Diamants d’Ardenne

Chris­t­ian JOOSTEN, Rouge macralle, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2023, 19,50 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782874898778

joosten rouge macralleUn con­voyeur de dia­mants cir­cule sur une route de Haute Ardenne et, atten­dri par une jeune femme avenante qui réclame de l’aide près de son véhicule, il s’arrête, bra­vant le pro­to­cole strict de sécu­rité. Cette faib­lesse lui sera fatale et les dia­mants dis­parais­sent dans la nature. En quelques pages lim­i­naires, le crime est posé, avec effi­cac­ité.

Délégué sur place par la com­pag­nie qui assur­ait les pier­res pré­cieuses, l’ancien flic Guil­laume Laval­lée mène sa pro­pre enquête. Il débar­que à Stavelot et sil­lonne les routes, refaisant le tra­jet du véhicule jusqu’à l’étang dont il a été dégagé avec le corps dans son cof­fre. Ses recherch­es l’amènent notam­ment à ren­con­tr­er une jeune femme à la chevelure de feu (que tout le monde surnomme la Rouge macralle) dont la librairie de gauche accueille un détenu qui vient juste d’être libéré et vers qui tous les regards de la police con­ver­gent. Notre polici­er retraité sait qu’une bonne enquête se doit de dépass­er les apparences, quitte à pren­dre l’opinion publique à rebours et à déranger les forces de l’ordre que cette piste arrange trop bien.

S’ensuivent des journées où Laval­lée tente d’explorer toutes les pos­si­bil­ités et surtout de forcer le silence et la méfi­ance qui ne démentent pas la répu­ta­tion qui entoure les Arden­nais. Le tout sur fond des pré­parat­ifs du car­naval qui réson­nent dans la petite ville. Au cours de cette recherche à l’issue improb­a­ble, il approche non sans dif­fi­culté un homme que tout le monde appelle Buick en rai­son de la belle améri­caine qu’il bichonne et avec laque­lle il se déplace. Proche des activistes de gauche, et reclus dans sa car­a­vane au milieu de nulle part, l’homme le met à l’épreuve et se lie d’amitié avec l’enquêteur, lui délivrant des filons au goutte-à-goutte. Laval­lée joue ser­ré, ménageant la néces­saire col­lab­o­ra­tion avec la police locale et avec une jour­nal­iste qui est sur le coup, ten­tant d’avoir tou­jours un coup d’avance, dis­til­lant des bribes de ses pro­pres décou­vertes, mais com­prenant assez vite qu’il ne peut se fier qu’à lui-même. C’est à force de ruse qu’il parvien­dra à percer le mys­tère et à sauver sa peau de justesse face à des crim­inels prêts à tout qui évolu­aient dans le cer­cle de l’enquête.

Avec ce nou­veau thriller, Chris­t­ian Joost­en fait revivre Guil­laume Laval­lée dont nous avions fait la con­nais­sance dans Le roi de la forêt (2020) et Le juge­ment de Dieu (2021).

Par­lant du pre­mier des deux ouvrages, le regret­té Ghis­lain Cot­ton ne s’y était pas trompé lorsqu’il écrivait sur ce blog : « Voilà en tout cas un polar dont la qual­ité visuelle et le souci de l’humain (avec le lot de para­dox­es et de désor­dres mul­ti­ples que cela sup­pose) augurent bien de la pos­si­ble per­sévérance de l’auteur dans le genre. »

En effet, out­re le ressort de l’enquête, le réc­it est porté par la sub­til­ité des rap­ports humains qui l’animent, l’épaisseur des per­son­nages et le ren­du des ambiances, sans oubli­er un humour croustil­lant qui vient bien à point. C’est sans aucun doute ce mélange bien dosé qui en fera une nou­velle lec­ture de choix à l’enseigne du Noir cor­beau.

Thier­ry Deti­enne

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