mais une fois le repère du tueur iden­ti­fié, il restera à neu­tralis­er un homme qui n’a plus rien à per­dre et qui s’est pré­paré au pire…

Ludovic Pier­ard manie le sus­pense avec tal­ent. Placé sous ten­sion per­ma­nente, le réc­it se nour­rit généreuse­ment de la dynamique interne de ses per­son­nages. Celle du désar­roi de Michel, de son cou­ple à la dérive, du jeu de séduc­tion qui se déploie entre lui et Alex en marge d’une énigme poli­cière de haut vol qui passe au peigne fin les mécan­ismes sec­taires. Pour ampli­fi­er ces jeux rela­tion­nels, l’auteur mul­ti­plie les points de vue, entre­coupant le réc­it des faits de séquences où les pro­tag­o­nistes, assas­sin y com­pris, livrent leur point de vue dans un forme de mono­logue intérieur. Le tout sur fond de morceaux du groupe de rock bri­tan­nique Muse dont le texte traduit, en accord avec les thé­ma­tiques dévelop­pées, scan­de l’évolution du réc­it.

Pro­fondé­ment enrac­iné dans la région cina­ci­enne où vit l’auteur, Abso­lu­tion en fait bat­tre le cœur, nous menant de bistrot en restau­rant, célébrant un art de vivre bon enfant qui ne tient pas qu’à sa bière locale. Un con­tre­point bien­venu pour repren­dre haleine à la lec­ture de ce thriller envolé et envoû­tant que les ama­teurs liront cer­taine­ment d’une traite.

Thier­ry Deti­enne