Archives par étiquette : écologie

« Les hommes écouteront-ils les oiseaux, eux aussi ? »

Un coup de cœur du Carnet

Valentine LAFFITTE, Aux quatre coins du monde, Versant Sud, coll. « Les pétoches », 2020, 40 p., 15.90 €, ISBN : 978-2-930938-11-0

valentine laffitte aux quatre coins du mondeVéritable écrin de douceur, de délicatesse, l’album Aux quatre coins du monde est un bijou de plus proposé par l’éditeur Versant Sud. Inscrit à juste titre dans la collection “Les pétoches”, ce deuxième opus de l’autrice et illustratrice Valentine Laffitte est un medium intelligent pour exprimer ce que nous craignons et redoutons… en l’occurrence, un monde qui, littéralement, se dénature. Continuer la lecture

Réinventer une compatibilité de l’humain avec la biosphère

Un coup de cœur du Carnet

Gauthier CHAPELLE, avec la participation de Michèle DECOUST, Le vivant comme modèle. Pour un biomimétisme radical, Préfaces de Nicolas Hulot et de Jean-Marie Pelt, Dessins de Luc Schuiten, Albin Michel, Espaces libres Poche, 2020, 432 p., 11 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 9782226320186

le vivant comme modèle de gauthier chapelle livre de pocheD’une prodigieuse richesse conceptuelle, bouillonnant d’innovations pratiques, Le vivant comme modèle. Pour un biomimétisme radical nous délivre des schèmes de penser, de sentir nous donnant la possibilité de nouer une nouvelle alliance avec les formes du vivant. Ingénieur agronome, biologiste, concepteur de la collapsologie avec Raphaël Stevens et Pablo Servigne, ancien élève de Janine Benyus qui a développé la théorie du biomimétisme, Gauthier Chapelle déplie toutes les vertus du biomimétisme, à savoir l’ensemble des processus d’innovation (économiques, technologiques..) que les humains peuvent mettre en place en suivant une idée-clé : ces innovations et ces stratégies à faible impact environnemental doivent être inspirées par le modèle du vivant, par les phénomènes que la nature, les organismes ont expérimentés depuis des milliards d’années. Continuer la lecture

Quand la transition écologique va de pair avec la transition intérieure

Géraldine REMY, Qui veut la peau de la licorne ?, Ker, coll. « Témoins du monde », 2020, 279 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-87586-275-4

géraldine remy qui veut la peau de la licorneEn 2018, Géraldine Remy nous faisait découvrir les licornes dans son premier livre Les secrets de la licorne. On y apprenait que dans le contexte de transition écologique, ce cheval fabuleux avec sa corne unique au milieu du front représente toute personne qui cherche à consommer (et vivre) différemment. Dans son nouveau livre Qui veut la peau de la licorne ?, on retrouve l’unicorne (alias Géraldine, la comparaison s’arrête là) pour un témoignage juste, franc, empreint d’autodérision où Géraldine raconte quel genre de parcours – initiatique – elle a traversé pour passer de l’écoanxiété à la résilience intérieure. Continuer la lecture

Vinciane Despret : récits de rencontres, de transformations entre humains et animaux

Vinciane DESPRET, Quand le loup habitera avec l’agneau, Nouvelle édition augmentée, Empêcheurs de penser en rond, 2020, 325 p., 20 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978-2-35925-182-1

Dans cette nouvelle édition augmentée de Quand le loup habitera avec l’agneau, Vinciane Despret interroge les transformations mutuelles produites par les rencontres entre les primates, les perroquets, les corbeaux, le monde animal et les éthologues, les primatologues. Les récits portés sur les animaux ont changé au cours des dernières années. Alors que des préjugés, des a priori enfermaient les moutons dans l’image d’êtres dociles, moutonniers, on leur a découvert une intelligence sociale élaborée. Plaidant pour la continuité des formes du vivant, des primates aux humains, Darwin a cherché des candidats primates témoignant de notre origine. Un des candidats, compatibles avec la théorie de l’évolution et de la sélection naturelle fut le babouin. Enrôlé dans un protocole devant nous aider à comprendre notre origine, le babouin mâle a peu à peu été perçu comme belliqueux, compétitif, dominant. Or, des naturalistes ont par la suite montré que, loin d’être pris dans des liens de compétition, les babouins mâles s’intégraient dans une société vertébrée par l’amitié avec les femelles. Continuer la lecture

Des dieux et des hommes

Lison FERNÉ, La déesse requin, CFC Editions, 2020, 110 p., 18 €, ISBN : 978-2-87572-049-8

Au travers du prisme du merveilleux, du conte, Lison Ferné délivre dans La déesse requin, sa première bande dessinée, une puissante fable écologique, politique et militante. La fiction repose sur une dualité de mondes aux frontières infranchissables par la majorité des créatures, celle du second du moins. Le monde d’en bas, des profondeurs est celui des dieux de la mer, des êtres métamorphiques qui peuvent changer d’apparence, passer d’une anatomie recouverte d’écailles à une anatomie humaine. Le monde d’en haut, peuplé par les humains, ignore tout de l’Autre monde. Au travers de Dahut, la déesse requin, fille de la grande déesse Boddhisatva, Lison Ferné nous entraîne dans un récit initiatique qui, par le biais de la magie, du féerique,  interroge la crise environnementale actuelle (surpêche, extinction massive des espèces animales, végétales). Le nom de l’héroïne évoque le personnage de la mythologique celtique, Dahut, incarnant un pouvoir spirituel féminin. Dans l’imaginaire foisonnant, syncrétique de Lison Ferné, la mythologie celtique réappropriée côtoie le bouddhisme : les bodhisattvas désignent des bouddhas n’ayant pas encore atteint l’éveil, qui furent parfois grands bouddhas dans le passé et reviennent enseigner la sagesse et l’éveil dans le monde des vivants. Continuer la lecture

Sur Greta Thunberg et l’archéologie des épidémies

Laurent DE SUTTER, Lettre à Greta Thunberg. Pour en finir avec le XXème siècle, Seuil, coll. « Anthropocène », 2020, 96 p., 9,90€, ISBN : 978-2-02-145828-2

Laurent DE SUTTER, Changer le monde, Observatoire, coll. « Et après ?», #11, 2020, 38 p., ePub : 1.99 €, ISBN : 979-1-03-291581-3

Ô combien roboratifs en cette époque obtuse s’avèrent les deux derniers essais de Laurent de Sutter, Lettre à Greta Thunberg. Pour en finir avec le XXème siècle et Changer le monde.  

Sa percutante lettre à Greta Thunberg montre combien la jeune femme a réveillé nos consciences endormies, pointé notre déni, secoué notre inaction. Par son surgissement inattendu, insolite dans l’espace public, elle a introduit une nouvelle différence là où régnait une criminelle indifférence. Laurent de Sutter interroge la mobilisation planétaire sans précédent que Greta Thunberg a soulevée et la levée de boucliers qu’elle a suscitée de la part des écocidaires et des planqués, complices du système d’extermination du vivant. Elle a fait bouger les lignes en alertant sur l’urgence climatique, l’urgence à sauver les formes du vivant habitant cette Terre. Pour l’auteur, la force de ralliement, la singularité de son engagement  viennent de ce qu’elle a délaissé la connaissance (qui, laissant tout en place, est complice de la dévastation écologique) au profit du savoir (savoir-pratique au sens de praxis). Quelques salves bien décochées visent la culture d’hyperlettrés accrochés à leur trône, ceux-là mêmes qui ont conspué Greta Thunberg pour avoir transgressé les règles des discours acceptables, c’est-à-dire la police de la pensée. Or, elle est un hapax dans l’ordre discursif. On ajoutera que, souvent, les hyperlettrés sont, comme les sous-lettrés techniciens, des analphabètes de la vie. G. Thunberg se place sur le plan de la vie (mise à mort, malade, assassinée) et non sur celui des discours, de l’empire de la connaissance. Continuer la lecture

Récits du monde végétal

Christine VAN ACKER, L’en vert de nos corps, Préface de Vinciane Despret, Arbre de Diane, coll. « La tortue de Zénon », 2020, 228 p., 15 €, ISBN : 978-2-930822-15-0

Pour évoquer le monde végétal que le savoir dominant de l’Occident a ignoré pendant des siècles, Christine Van Acker a choisi de nouer deux registres, ceux de la poésie et de la science jusqu’à brouiller leurs frontières, montrant l’artificialité des découpes entre champs de connaissance. Livre-jardin, livre-forêt, rythmé par un essaim de citations qui pollinisent le texte, L’en vert de nos corps nous fait pénétrer dans les mélodies du végétal. Par les sens et les vertus de l’écoute, en collant l’oreille au tronc des grands silencieux, en prêtant attention aux fleurs, aux arbres, aux légumes, non pour ce qu’ils nous procurent comme bienfaits mais pour eux-mêmes. Continuer la lecture