L’envol d’un colibri

Marie COLOT, 113 raisons d’espérer, Mag­nard jeunesse, coll. « La brève », 2022, 77 p., 8,90 € / ePub : 6,49 €, ISBN : 9782210974739

colot 113 raisons d'espérerMarie Colot pub­lie un nou­v­el opus dans la col­lec­tion « La brève » chez Mag­nard jeunesse, car­ac­térisée par des textes courts disponibles dans un for­mat à lire et à écouter. Nous décou­vrons ici le jeune Noé, 14 ans, écrasé par un monde trop angois­sant pour lui. Con­scient de la grave crise cli­ma­tique dans laque­lle nous sommes plongés, il rédi­ge des listes pour se don­ner l’illusion de tenir les drames à dis­tance.

Empêtré dans une forme de tor­peur à cause de la six­ième extinc­tion de masse, il est hor­ri­fié face à son frère Louis qui vit sa vie d’adolescent insou­ciant et ses par­ents qui ont décidé d’avoir un nou­v­el enfant. Il se sent bien seul avec ses peurs, s’isole de plus en plus de ce qu’il con­sid­ère comme l’inconscience humaine, il est qual­i­fié de sen­si­ble et de pes­simiste. Le voilà figé dans un piège dont il ne voit pas l’issue, ce qui rend la com­mu­ni­ca­tion avec lui par­fois dif­fi­cile telle­ment le sujet le tient à cœur.

J’en ai marre de ces remar­ques insup­port­a­bles. Il me rap­pelle sans cesse que je suis « trop » émo­tif, qu’il faut arrêter de broy­er du noir et prof­iter de la vie. Il pré­tend qu’il suf­fit de penser à autre chose… Pour lui et les autres, c’est facile. Ils sont telle­ment occupés par leur petite vie qu’ils ne se ren­dent compte de rien

Le point de vue de Noé prend du relief lorsque son amie Rachel lui offre un « Car­net d’émerveillement ». Il cherche par hasard des bonnes nou­velles sur la toile et en décou­vre une mul­ti­tude à sa plus grande sur­prise. Il se pro­duit alors un déclic : lui aus­si doit agir à sa mesure, mais une mise en mou­ve­ment n’est pas sim­ple quand on se croit insignifi­ant et inca­pable d’avoir un quel­conque impact sur un défi aus­si ambitieux…

Dans 113 raisons d’espérer, Marie Colot nous offre une his­toire courte écrite dans un style flu­ide qui ne présente aucune dif­fi­culté de lec­ture pour le jeune pub­lic. L’histoire se focalise sur l’importance des petits pas dans l’engagement pour une cause, mais aus­si de la néces­sité d’affiner un point vue quelque peu manichéen. Par­fois, la seule pos­si­bil­ité d’action est d’accomplir des petits gestes au quo­ti­di­en et cela n’empêche pas de savour­er l’instant présent afin de pou­voir affron­ter les défis de demain.

Je ne lui pré­cise pas que mes angoiss­es débar­quent tou­jours et qu’elles ne dis­paraîtront pas, puisque les hommes con­tin­u­ent de courir à leur perte. À la place, je m’excuse :
- Je suis désolé d’avoir été agres­sif et ron­chon ces derniers temps. Surtout d’avoir râlé à pro­pos de ta grossesse et de votre envie d’avoir un bébé.
- Un monde où on n’a plus d’enfants est un monde qui meurt, Noé. Tu nous as sou­vent traités d’inconscients, et tu avais en par­tie rai­son. Je crois, de mon côté, que c’est tout aus­si incon­scient de ne plus rien espér­er des autres et de la vie. L’imagination et la lucid­ité sont indis­pens­ables pour s’adapter, et les humains prou­vent régulière­ment qu’ils en sont capa­bles. Ils se relèvent des guer­res, des oura­gans, des séismes et des pandémies. Pourquoi échoueraient-ils cette fois ?
Un déluge de con­tre-exem­ples et de chiffres sur­git dans ma tête et y reste. Je préfère pour­tant prof­iter de l’instant. Ma mère sourit. Grâce à moi. 

113 raisons d’espérer est une his­toire qui nous insuf­fle une petite bouf­fée d’air frais et donne des ailes au col­ib­ri tapi en cha­cun de nous.

Séver­ine Radoux

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