Excavation du verbe

Un coup de cœur du Car­net

Har­ry SZPILMANN, Ful­gor, Cormi­er, 2022, 72 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87598–033‑5

szpilmann fulgor« Souf­fle », « désas­tre » et « embrase­ments » – nous sommes d’emblée, dès les pre­miers mots, en terre szpil­mani­enne. D’un livre à l’autre du poète, le même noy­au, les mêmes champs lex­i­caux, le même labour du verbe, le même refus de l’enclos… et des fir­ma­ments, jusque-là demeurés incon­nus, éclosent. Chaque livre de Szpil­mann est un réseau vas­cu­laire de mots et un cristal d’images tou­jours appréhendés sous un nou­veau prisme. Pub­lié au Cormi­er, Ful­gor, dont le titre con­dense tant la ful­gu­rance de l’éclair que l’or du feu, est une suite, déser­tique autant que mag­ma­tique, de courts frag­ments dens­es, den­si­fiés par l’ « Obscur ».

À nos genès­es en l’instant glo­ri­fié, en l’instant glo­ri­fi­ant, ont présidé d’innombrables eaux et d’innommables astres. En remon­ter le cours, en déclin­er la source, voilà la tâche généra­trice qui nous requiert, et nous exauce. 

Chaque frag­ment, entre prose et poésie, délivre une prodigieuse salve d’ombre ou de lumière, épouse les sil­lons naturels d’une Parole mat­inée d’interrogations. Sur quelle terre s’avancer pour retrou­ver l’ampleur de notre Présence ? À quelle flamme se vouer, vers quelle aurore ten­dre ? Sen­su­al­ité de la matière, force du chant, « efflo­res­cence des infi­nis », Ful­gor donne à éprou­ver l’émergence du poème, les anfrac­tu­osités de l’écriture. Désireux d’approcher au plus près l’ « Orig­ine » luisant comme l’eau claire au sein des poèmes, c’est plutôt à l’ivresse de la source, à sa nuit, à son départ de feu que le lecteur prend part.

Une flamme, sim­ple et mul­ti­ple, unie et prodigue : voilà ce que nous sommes appelés à devenir lorsque l’éclair s’adresse à nos pous­sières incen­di­aires.

Poly­phonique, ponc­tué d’une coda, Ful­gor renoue avec le chant comme force élé­men­taire et instinc­tive. Lyres et airs ne sont pas en reste : ils devi­en­nent le vent qui guide le poème jusqu’à son arrim­age à une métaphore écla­tante, à une image qui emporte tout, qui élève le texte à la puis­sance de l’orage. De ce recueil transparait un ton obstiné, qui ren­verse l’horizon, inverse le nadir et le zénith. Éprou­vée jusqu’au bout des nerfs, la poésie de Szpil­mann est d’une lit­térale pro­fondeur.

S’inscrivant dans la con­stel­la­tion de ses précé­dents recueils, remar­quable en sa con­sis­tance, le recueil Ful­gor d’Harry Szpil­mann est une lumineuse exca­va­tion du verbe – et son dépasse­ment.

Char­line Lam­bert

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