Charlotte MOORS, Alessandro, Academia, coll. « Noirs desseins », 2024, 184 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3697‑8
Ce roman débute sur un malaise mêlant rêve et réalité. Alessandro a 8 ans, il se réveille et son lit est trempé d’urine, ce qu’il voudrait dissimuler, il parle de couteau et de sang. Dans quatre jours, c’est la rentrée des classes et sa sœur Giulia ne cesse de se moquer de lui. Dans sa chambre et à l’école, il dessine des personnages de mangas, inspirés des livres qu’il dévore, il est amoureux de Marie et il fuit la compagnie de son père et des bouteilles de vin qui lui tournent la tête. Changement de point de vue et saut dans le temps, qui se répétera tout au long du roman : nous sommes dix ans plus tard et Françoise, son institutrice d’alors, qui est maintenant en fin de carrière, est à la veille d’une autre rentrée des classes, ce moment magique où le manège scolaire se remet en route avec de nouvelles têtes. Elle apprend qu’Alessandro est en prison pour des faits graves et cette nouvelle la touche singulièrement. Comment un élève dont elle avait décelé le potentiel peut-il en être arrivé là ? Continuer la lecture
Le premier roman de Michel Desmarets nous fait découvrir les souvenirs de Côme, qui a perdu son frère aîné et replonge dans son passé en foulant le sable d’une plage qu’il affectionne. Il emmène son lecteur dans ses territoires intimes, dans les explorations de l’enfance et les jeux fraternels teintés d’euphorie et d’émerveillement, devenus ainsi inoubliables.
« Elle espérait que son exemple me donne de la force. Mais c’était tout le contraire qui se produisait ». Elle, la mère d’Isabelle. Elle, l’ombre écrasante. Elle, qui ne veut surtout pas que sa fille cache ou gâche sa beauté. Elle, l’unique lien, la seule, face au vide généalogique. Elle, dont la mort fait éclater le mensonge, la transmission filiale au prisme des secrets et des non-dits. Isabelle devra alors voir au-delà d’elle, sonder l’héritage tapi dans des profondeurs insoupçonnées, retracer des liens d’une noirceur d’encre à l’incandescence d’elle.
Des amours de soie, le troisième roman en date de Martine Roland, confirme encore l’intérêt de l’autrice pour les sujets denses et mystérieux, voire hors normes en nous invitant à suivre les rencontres, les chocs psychologiques et surtout la violence des relations humaines. Dans ce roman, paru dans une nouvelle collection de livres noirs chez Academia, « Noirs desseins », l’auteure nous offre un thriller psychologique surprenant et aux échos les plus noirs.
Née des confidences d’une amie de l’autrice, cette fiction place côte à côte un candidat réfugié afghan et une femme belge d’une cinquantaine d’années. Enseignante, mère de deux enfants, elle, dont le prénom nous est tu, se trouve à un moment de sa vie où la voie semble toute tracée. Mais elle a laissé partir un mari et vit avec un goût de trop peu. Lui a une jeune épouse restée au pays avec leur enfant, il veut obtenir le droit de séjour et les faire venir quand tout sera réglé. Ces deux-là dont la vie est en suspens vont entrecroiser leurs destins et vivre une histoire d’amour qui défie les idées reçues. 



Lucie Mahieu, l‘autrice, est coordinatrice d’une maison d’accueil pour adultes à Mons. On y croise des personnes en grande précarité, de celles qui ne rentrent plus dans aucun créneau d’aide classique et qui se trouvent le plus souvent sans logement. Il nous faut drainer la colère, échos de la maison d’accueil Saint Paul rassemble des articles qu’elle a écrits au cours des vingt dernières années et qui ont été publiés dans le bulletin de liaison de son institution.
Voici un roman qui prouve à merveille, si besoin en était, que des souvenirs familiaux peuvent servir de terreau à de véritables œuvres littéraires. Françoise Duesberg a bénéficié du fait que ses père et mère prenaient note de tout et conservaient soigneusement leurs échanges écrits, les souvenirs consignés. Elle a compulsé ces matériaux, qu’elle a complétés de ses propres souvenirs tout en imaginant, forte de ces informations, les espaces couverts de silences.
Littératures une collection de fictions belges apparue en 2013 au sein des Éditions Academia. Fondée en 1987, cette maison d’édition a tout d’abord développé des collections de sciences humaines universitaires. Avec Littératures notamment, la maison accueille désormais récits, romans, nouvelles d’autrices et auteurs francophones de Belgique. « L’objectif est de donner vie à des textes d’auteurs débutants ou confirmés, des textes variés et de qualité », nous explique Sidonie Maissin, responsable des relations publiques et commerciales pour les éditions Academia.
C’est décidément tout l’art du romancier que de nourrir ses créations de sa propre expérience et, par la voie de l’écriture, de la métamorphoser en fiction pour lui donner corps et sens aux yeux de ses semblables. Luc Bawin est médecin et ses engagements professionnels et militants lui ont donné l’occasion de côtoyer le milieu de l’adoption et celui du soutien aux réfugiés, deux thématiques qu’il marie dans Soustractions, œuvre aux résonances multiples.
C’est étrange, se dit Clara, que les pensées d’une personne surgissent ainsi de la bouche de quelqu’un d’autre.
Le récit de Dominique Meessen débute par la fugue de Victor, un pédiatre retraité atteint de la maladie d’Alzheimer. Il quitte la maison de repos et se réfugie dans la forêt, par manque de confiance aux soignants qui l’infantilisent, mais aussi pour poursuivre un souvenir qui l’habite depuis cinquante ans.
Voilà un personnage, un vrai, qui suscite une multitude de sentiments mêlés. Personnage réel ou amplifié, personnage revisité par la mémoire qui n’est pas toujours fidèle, surtout quand la littérature la revisite (d’où le terme « roman » sur la couverture). Une grand-mère portraiturée par une petite-fille, devenue adulte, qui porte sur elle un regard contrasté. Car cette grand-mère est un phénomène, il n’y a pas d’autre mot, et c’est tout le charme de ce livre.