Laurence BOUDART, Martine, l’éternelle jeunesse d’une icône, Casterman, 2024, 128 p., 19,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑203–25214‑1
Laurence Boudart sort un bel album récapitulatif sur la brillante carrière éditoriale de Martine qui est « née » en 1954 dans la maison Casterman à Tournai, fille du dessinateur Marcel Marlier et du narrateur Gilbert Delahaye, qui se définissait comme un « poète naïf ». Une paire de pères, en quelque sorte.
La longue et belle vie de Martine a commencé quasi par hasard… comme la tarte Tatin ou le Kir. Et le succès fut immédiat.
Après l’évocation de ces débuts, l’autrice balaie les très nombreux volumes d’aventures de la petite fille la plus célèbre de Belgique (et pas seulement). Elle en a connu, des aventures !! Elle fait du sport, elle part en vacances, elle va à l’école et aussi à la campagne, elle fait du cheval, elle prend l’avion, elle fait de la musique, de la voile et du camping…, j’en passe et des meilleures. L’ensemble des qualités de Martine qui « incarne une jeunesse dynamique et dégourdie, assurée et confiante en l’avenir, prête à multiplier les expériences » tourne un peu au dithyrambe au fil de cette énumération.
Laurence Boudart voit dans ce corpus l’image d’un monde heureux, en plein développement, optimiste et confiant dans l’avenir, dans lequel évolue « la grande sœur qu’on voudrait avoir, la cousine avec qui on rêve de jouer, la copine de classe parfaite, […] polie, bien élevée, obéissante ». C’est vrai qu’on est loin des Malheurs de Sophie, cité « à rebours » de Martine. Qui aurait pu penser que cette période d’optimisme et de développement aurait été, après les révolutions industrielles et avant le tout-au-numérique, une étape-clé de la catastrophe écologique globale à laquelle nous sommes maintenant confrontés?
L’album est très richement illustré, avec des affiches, des publicités d’époque, des photos de décors réels qu’on retrouve dans les aventures de la fillette. On y trouve aussi quantité de dessins inédits et d’études préparatoires : un vrai trésor visuel. Car on a sans doute sous-estimé le talent incroyable d’illustrateur de Marcel Marlier, talent qu’il appuyait sur un grand travail d’observation. Ainsi, pour Martine petit rat de l’opéra, il a passé des heures à observer les ballerines du cours de danse au Conservatoire. De même, il est allé au Havre visiter le chantier naval de la Compagnie transatlantique avant d’illustrer Martine en bateau.
Saviez-vous que, dans les années 1970, certains albums présentaient un encart didactique, par exemple avec les principaux panneaux routiers que tout cycliste se devait de connaître ? Et que certains dialogues – et titres – sont retravaillés afin de réduire le côté moralisateur des premiers récits ? Ainsi, Martine à l’école des débuts devient Martine, vive la rentrée ! lors de sa réédition en 2016. Ou encore qu’un Centre Marcel Marlier « Dessine-moi Martine » a ouvert ses portes en 2015 à Mouscron ?
Cet ouvrage représente aussi une mine d’or de chiffres et de renseignements et ça donne le tournis : 70 ans de création au rythme d’un nouveau titre par an entre 1954 et 2010, un tirage initial de 150.000 exemplaires par album, des ventes cumulées dépassant les 120 millions d’exemplaires en français, à quoi on ajoutera 50 millions traduits en une trentaine de langues étrangères. Bon an mal an, les « Martine » continuent de se vendre à plus ou moins 400.000 exemplaires par an. Et moi qui croyais naïvement que les histoires de Martine s’étaient arrêtées quand j’avais cessé de les lire (en 1966, disons)… Quelle erreur !
Avec ses soixante albums au compteur, il semble que Martine a encore une belle carrière devant elle.
Marguerite Roman