Retour au pays de l’enfance

Michel DESMARETS, La plage d’après, Acad­e­mia, 2024, 176 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8061–3646‑6

desmarets la plage d'aprèsLe pre­mier roman de Michel Des­marets nous fait décou­vrir les sou­venirs de Côme, qui a per­du son frère aîné et rep­longe dans son passé en foulant le sable d’une plage qu’il affec­tionne. Il emmène son lecteur dans ses ter­ri­toires intimes, dans les explo­rations de l’enfance et les jeux frater­nels tein­tés d’euphorie et d’émerveillement, devenus ain­si inou­bli­ables.

L’enfance est une étape par­ti­c­ulière où tout un monde se con­stru­it en per­ma­nence, un univers jalon­né de secrets et de ques­tions, avec la quête de sens pour fil con­duc­teur. L’enfant vit dans l’instant présent et ignore son priv­ilège, c’est dans cette péri­ode de vie pré­cieuse que Côme nous plonge. Il nous dévoile sa rela­tion forte avec son frère aîné, jalon­née de fusion sans con­ces­sion, de haine lors des dis­putes, de joie partagée qui atténue le mys­tère angois­sant de la nuit et les ques­tions exis­ten­tielles menaçantes.

La force de notre jeune fratrie est de pou­voir dis­courir sur les ombres.
Grandir, c’est aus­si chevauch­er l’incertain. Dress­er les drag­ons irréels afin de les ren­dre minus­cules, les ranger dans la boîte à men­aces et la fer­mer à clé.
Accepter par petites dos­es la soli­tude dans nos bagages.

Sous les ques­tions se ter­rent des peurs par­ti­c­ulières. Des nuages noirs au-dessus de nos têtes. Comme si la con­science et le goût du bon­heur révélaient en même temps une angoisse tou­jours col­lée à nos peaux, inscrite en nos atom­es.

Lors de leur enfance, Côme et son frère ont célébré à chaque instant la joie d’être vivants, à tra­vers leurs aven­tures et leurs inven­tions créa­tives. Dans leur univers com­mun, leur cham­bre se muait en forter­esse, le jardin deve­nait le bout du monde, la canopée le som­met d’une mon­tagne. Tout était unique dans leur quo­ti­di­en pour­tant assez com­mun.

Alban et moi faisons com­mu­nauté.
Con­frérie spir­ituelle minus­cule comme l’atome.
Nous vivons une entente frater­nelle qui rassem­ble nos dif­férences et nos points de vue sans jamais les nier et parvient à faire émerg­er une posi­tion com­mune com­plice, forte, et ras­sur­ante pour avancer. Un souf­fle, un esprit émerge de notre rela­tion. Notre duo a le don de créer une sorte d’entité vivante pleine de nos présences et grosse de nos désirs.
Cet espace viv­i­fi­ant recueille ce qui se passe entre nous deux et le propulse vers le haut. Deux mini planètes accouchent d’un soleil encore plus dense, un point qui perce le ciel.

Dans La plage d’après, Michel Des­marets nous livre une parole habitée par le deuil et explore une écri­t­ure de l’intime aux accents thérapeu­tiques à tra­vers un style poé­tique. Avec une infinie ten­dresse et sub­til­ité, il explore la com­plex­ité et la puis­sance des liens du sang qui vont au-delà la vie, mais égale­ment les mythes per­son­nels pro­pres à l’enfance. Le héros plonge au creux de soi afin de redonner momen­tané­ment vie à son frère par­ti bru­tale­ment, afin de le sauver quelque temps avant qu’il ne lui échappe à nou­veau. Une ode au tré­sor tapi dans le lien frater­nel…

Séver­ine Radoux

foire du livre 2024 visuel

Michel Des­marets sera présent à la Foire du livre.

  • Ven­dre­di 05 avril de 16h à 17h — Stand 216 : dédi­caces