Archives par étiquette : Le Cormier

L’œuvre au noir de Corinne Hoex

Corinne HOEX, Leçons de ténèbres, Le Cormier, 2017, 67 p., 16 €, ISBN : 9782875980113

Dans Leçons de ténèbres, Corinne Hoex s’inspire de l’œuvre de Gesualdo (1566-1613) et de la « légende noire » [1] qui caractérise sa vie. À travers cinq mouvements, en de courts poèmes, elle décrit le musicien mais aussi la condition humaine en général et l’artiste moderne en particulier : comme un leitmotiv  y revient  en effet un substantif : « solitude ».  Continuer la lecture

Où l’on se frotte avec plaisir à l’art subtil de faire des listes

Un coup de cœur du Carnet

Timotéo SERGOÏ, Les cages thoraciques, Le Cormier, 2016, 64 p.

À chaque seconde, il y a un fou qui naît, à chaque seconde, il y a un sage qui meurt. (1, 2, 3 secondes.) À chaque seconde, deux animaux s’embrassent, à chaque seconde, les adultes s’en moquent. (1, 2, 3 secondes.) À chaque seconde, un cosmonaute rit, à chaque seconde, un scaphandrier pleure et plonge dans ses larmes. (1-2-3) (…) À chaque seconde, un couple se déchire, à chaque seconde, tu ne me manques pas. (1-2-3) Que tes éclats de rire. (4-5-6) Et tes mains dans le noir. (7-8-9) Et ta bouche, quelquefois. (10-11-12) Je t’attends sous l’horloge.

sergoiTimotéo Sergoï ? Déjà entendu parler ? Non ? Moi, j’imagine ceci : Timotéo Sergoï voyage, va partout dans le monde, à Melbourne, Sydney, Moscou, y montre ses marionnettes, y vit sa vie d’homme de théâtre, se frotte à la vie comme elle va, à la rude, dans les grandes cités, écrit entre deux avions, entre deux cafés, mais, a priori, pas directement à propos de ce qu’il aura vu, entendu, côtoyé, et pas directement à propos de ses misères, états d’âme personnels. Timotéo Sergoï serait, a priori, plutôt du genre à ne mettre en avant, dans ses poèmes, ni ses tourments, ni ses humeurs, ni ses rencontres. C’est que Timotéo Sergoï serait plutôt du genre à aimer la facétie, les mécaniques poétiques, les poèmes qui s’écrivent « tout seuls », je veux dire : les poèmes qui seraient comme des pièges à rêves, qui une fois lancés donnent l’impression de ne jamais s’arrêter, tant ils débordent de joie et de plaisir, tant leur auteur laisse la part belle à la langue elle-même, au plaisir qu’il y a à enchaîner mot sur mot, phrase sur phrase. Continuer la lecture

Entre ombre et lumière

Sacha ORFF, La nuit réclame une issue, Bruxelles, Le Cormier, 2015, 79 p.

lanuitreclameLa jeune dessinatrice Sacha Orff a choisi d’intituler son premier livre La nuit réclame une issue. Un titre entre ombre et lumière. Entre attente et promesse.

Au fil des pages, on découvre, répartis en trois chapitres (Château hanté, Vaisseau fantôme, Maison mère), une suite de courts fragments poétiques, souvent énigmatiques, comme si, à l’instant de le dévoiler, ils retenaient l’aveu, et gardaient leur secret. Nous laissant libres de prolonger l’image, de deviner la pensée. Continuer la lecture

Corinne Hoex, poétesse inconditionnelle

Corinne HOEX, L’Été de la rainette, Le Cormier, 31 p., 10€

hoexLe conditionnel est-il un mode ou un temps ? Le débat, loin d’être clos entre grammairiens et linguistes, pourrait trouver une ébauche de solution chez les poètes, en l’occurrence ici chez une poétesse. En effet, dans la plaquette L’Été de la rainette, qu’elle publie à l’enseigne du Cormier, Corinne Hoex ouvre tous ses textes par un énigmatique « Ce serait… ». Par là, un processus très subtil se réamorce dans l’esprit du lecteur, qui consiste à situer la scène dans laquelle il refait à chaque fois irruption entre l’imaginaire hypothétique et l’imparfait du souvenir évanescent. Continuer la lecture

« L’art ne rend pas le visible, il rend visible »*

Rose-Marie FRANÇOIS, Trèfle incarnat, Le Cormier, 52 p., 2014

Dans ce recueil, Rose-Marie François propose l’exercice d’imagination suivant : écrire 40 poèmes de 17 vers à partir de peintures de Francis Bacon et de Paul Klee. On commence par Bacon et son tableau L’homme au chien. Elle écrit : « Surtout, loin de Magritte, / ne va pas te fondre au tableau. / Tiens le mauve à distance, / à l’horizon de l’oeuvre. / Il nous suffit de fixer la faille, / le peu d’humain / par où entre et sort l’empathie ». Continuer la lecture

Réflexions bucoliques

Philippe JONES, L’arbre en chemin, Le Cormier, 2015, 14 €

larbreencheminVient de paraître en octobre dernier, L’arbre en chemin, le dernier recueil de Philippe Jones aux éditions Le Cormier. Comme de coutume, l’ouvrage est de belle facture et édité dans un format atypique (16,5 sur 21 cm). Aucune fantaisie particulière : les éléments paratextuels restent peu nombreux et reconnaissables au premier coup d’œil. Cette épuration permet dès lors à la poésie de Philippe Jones de s’exprimer pleinement. Continuer la lecture

Labeurs

Harry SZPILMANN, Les rudérales, Bruxelles, Le Cormier, 2015, 85 p.

szpilmannQue signifie le mot « livre » ? À cette interrogation partagée par tous ceux qui s’intéressent aux mots, le nouveau livre de Szpilmann égrène plusieurs réponses. La première apparaît dès la deuxième page, comme dans un dictionnaire : « Livre : creuset, claque-nerfs, noir almanach. Dépositaire de l’errance abrasive, des déserts au crochet, du sans-fond. » Continuer la lecture