Daphné TAMAGE, Le retour de Saturne, Stock, 2024, 234 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782234096578
En préambule, l’autrice nous prévient : Saturne met trente ans à accomplir une révolution complète autour du soleil. « Ce qui signifie, en astrologie, que Saturne revient au bout de cette période dans la position exacte où elle se trouvait quand vous êtes né. Et quand elle revient, vous êtes fichu. »
Apolline, la narratrice, a justement trente ans. Elle vient de sortir un premier roman. Elle couche avec une rockstar et se voit déjà avoir un enfant avec lui. Mais une petite voix lui dit de foutre le camp. Il ne lui reste que ses larmes et une bonne dépression à la clé. Elle repense aux mecs qui ont jalonné et dicté sa vie pendant ces trente années. Trouvera-t-elle un jour un homme qui voudra vraiment d’elle ? Son médecin lui prescrit un mois sans hommes. Difficile sevrage quand on les aime éperdument, que l’on carbure à l’amour et que l’on ne s’identifie qu’à travers leur regard. Au même moment, son éditeur, Pieter, lui offre une avance pour qu’elle écrive un livre qui aidera les adolescentes à lutter contre la dépression. Quand on est déprimée soi-même et rongée par les sanglots, cette tâche semble hors de portée.
Elle part se mettre au vert à Conques, dans l’Aveyron, une terre parcourue par les pèlerins. Sa tante Suzanne, une femme libre et originale, y possède une résidence secondaire. Arrivée dans le village, Apolline découvre une maison passablement délabrée. Le jardin par contre est un éden recouvert de fleurs. À l’Abbatiale, la jeune femme fait la connaissance d’un moine, Frère Charles, qui l’invite à prier avec la communauté. De son côté, elle n’a qu’une seule envie : se saouler et oublier.
Dès le deuxième jour, elle s’attelle à nettoyer et ranger comme elle peut la maison. Si elle reste immobile, ses pensées noires la rattrapent. Son livre reste au point mort. Son éditeur lui suggère de chercher l’inspiration parmi les hommes de sa vie. À l’aide d’une ligne du temps, elle met sur papier les noms des hommes qui ont traversé ses trente années : Ulysse qui préféra sa meilleure amie ; Noah avec qui elle perdit sa virginité ; Cyrille qui la fit jouir pour la première fois ; cet homme-hibou, bien plus âgé qu’elle, qui en fit presque sa courtisane ou encore Henry Miller (oui, oui, l’écrivain américain… mort). Que retirer de ses expériences ? Réussira-t-elle à écrire ce livre ? Parviendra-t-elle à libérer les hommes qui sont en elle ? À retrouver sa paix intérieure ? Mais sait-elle réellement à quoi elle aspire ?
Les terres que nous désirons profondément, celles qui nous ressemblent et que nous avons encore à conquérir, aucun homme ne pourra jamais nous les offrir.
Entre déambulations spirituelles et dans la nature, échanges inattendus avec Frère Charles et péripéties avec la voisine, Apolline entreprend une introspection, une lutte intérieure pour retrouver son chemin. Ancré entre le passé et le présent, la Wallonie et l’Aveyron, Le retour de Saturne, deuxième roman de Daphné Tamage, à l’humour acéré, mêle féminisme et mysticisme. La liberté sexuelle revendiquée tout au long des pages est profondément féministe. Car n’est-elle pas souvent l’apanage des hommes ? L’autrice entretient toutefois une ambiguïté intéressante puisque l’héroïne semble totalement dépendante du genre masculin. Daphné Tamage ajoute au roman, publié chez Stock, une touche d’astrologie et de religiosité, qui permet au récit de toucher les étoiles et qui sait, peut-être Saturne.
Émilie Gäbele