Evelyne WILWERTH, La vie, en robe rose et noire, Coudrier, 2024, 171 p., 22 €, ISBN : 9782390520597
Dans La vie, en robe rose et noire, des solitudes égrenées tentent de revêtir leur avenir d’une autre mise. Ces nouvelles font état d’une brisure du temps qui change, ou pas, la vie de ces inconnus.
Le livre sacre le vivant et le retour à la nature. L’irruption d’un coin de ciel bleu, le mouvement ou la chorégraphie d’un écureuil, la présence délicate d’une pâquerette… Des gens au bout du rouleau, esseulés, désemparés, se retrouvent soudainement animés d’une pulsion de vie. Tous ces personnages ne font-ils pas autre chose que de retrouver une appartenance, celle de la famille humaine ? L’âme des plus fragiles se livre inopinément, tel un nouveau-né qu’une mère doit apprivoiser. Et pour raconter ces bribes de vie, Evelyne Wilwerth a choisi d’investir, à six reprises, six lieux disparates : un cinéma, une autoroute, une maternité, un lieu-dit, une cabine photo et une gare.
Une date extraordinaire
Autre contrainte choisie et assumée : l’ensemble de 36 nouvelles se déroule durant 24 heures, un 21 mars. À la date communément admise de l’arrivée du printemps, « il est permis d’ironiser sur soi-même » et une certaine légèreté envahit les cœurs. Encore faut-il la saisir, faute de quoi les protagonistes « sauront, à la même seconde, qu’ils ont raté l’ultime cadeau de la vie ». Ces moments fugaces sont propices à un déclic, à un audacieux changement. Là se cachent les surprises dont la vie est prodigue, alors que tout semble tristement joué. Les personnages d’Evelyne Wilwerth sont en quête de voyages, pour sortir de leur quotidien, se délester des turpitudes. Voilà donc toutes ces heures offertes pour traquer les faux-semblants et se jouer des apparences. « La dame a les yeux tout brillants. Pourtant il sent des voiles gris en elle, tout au fond de son corps, de son cœur. Ça lui arrive de deviner des choses mystérieuses et très graves. » Face à ces êtres enlisés parfois « dans une immobilité de pierre. Ou de néant », il s’agit, ni plus ni moins, que de « Plonger dans le clair-obscur de l’âme humaine ». Quelques fragments de secondes suffisent à donner un sens à ces existences au ralenti, qui se trouvent bousculées par « une subite bouffée d’humanité ». Alors, loin des songes trompeurs, il reste à « Attendre un nouveau désir. Attendre qu’il devienne projet, beau comme un arbre qui s’enracine longuement et fermement avant de s’élancer dans le ciel. »
Avec La vie, en robe rose et noire, Evelyne Wilwerth dépeint un monde où les vaches ont souvent disparu sous l’avancée des autoroutes et des usines ; un univers désolé avec des reliquats de verdure. Flamboyante, la couleur jaune y distille sa luminosité, allant de l’éclat du pissenlit à celles moins réjouissante du jaunâtre ou plus coquette du vieil or.
De son enfance heureuse, l’autrice a conservé une âme joyeuse ; elle imagine des personnages volontiers fantasques. À propos de ce recueil de nouvelles, Philippe Leuxck écrit dans sa préface : « Le miracle, ici, fonctionne sur base du désenchantement des vies ordinaires qui peuvent, par des matières du réel, ouvrir sur autre chose. » Reste à ouvrir les yeux pour que la magie de la littérature opère.
Angélique Tasiaux