Pour la plupart d’entre nous, le début des vacances est aussi imminent qu’attendu. Évoquer en ce moment la rentrée, fût-elle littéraire, a donc forcément quelque chose d’incongru. Pourtant, les maisons d’édition ont généralement déjà bouclé leur programme automnal et plusieurs d’entre elles l’ont présenté aux libraires, voire aux médias. Comme toujours, les autrices et auteurs belges seront nombreux à dévoiler leur nouveau livre cet automne. Le point sur leurs sorties annoncées au deuxième semestre.
Mais d’abord quelques constats. À part les éditions M.E.O., Weyrich et Les impressions nouvelles, dont certains romans paraissent dès la fin août, les maisons d’édition belges ne se calquent pas sur le calendrier de la rentrée littéraire française : la plupart de leurs publications sont prévues plus tard dans la saison. Ce décalage peut s’expliquer par une volonté de ne pas se placer en concurrence, forcément déséquilibrée, avec des sorties hexagonales accompagnées de moyens promotionnels sans commune mesure. Il reflète aussi une logique autre : plusieurs maisons d’édition interrogées pour préparer cet article nous ont expliqué programmer leurs parutions en fonction non de la rentrée littéraire, mais des événements plus porteurs pour elles, tels que le Marché de la poésie, le fiEstival ou encore le Poetik Bazar.
Par ailleurs, les sorties que nous annonçons cette année sont nettement moins nombreuses que les années précédentes. Dans le cas des maisons d’édition belges, les facteurs d’explication sont multiples. Il y a, donc, leur calendrier éditorial propre qui s’affranchit du diktat de la rentrée littéraire. On mettra aussi en exergue le prisme déformant du Carnet et les Instants : notre revue recense les publications des seuls auteurs et autrices belges ou résidant en Belgique. Or des maisons d’édition de Wallonie et de Bruxelles seront bien actives en cette rentrée, mais publieront – et il y a lieu de se féliciter de cette ouverture internationale – des auteurs qui n’entrent pas dans le périmètre de cet article. Enfin, et c’est moins réjouissant, plusieurs éditeurs n’ont pas pu nous communiquer de programme de rentrée en raison de leurs craintes pour leur avenir immédiat, qui rendent incertaine toute programmation.
La diminution du nombre de titres annoncés ne se limite toutefois pas aux maisons belges ; le constat est identique pour la France. La raison est mathématique : selon Livres Hebdo, la plupart des grandes maisons parisiennes ont annoncé une rentrée plus restreinte. Cette diminution totale du nombre de titres se répercute évidemment aussi sur le nombre d’auteurs et autrices belges publiés. Toutefois, il faut aussi constater qu’après deux rentrées exceptionnelles (celles d’automne 2023 et de janvier 2024) par le nombre d’écrivain-e‑s belges publiés en France, celle qui se prépare revient à des standards plus modestes.
Les Belges en France :
des primo-romanciers à découvrir
Plus resserrée en nombre, la rentrée littéraire française des écrivain-e‑s belges mêle jeunes plumes et écrivains confirmés. Au premier rang desquels figure, comme chaque année, Amélie Nothomb. Pour sa 33e rentrée littéraire, la romancière, fidèle aux éditions Albin Michel, publie L’impossible retour. Après Psychopompe, qui venait clore une « trilogie » entamée avec Soif (2019) et poursuivie avec Premier sang (prix Renaudot 2021), Amélie Nothomb revient à un pays cardinal dans son œuvre : le Japon. Elle raconte son récent voyage au Pays du Soleil levant en compagnie d’une amie haute en couleurs, et médite sur ce retour maintes fois tenté et toujours manqué.
Amélie Nothomb ne sera pas seule pour lancer la rentrée des Belges en France, le 21 août, puisque quatre romanciers moins aguerris l’accompagneront. Après un beau premier roman (À la recherche d’Alfred Hayes, éditions Maurice Nadeau) vient le temps de la confirmation pour Daphné Tamage, passée chez Stock pour Le retour de Saturne, histoire d’une femme qui cherche à se déprendre de son besoin du regard et des caresses des hommes et se lance dans une exploration de ses histoires passées pour mieux s’en libérer.
Première incursion dans le monde du roman pour Anne-Sophie Kalbfleisch, qui publie Eureka dans la nuit aux éditions du Rouergue. Eureka est une ville dévote de l’Amérique profonde, dans laquelle les deux héroïnes essaient de se construire, l’une en fuyant, l’autre en restant et en tentant de comprendre. Alice Hendschel a au contraire choisi l’Ardenne comme cadre d’Iris et Octave ou Les mésaventures de deux jeunes amants qui se croyaient cosmiques, son premier roman à paraitre chez Belfond. Il est question ici d’une escapade commune de deux personnages, anciennement en couple et se retrouvant pour une dernière chance après leur rupture. Premier roman aussi pour Célestin de Meeûs, qui s’essaie à la fiction après plusieurs recueils poétiques qui lui ont valu entre autres le prix Emile Polak de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, l’Espiègle de poésie (anciennement prix triennal de poésie de la Fédération Wallonie-Bruxelles), ou encore une mention au prix Apollinaire. Mythologie du .12 parait aux éditions du Sous-sol et nous emmène sur le parking d’un supermarché, au milieu de nulle part, où se croisent deux jeunes venus consommer bières et joints, un médecin et un homme ivre. Dès avant sa sortie, ce roman se fait remarquer positivement puisqu’il est lauréat du prix Stanislas, et en lice pour le prix Première plume et le prix Patrimoines.
Trois autres premiers romans sont encore annoncés les deux semaines suivantes. La forte présence de premiers romans belges dans la rentrée française est d’autant plus remarquable que Livres Hebdo annonce une nette diminution des parutions dans ce segment à l’automne : ils étaient 74 en 2023, ils ne sont plus que 68 cette année.
Journaliste et essayiste, auteur du remarqué Alexandria, les pionniers oubliés du web (Gallimard), Quentin Jardon présentera son premier roman le 28 août. Publié à l’enseigne des éditions Flammarion, Le chagrin moderne est l’histoire d’un road trip entamé par un humoriste suite à un sketch raté qui lui a couté sa carrière. Abandonnant femme et enfant, il se lance à la recherche de lui-même. Le livre figure parmi les finalistes du prix Envoyé par la poste, qui est souvent un indicateur fiable des tendances de la rentrée.
Le 30 août, on découvrira Silence me mord de Charlie Demoulin, aux éditions La grange batelière, l’histoire déjantée de C., Bruxellois d’une vingtaine d’années et accro aux drogues et au sexe, entre dérapages et expériences hors du commun.
Deux ans après Bouche bavarde oreille curieuse, Lydia Flem sera de nouveau présente pour la rentrée littéraire. Attendu le 13 septembre, Que ce soit doux pour les vivants paraitra lui aussi dans « La librairie du XXIe siècle » des éditions Seuil. Ce livre s’inscrit, vingt ans après, dans la continuité de Comment j’ai vidé la maison de mes parents, et interroge le deuil et sa place dans nos vies, et la manière dont nous gardons les défunts en nous et poursuivons le lien avec eux.
Cette rentrée sera celle de la confirmation pour Caroline Valentiny, qui publiera Les souvenirs oubliés ne sont jamais perdus le 26 septembre aux éditions Albin Michel, quatre ans après un premier roman salué, Il fait bleu sous les tombes. Les deux personnages centraux, Juliette et Gilles se rencontrent et tentent ensemble de reconstruire leurs souvenirs perdus et de se réconcilier avec leur passé.
Confirmation aussi, mais d’une autre façon pour Isabelle Schmidt. Son premier roman, Happée par la mer, paraitra le 6 novembre aux éditions Flammarion. Avant cela, le début du roman avait paru dans la collection “Apéropuscules” des éditions Lamiroy, avec un certain succès de vente. L’autrice nous entraine dans le petit village où vivent les deux protagonistes. Gisèle, la trentaine, tente de se ressaisir après avoir été licenciée. Paul vit en reclus, attendant le retour de son grand amour, une femme qui a disparu du jour au lendemain sans donner d’explication.
Confirmation et approfondissement également pour Juliette Nothomb, qui fait son entrée au catalogue des éditions JC Lattès avec Mémoires d’une jument. On savait l’autrice particulièrement sensible aux équidés depuis son Éloge du cheval. Son nouveau livre fait revivre Rossinante, la monture de Don Quichotte.
Le 3 octobre, Loïc Nottet fait paraitre chez Michel Lafon le deuxième tome de sa saga des Aveuglés. Le premier volume, Le palais des murmures, reparait en poche pour l’occasion. La terre des reflets poursuit les aventures de Natan et Théo, partis en quête de leur mère, sur la Terre des reflets.
Le même jour, ce sera le retour de l’un des rois belges du policier : Paul Colize publie Le meurtre de la rue blanche aux éditions Hervé Chopin. Flanquée de son greffier, la meilleure juge de Bruxelles est chargée d’enquêter sur la mort suspecte d’un avocat soupçonné d’appartenir à un réseau d’évasion fiscale.
Dans la veine policière aussi, la Brigade des buses de Ludovic Mélon reprend du service pour une deuxième aventure, toujours chez Calmann-Lévy. Ce sera cette fois L’emmerdeuse professionnelle, attendue le 30 octobre.
On signalera encore la parution d’une romance de Vanessa Degardin, Race for love, chez Harper Collins (28 août) et de L’animonde : la chute de l’Europe de Geoffrey Claustriaux (éditions Héron d’argent, le 7 novembre), qui nous emmènent dans une Europe cauchemardesque où les animaux ont soudain décidé de se retourner contre les hommes.
Cinquante nuances de roman en Belgique
On l’a dit : les éditions M.E.O. comptent parmi les rares maisons d’édition dont la rentrée est lancée dès le mois d’août. L’éditeur ouvre le bal de la rentrée des romans, avec deux fictions programmées le 22 août. Jean Jauniaux signe Le jugement des glaces, un roman qui emmène les lecteurs à Saint-Idesbald, lieu intimement lié à la mythologie personnelle de l’auteur. C’est dans cette station de la Côte belge que se réfugie Barthélémy, professeur harcelé par ses élèves devenu écrivain à succès. Il y croise des migrants rêvant de partir pour la Grande-Bretagne et la rencontre aura tout de la rédemption pour le héros.
Auréolée de son Grand prix de l’AEB, Françoise Pirart poursuit sa collaboration avec M.E.O. Deux ans après Tout est sous contrôle !, elle présente Niznayou. Comme celui de son confrère, ce roman place la thématique des migrations au centre de son propos. Niznayou est un jeune Tchétchène vivant dans un centre pour réfugiés. Il noue une relation forte avec Léna, qui travaille dans le centre.
M.E.O. publiera une deuxième salve de romans le 10 septembre. Réalisatrice de cinéma, Tatiana de Perlinghi passe à la littérature cet automne avec Terre Adélaïde, histoire d’une trentenaire bousculée par la mort de son père, la maternité de sa meilleure amie et la disparition de son amant, qui plante son quotidien pour se réfugier sur une île grecque où elle se lance sur les traces de son histoire familiale. Tatiana de Perlinghi voisinera en librairie avec un grand habitué de la maison d’édition, Michel Joiret (dont le dernier livre chez cet éditeur, Stella maris, a reçu le prix Mon’s livre). L’heure du conte évoque un professeur d’histoire récemment retraité, qui poursuit son enseignement en contant l’Histoire à sa jeune voisine. Évoquer le passé le conduit à plonger dans ses souvenirs, à revivre son enfance à Bruxelles, la Libération, ses années en Tunisie…
Le 30 septembre, ce sera au tour d’Alain Van Crugten de dévoiler Marolles, une autofiction qui nous plonge dans le quotidien d’une famille modeste dans le quartier bien connu de Bruxelles. Il y est question d’ascension sociale, et du rapport à la langue, pour des enfants dont le bruxellois natal s’efface progressivement au profit du français.
La rentrée des Impressions nouvelles commence aussi dès le 23 août. La maison d’édition se partage traditionnellement entre la publication d’ouvrages de référence, en particulier dans le domaine du cinéma, et un versant littéraire. Ce dernier sera illustré en cette rentrée par le premier roman de Nathalie Marquès, Nos vendredis. L’histoire est celle d’une mère de famille qui tente d’écrire un roman, mais est coupée dans son élan par un cri qui perturbe la tranquillité de son environnement. En cherchant à élucider l’origine de ce bruit, l’héroïne découvre que ses voisins cachent des secrets sous leurs apparences tranquilles.
Comme M.E.O. et Les Impressions nouvelles, la rentrée des éditions Weyrich commencera dès la fin août. De nouvelles parutions sont attendues dans les trois collections littéraires de la maison : « Plumes du coq », dédiée aux romans et recueils de nouvelles dont l’action se situe en terres belges, « Noir corbeau », axée sur le genre policier et polars et « Regains », où sont publiées des œuvres patrimoniales régionalistes. La première de ces trois séries lancera la rentrée de la maison avec les nouveaux romans de deux auteurs déjà présents au catalogue, Catherine Deschepper et Bernard Gheur. Après Le complexe du gastéropode, la première renoue avec sa plume vive et humoristique dans ses Mémoires sélectives, histoire de l’inspecteur Wilfrid qui, voué jusque-là aux affaires sans importance, se trouve soudain en charge d’élucider l’assassinat de la riche Marie-Joséphine de la Marinière. Dans La grande génération, Bernard Gheur nous emmène, dans son style nostalgique et précis, dans les méandres de son histoire familiale, évoquant la Deuxième guerre mondiale et l’histoire de ses parents.
Dès le mois d’août, le genre policier sera aussi à l’honneur avec un nouveau « Noir corbeau ». Auteur le plus prolifique de la collection, Francis Groff emmène son héros, Stanislas Barberian, dans le monde du théâtre pour une Sortie de scène à Charleroi. Un comédien amateur, par ailleurs éminent chercheur au Biopark, meurt sur scène lors d’un spectacle au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. Le bouquiniste-enquêteur mène l’enquête sur ce décès suspect.
Joseph Annet est quant à lui un nouveau venu dans la collection. On se souvient de son Dossier Nuts publié chez Memory, qui explorait déjà les sentiers du polar. Son Jardin des délices se déroule dans le monde de l’art, alors qu’un artiste dénonce un faux lors d’une exposition à Knokke-le-Zoute.
Aux éditions CFC, Véronique Sels revient sur la trajectoire de l’artiste Stéphane Mandelbaum, qu’elle avait déjà évoqué dans Même pas mort ! chez Genèse. Son Portrait de Stéphane Mandelbaum est une biographie romancée, écrite à la première personne, à paraitre le 10 septembre.
Deux romancières composent le programme de la rentrée des éditions Maelström reEvolution. Écrivaine rare, Sophie Buyse est une habituée de la maison, où elle a notamment publié Autopsy (2009) et Amour et kabbale. Prostituée sacrée évoque, à travers le personnage de Mado, le rôle des prostituées sacrées hérité de l’Antiquité : prêtresses au service de la divinité, elles se livraient aux hommes pour faciliter leur élévation spirituelle.
Pour cette rentrée, Sophie Buyse sera accompagnée de la toujours prolifique Véronique Bergen, dont le nouveau roman s’intitule Moctezuma. Le dernier Soleil. Écrivaine protéiforme, V. Bergen collabore avec de nombreuses maisons d’édition. Ces dernières années, toutefois, ses romans paraissaient essentiellement aux éditions Onlit dont la cessation des activités a laissé de nombreux auteurs et autrices dans l’incertitude. La parution de Moctezuma chez Maelström, après celle de Clandestine chez Lamiroy, constitue donc en soi une bonne nouvelle. L’écrivaine imagine cette fois la rencontre entre Moctezuma et le conquistador Cortès, alors que la civilisation aztèque est sur le point de disparaitre sous les coups de boutoir des colons espagnols.
Après Le jour où mon père n’a plus eu le dernier mot, La lunette ou encore Vert atlantique, Marc Meganck poursuit sa fructueuse collaboration avec les éditions F Deville, qui publieront son nouveau roman, Mystificateur!, en septembre. Le livre raconte l’histoire, véritable mais rocambolesque, de Léon Lequeux, archéologue du début du 20e siècle qui, par gout de la réussite, a menti à ses pairs, notamment en affirmant avoir localisé l’Atlantide. Un destin de mystificateur auquel donne vie Marc Meganck.
Genèse édition mise sur des auteurs fidèles pour sa rentrée automnale. Le 4 octobre, Alain Berenboom publiera un nouveau volet des aventures de son célèbre détective Michel Van Loo, Le coucou de Malines. Le Bruxellois Van Loo se rend à Malines en pleine querelle linguistique pour une mission de filature, mais la femme qu’il devait suivre est retrouvée morte. Un mystère qui plonge ses racines dans la Deuxième guerre mondiale et ses conséquences… Après Adèle et Réparer nos silences, Dominique Van Cotthem signe avec Les eaux assassines une troisième collaboration avec Genèse, à paraitre le 18 octobre. Il y est question de trois femmes piégées chez elles par une forte inondation. La situation dramatique et la difficulté à fuir les conduisent toutes trois à réfléchir sur leur propre vie et à prendre des décisions importantes.
Aux éditions Murmure des soirs, la rentrée débutera aussi mi-octobre, avec la sortie de Rêveries sur les Côteaux. Les carnets du compagnon du Promeneur solitaire de Jean-Marc Defays. À mi-chemin entre le roman et l’essai, ce deuxième livre de l’auteur publié à l’enseigne de la maison esneutoise (après Deux fauteuils au balcon) narre les rêveries que le narrateur, Jean, promeneur infatigable, partage avec son fidèle compagnon de marche.
Les éditions Esperluète annoncent, comme de coutume, une rentrée variée, avec des publications dans différents genres littéraires. Côté roman, on retiendra Les oubliés de Frédérique Dolphijn, prévu le 18 octobre. Animatrice de la singulière et toujours pertinente collection d’entretiens « Orbe » dans la même maison, Frédérique Dolphijn revient, cinq ans après Au bord du monde, à une écriture plus personnelle. À partir d’un fait historique méconnu – une révolte, en 1847 à Berzée, d’un groupe d’hommes et de femmes que la famine conduit à se servir dans les réserves des puissants –, la romancière interroge le monde d’aujourd’hui et notamment le phénomène désormais bien documenté des travailleurs pauvres.
La rentrée des éditions Lamiroy touchera, cette fois encore, à des genres divers. Deux romans sont attendus pour octobre. Le titre de celui de Pierre Guyaut-Genon, J’ai peur de mourir si je vis trop longtemps, est déjà tout un programme. Après plusieurs parutions dans les formats brefs de la maison d’édition (un « Article » sur Pierre Louÿs et un autre à paraitre en le 1er septembre sur Henri Van Lier, l’« Opuscule » Passacaille) c’est un roman que Luc Dellisse publie cette année. Ce que je sais sur Linda est une histoire de mensonges et dissimulation, entre deux personnages qui se lient d’amitié, mais ne sont pas ce qu’ils prétendent être.
Les éditions Empaj annoncent la sortie du Silence des mères. Il s’agit du premier roman de Sarah Bailleux, que d’aucuns connaissent par sa nouvelle Pschuuut ! publiée dans la collection « Opuscule » chez Lamiroy. Le silence des mères entretisse trois époques et trois destins de femmes. L’une est enceinte, l’autre est gynécologue et milite pour le droit à l’avortement, la troisième, en pleine Deuxième guerre mondiale, a vu son père arrêté par les soldats allemands.
La rentrée, aussi en Suisse
Cas plus rare : deux romanciers belges seront de la rentrée littéraire en Suisse. Jean Marc Turine, bien connu à la fois pour ses livres, souvent publiés chez Esperluète (Liên de Mê Linh, La Théo des fleuves, Révérends pères…) et pour son travail pour la radio, publie le 26 août aux éditions Métropolis Le cahier de David Jannapolli, histoire d’un enfant violé, apeuré, et en colère.
Cécilia Duminuco passe en Suisse, mais poursuivra dans la veine feel-good qu’elle avait initiée avec Le livre d’Espérensis. À paraitre le 3 octobre chez Jouvence, Il suffit d’une cerise sur le gâteau raconte le lien que tisse un grand-père mourant avec sa petite-fille, les deux s’apprivoisant autour de repas préparés ensemble.
De Ploum, on avait découvert avec intérêt le recueil de nouvelles de science-fiction Stagiaire au spatioport Omega 3000 et autres joyeusetés que nous réserve le futur, publié aux éditions PVH. Chez le même éditeur, l’écrivain s’essaie cette fois au format long du roman avec Bikepunk, annoncé le 15 octobre. Dans la veine post-apocalyptique, Ploum nous emmène dans une histoire où l’électricité a été coupée sur le toute la Terre, où les habitants sont devenus aveugles et où le vélo est devenu un moyen de transport crucial pour les humains qui cherchent à survivre.
Écrits intimes :
du singulier à l’universel
À côté des œuvres de fiction (ou qui se revendiquent comme telles), les écritures du moi – autofiction, autobiographies, journaux intimes… — adoptent elles aussi des formes variées, où s’exprime une authentique inspiration littéraire.
La collection « iF » des éditions L’arbre à paroles, qui défend des textes inclassables, souvent à la frontière entre la poésie et le roman, s’enrichira le 23 septembre de Quatre saisons plus une de Sophie Pirson. Mère de l’une des victimes de l’attentat du métro à Maelbeek, l’autrice a rencontré une mère de djihadiste pour un dialogue paru aux éditions du Cerisier sous le titre Couvrez-les bien… il fait froid dehors. Le nouveau livre est le journal tenu par Sophie Pirson pendant les cinq saisons qu’a duré le procès des attentats. Pendant cette période, l’autrice a cherché des réponses en observant des lieux singuliers, en marge de la salle d’audience : la machine à café, la salle de presse, la cantine… À partir de cette expérience hors norme, l’écrivaine pose des questions universelles et s’inscrit avec force et singularité dans le champ des écritures du réel.
Les éditions de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique fêteront les 80 ans de Paul Emond avec la parution, en décembre, de L’acteur au pied de nez, dans lequel l’académicien, homme de théâtre et romancier livre ses réflexions sur le théâtre, et narre souvenirs et anecdotes.
Philippe Boxho, le médecin légiste auteur de best-sellers, publiera le 21 août un troisième ouvrage chez Kennes après Les morts ont la parole et Entretien avec un cadavre. Dans La mort en face, le médecin raconte son parcours et revient sur certains épisodes marquants de sa vie professionnelle.
La nouvelle sous toutes ses formes
Publiée seule ou en recueil, la nouvelle est présente en force en cette rentrée littéraire, comme d’ailleurs tout au long de l’année, grâce à une poignée d’éditeurs qui ont fait du genre l’un de leurs fers de lance.
Adepte de la manière (très) noire, Patrick Delperdange présentera dès le 16 août Un parfum d’innocence dans la collection « Polaroïd » des éditions in8. À peine sorti de prison, un homme vole le véhicule emprunté par sa soeur pour venir le chercher et emmène la jeune femme dans un périple dont sa colère est le guide.
Ces dernières années, les éditions Lamiroy ont renouvelé l’approche éditoriale du genre avec la collection « Opus », publication hebdomadaire avec possibilité d’abonnement, d’une seule nouvelle en petit format. La collection, qui a connu différentes déclinaisons (« Adopuscule », « Crépuscule »…) est à présent passée à un rythme plus irrégulier, tandis la maison a aussi lancé la collection « Opus », fondée sur le même principe d’un texte unique, mais plus long – une novella plutôt qu’une nouvelle stricto sensu. Deux nouveaux textes sont attendus sous ce format : Dare-dare du directeur de la Maison de la Francité Donald George (fin septembre) et, le 19 octobre, celui d’un grand habitué de la maison, Alain Magerotte. Un auteur qui penche cette fois résolument vers la littérature noire, avec Une bonne pâte dans la panade.
La publication de nouvelles uniques n’empêche pas Lamiroy d’éditer également des recueils. On se souvient notamment d’Incisives, de Caroline Wlomainck. Pour cette rentrée, deux volumes sont prévus : Loques de Xavier de Ridder, et ses cinq histoires très noires, et La vie louche de ma voisine Fernande de Dominique Watrin. Il s’agit du troisième volume des chroniques de cette voisine encombrante. Cette fois, on la découvre tour à tour se rendant à une séance d’épilation, aux prises avec ses fausses dents, ou apprenant le pole dance. Autant de points de départ à l’évocation par l’auteur, sociologue de formation, d’une certaine Wallonie « d’en bas ».
C’est l’une des certitudes de la rentrée, au même titre que la sortie d’un roman d’Amélie Nothomb : cet automne encore (le 9 octobre), les éditions Ker enrichissent leur collection « Belgiques » de nouveaux volumes. Les petits nouveaux seront même au nombre de cinq, avec les arrivées de Jean Claude Bologne, Véronique Biefnot, Philippe Remy-Wilkin, Liliane Schraûwen et Nathalie Stalmans, qui tous se livrent à l’exercice du portrait en mosaïque de leur Belgique. En compagnie de ces cinq auteurs, on voyage de la Gaume au Congo belge, de Bruxelles à Liège, d’Anvers à La Louvière, du présent au passé (et retour), de l’intimité des souvenirs d’enfance aux faits historiques…
Les éditions Quadrature, dédiées à la publication de recueils de nouvelles, seront bien sûr elles aussi de la partie. Référence dans le genre, la maison parie sur un catalogue francophone résolument ouvert à l’international. Un seul auteur belge au programme cette année, mais non le moindre : Michel Lambert. Après le décès de son éditeur Pierre-Guillaume de Roux, le romancier et novelliste a publié deux livres aux éditions Le beau jardin (le recueil de nouvelles Le ciel me regardait et le roman Cinq jours de bonté), puis un florilège de ses nouvelles chez Weyrich (Sosies de l’amour) avant, donc, de poser ses bagages chez Quadrature. Quelle importance est attendu le 10 décembre. Les nouvelles qui le composent sont le récit de la confrontation entre deux êtres – amis, amants, un fils et sa mère, un patron et un chauffeur de taxi… L’heure de vérité, le moment de tout se dire arrive, mais certains parlent trop quand d’autres ne parviennent pas à parler et se murent dans le silence.
Le territoire de la nouvelle s’étendra, en cette rentrée, au-delà de ces trois maisons spécialisées. Chez Bozon2X, Damien Lejeune présente Mona Lisa, mon amour (10 septembre). Dans ces nouvelles, l’inattendu s’invite chez les personnages, provoquant des situations burlesques ou tragi-comiques.
Aux éditions Murmure des soirs, la rentrée se déclinera aussi en proses brèves, avec deux recueils programmés le 30 octobre. On se réjouit tout d’abord de retrouver Valérie Nimal, cinq ans après le roman Nous ne sommes pas de mauvaises filles (Anne Carrière). De vins et d’allégresses s’ouvre et se clôt au Portugal. Entre les deux, un parcours, par la fiction, dans les vignobles d’Europe, une évocation des traditions, des senteurs, des plaisirs…
Romancier et poète, Christophe Kauffman publie lui aussi un recueil de proses courtes, Babioles. Il y évoque ces objets du quotidien, enfouis dans nos tiroirs ou tapis au fond de nos poches, dont on ne sait pas toujours bien pourquoi on les garde, mais dont on ne peut se débarrasser, réceptacles de nos souvenirs.
Maelström reEvolution présente sur un recueil collectif (parution le 6 novembre). Pour (Grands-)mères en lumière, huit autrices (Juliette Berguet, Raissa Yowali, Aurélie Mulowa, Sarah Kawaya, Mariam Diallo, Salwa Boujour, Marie-Paule Mugeni et Fatima Zibouh) racontent leurs mères ou grand-mères maghrébines ou afro-descendantes, arrivée en Belgique et résolues à donner à leur descendance une vie meilleure, déclassées mais résilientes.
Collectif également chez Esperluète, avec Quelqu’un à qui parler (16 novembre). Le livre rassemble des nouvelles de Veronika Mabardi, Geneviève Damas, Laurent Demoulin, Xavier Deutsch, François Emmanuel, Nicole Malinconi, Céline Delbecq, Virginie Jortay, écrites à l’occasion des 65 ans de Télé Accueil.
La nouvelle est un genre très présent dans le domaine des littératures de l’imaginaire. Les éditions Cambourakis publieront ainsi, le 4 septembre, Dans leurs pas : réalités fabulées de 2061 du collectif AE Coop. Neuf nouvelles qui imaginent le monde en 2061, entre pénurie d’eau et raréfaction des ressources énergétiques.
Yves Joiret publie Halages et détours, parfois lointains aux éditions de l’Onde, installées à Saint-Cloud. Dans ce recueil, toutes histoires finissent ou se terminent auprès d’un fleuve. Le livre est attendu le 15 octobre.
À noter enfin : Le nanti et l’usurpateur, le nouveau recueil de Tristan Ledoux, paraitra le 3 octobre aux éditions Sans escale, comme son précédent Récidicules.
Poésie d’automne
Pour l’édition de poésie, le printemps est traditionnellement une période d’effervescence, marquée notamment, chez nous, par le fiEstival et, à l’international, par le Marché de la poésie à Paris. L’automne n’est pas pour autant morte saison : la quatrième édition du Poetik Bazar, du 20 au 22 septembre aux Halles de Schaerbeek, offre un écrin idéal pour le lancement de plusieurs publications.
Le coudrier mise sur des habitués. La maison lance son programme automnal dès la fin août avec la parution de L’ombre de l’aube de Michel Ducobu. Quatre recueils le suivront en septembre. Après Tectonique du temps (prix Delaby-Mourmaux de l’AEB) et À la marge du ciel, Philippe Colmant signe à la fois le texte et les illustrations de Terrains conquis. Les textes de Martine Rouhart se marieront avec les illustrations d’Isabelle Simon pour Guetter les embellies, un recueil qui mêle le quotidien aux émotions les plus finement rendues. Dans Deux, Catherine Berael, en tandem avec l’illustrateur Bernard Odona, évoque des êtres qui s’unissent, se séparent, et creuse le motif du désamour, tandis que Pascal Feyaerts propose ses Racines de l’éphémère.
En septembre aussi, L’arbre de Diane publie les Carcasses / L.R.D.P. de Lisa Debauche. Peu après La nuit est encore debout c’est pour ça que je ne dors pas paru chez Maelström reEvolution, toujours en lice pour le prix Apollinaire Découverte et finaliste du prix international de littérature française de l’Arllfb, l’autrice poursuit un parcours poétique plus que prometteur avec ce nouvel opus annoncé comme “proche de la performance et du rituel punk-baroque”.
Après Branche d’acacia brassée par le vent (huit mouvements), Florence Noël publie un deuxième recueil aux éditions du Chat polaire, Ruptures d’étoile. Chaque livre de cette maison d’édition est un dialogue entre un poète ou une poétesse et un‑e plasticien-ne. Les textes de Florence Noël sont mis en relation avec des réalisations de Sylvie Durbec pour un recueil structuré en cinq suites comme autant d’incursions dans des vies qui s’enfantent, se fondent, se heurtent, se déchirent, s’étiolent…
Le Taillis Pré annonce aussi une sortie pour septembre. Ce sera Sapiens, nul n’échappe à l’origine de Jean-Pierre Sonnet. Le spécialiste des approches littéraires de la Bible est aussi un auteur fidèle de la maison, où il a déjà publié Le corps voisé, Membra Jesu Nostri. Ce que Dieu ne dit que par le corps, Le Messie aux portes de Rome et La ville où tout homme est né.
Deux recueils poétiques naitront le 12 septembre à l’enseigne des éditions Bleu dans vert. Peterke Mol signe Comment dire aurevoir à un père absent?, tandis que Renato Baccarat parlera de famille, de mort, de rencontres et de voyages dans Marche de nuit.
Passée par la collection de nouvelles « Opuscule » aux éditions Lamiroy (Bleu parking), c’est en poésie que Clarisse Michaux fera sa rentrée. À paraitre le 4 octobre aux éditions Hourra, La gaieté me sidère explore en poésie Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles, le film de Chantal Akerman récemment élu meilleur film de tous les temps par un journal britannique.
Des essais en tous genres
Explorant qui une œuvre littéraire, qui une problématique sociétale, les essayistes figureront eux aussi en nombre en cette rentrée.
Aux éditions Lamiroy, les essais se déclinent eux aussi en format court avec la collection « L’article » : chaque petit volume de ce mensuel est une évocation subjective d’un écrivain et de son œuvre. Luc Dellisse, qui publie déjà un roman à la rentrée, sera doublement présent, puisqu’il signe « L’article » de septembre, Henri Van Lier, philosophe à l’état pur. En octobre, un fidèle de l’enseigne Lamiroy étudie l’œuvre d’un autre auteur maison : Gaëtan Faucer publie Alain Magerotte, du boogie woogie sous le chapeau. Ce sera donc une double rentrée aussi pour Alain Magerotte, cet « Article » accompagnant la sortie de son nouveau roman. François Crunelle est l’auteur de « L’article » de novembre, Jules Vernes, voyage de Bruxelles à Amiens, tandis que celui de décembre sera dû à Marc Meganck pour Baudelaire, pauvre Bruxelles.
Chez Murmure des soirs comme chez Lamiroy, la rentrée ouvre la porte à un essai sur la littérature : Poste restante de Frédéric Kurz est un recueil de lettres écrites et jamais envoyées par l’auteur à différents écrivains (notamment Joseph Kessel, Alan Moore, Gao Xingjian, Amoz Oz, Amélie Nothomb, Wallace Stegner, Romain Gary), auxquels il livre les impressions et interrogations que leur œuvre ont suscité en lui.
Hors sa collection de poche, la maison Lamiroy s’enrichira dès septembre de Vie et survie de la littérature bruxelloise : Georges Lebouc propose un panorama historique de la littérature dite en « Beulemans », ses précurseurs, ses chefs‑d’œuvre et ses caractéristiques.
Chez Samsa aussi, la rentrée sera l’occasion d’étudier la littérature, et singulièrement la poésie. C’est ce à quoi s’attèle Thierry-Pierre Clément avec Poésie fenêtre ouverte, où sont recueillis sept articles de l’auteur sur la poésie d’ici et d’ailleurs. À découvrir dès le 15 septembre.
La rentrée sera aussi philosophique avec Un sens à la vie : enquête philosophique sur l’essentiel, le nouvel essai de Pascal Chabot, qui sortira aux PUF le 28 août. L’auteur s’intéresse à la quête de sens chez les humains, à l’influence qu’exercent sur elle les mutations technoscientifiques, jusqu’au burn-out et à l’éco-anxiété.
Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle ont popularisé la notion de collapsologie, nous expliquant comment survivre à un effondrement considéré comme inéluctable. Dans Sortir de l’impasse ou subir l’effondrement ! : pauvreté, biodiversité, climat, Thierry Laureys parie au contraire sur la réorientation de l’économie pour réduire la pauvreté, les gaz à effet de serre et la destruction de la biodiversité. À découvrir le 12 septembre aux éditions Couleur livres.
La collection « Traces » des éditions de L’L forme la mémoire de recherches menées par les artistes invités par la structure scénique. En septembre, Céline Estenne y publiera Pister la recherche avant qu’elle ne se sauve. C’est quoi être sale / C’est quoi la crasse, où elle interroge les normes de propreté et s’intéresse à la crasse.
Les éditions des Midis de la poésie annoncent, en septembre également, Domousse, co-signé par Aliette Griz et Elise Peroi.
Nathalie Skowronek co-signera avec Jean Rouaud un Nécessaire d’écriture à paraitre le 19 septembre aux éditions Seghers. Aux essais de Jean Rouaud interrogeant les sources de la création littéraire chez différents grands écrivains (Proust, Chateaubriand, Stendhal…) répondent des textes de Nathalie Skowronek prodiguant des conseils d’écriture.
Animée par Thierry Horguelin, la collection « D’autre part » des éditions L’herbe qui tremble propose un catalogue de textes inclassables, aux lisières de la poésie, de la fiction et de l’essai. Un catalogue à la coloration très belge, où l’on trouve des livres signés par (entre autres) Daniel De Bruycker, Luc Dellisse, ou encore Karel Logist. Jan Baetens, qui y a déjà publié Comme un rat, présentera en octobre Un monde à collectionner. L’essayiste et poète, récent lauréat du prix Maurice Carême, interroge les représentations des collections dans différents arts (cinéma, littérature, bande dessinée) et la notion de raté dans la pratique de la collection.
Olivier Smolders s’intéresse quant à lui à un cinéaste belge, Edmond Bernhard, sa vie, son œuvre et ses combats, dans Dimanche et autres essais d’Edmond Bernhard, à paraitre le 4 octobre chez Yellow now.
Si la sortie d’un roman d’Amélie Nothomb à la rentrée littéraire est une évidence, on s’attend moins à trouver l’autrice d’Hygiène de l’assassin dans la rubrique « Essai ». Le 16 octobre parait pourtant, chez Albin Michel également, Le Japon éternel : voyage sous les fleurs du monde, qu’elle co-signe avec Laureline Amanieux, spécialiste de son œuvre et réalisatrice du documentaire télévisé Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux. Comme dans son roman de l’année, L’impossible retour, le Japon forme le cœur de cet essai à quatre mains, dans lequel l’écrivaine explore le Japon, ses mythes et arts ancestraux.
La collection « La fabrique des héros » des Impressions nouvelles se voue à l’analyse des héros de fiction de la pop culture. Récemment, on a ainsi pu découvrir plus avant Docteur Strange sous la plume de Charline Lambert, Hermione Granger vue par Tanguy Habrand, Milou par Renaud Nattiez, Dark Vador décortiqué par Björn-Olva Dozo et Dick Tomasovic, ou Martine étudiée par Laurence Boudart. En novembre, c’est l’univers de David Lynch qui fait son entrée dans la collection avec Laura Palmer au pays des miroirs. Le volume est l’œuvre de Louise Van Brabant, bien connue des lecteurs du Carnet, qui signe ici son premier livre.
Les éditions de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique ont, entre autres, vocation à faire mieux découvrir l’œuvre et le parcours des académiciens. C’est ainsi que paraitra, en décembre, une biographie de Marcel Thiry, élu au fauteuil n°18 en 1939 et Secrétaire perpétuel de l’institution de 1960 à 1972. Le livre est signé Laurent Béghin.
Livres d’artiste
Des maisons d’édition, particulièrement soucieuses de l’objet livre, proposeront des livres d’artiste.
Chez Bozon2X, Olivier Pé clôturera dès le 20 août une trilogie qui comptait déjà Poétique de l’amant et Chaos Logos. Où commence la nuit est un poème visuel, bâtit avec les photos prises par l’auteur.
À La Pierre d’Alun, la collection “La petite pierre” s’enrichit de trois nouveaux carnets à spirales. Le 29 août, on découvrira Univerres de l’artiste Pierre Radisic. En textes et en photos, l’auteur explore un rapport neuf aux objets, en les observant sous des angles jamais tentés auparavant.
En septembre, ce sera Family ties de Glen Baxter, un livre dont les textes, bilingues (français/anglais) dialoguent avec les dessins de l’auteur. Le 8 septembre, on découvrir aussi Le Carnet rose, écrit par Jacques Sojcher et mis en images par Nathalie Amand. Le poète et philosophe y évoque ses rencontres amoureuses passées, longtemps consignées dans un carnet rose qu’il a perdu, et réinventées à l’occasion de ce livre.
Chez CFC, deux livres d’artiste sont annoncés le 10 septembre. Anna Safiatou Touré s’intéresse au passé colonial pour Herbier du département congolais des Serres royales de Laeken. Tout part d’un fait historique qu’on pourrait croire anecdotique : les végétaux rapportés de la colonie congolaise à destination des serres royales de Laeken n’ont pas survécu au climat belge. L’autrice se plait alors à composer un herbier fictif et pour chaque plante créée, lui offre une fiche avec un nom, un descriptif. Chaque végétal raconte une histoire, où il est question de déracinement et de disparition.
Paul Gérard revisite quant à lui son histoire personnelle et familiale. Impasse de la fidélité part du coming out de l’auteur, à l’adolescence. Il apprend alors que son grand-père était lui-même homosexuel et a probablement été assassiné pour cela. Paul Gérard se lance sur les traces de cet aïeul, tissant les faits qu’il parvient à rassembler avec des pans de fiction. Au-delà de sa propre histoire, c’est aussi l’histoire de toute une communauté que l’auteur aborde ici.
Jouons un peu :
l’ovni de la rentrée
C’est probablement le projet éditorial le plus singulier de cette rentrée : les éditions Esperluète publient le 6 septembre Tarot Souriau, outil philosophique vecteur de changement. Un livre ? Oui, mais aussi un jeu ! Signé par Isabelle Stengers, Silvia Mesturini Cappo, Valérie Glansdorff, et Fleur Courtois‑l’Heureux, le coffret créé par Esperluète comprendra un livre, qui explique la genèse du projet et les règles du jeu, et un jeu de cartes – puisqu’il s’agit ici d’un véritable jeu de tarot imaginé par les autrices. La maison prolonge ainsi l’expérience de Miettes moineau ribouldingue d’Anne Herbauts, qui conjugue aussi livre et jeu, mais à destination du jeune public.
Rééditions, patrimoine, livres de poche :
des redécouvertes bienvenues
Si rentrée rime avec nouveauté, la place existe aussi pour diverses formes de rééditions : le passage en poche de livres qui ont rencontré un certain succès, la patrimonialisation de certains titres plus ou moins anciens, ou encore la remise à disposition d’ouvrages devenus introuvables.
Dans ce registre, la cessation des éditions Luce Wilquin a signé l’indisponibilité de plus de 500 œuvres. Des rééditions ont vu et continuent de voir le jour à diverses enseignes, même si elles sont, bien sûr, très loin d’avoir couvert l’ensemble du catalogue. Deux livres de plus connaitront toutefois bientôt une nouvelle vie. Outre-mère, à ce jour seule – et réussie – incursion de la nouvelliste Dominique Costermans dans le genre du roman, reparaitra en août aux éditions Weyrich, où l’autrice avait précédemment publié le recueil de nouvelles Les petits plats dans les grands. Outre-mère raconte une histoire familiale aussi lourde que singulière, celle d’une famille juive rongée par son passé, et un grand-père qui a collaboré avec la Gestapo. Chez M.E.O., c’est Korsakoff d’Alain Van Crugten qui s’offre une renaissance. Autobiographie trouée de doutes d’un certain Alain Van Cureghem, ce livre forme un diptyque bienvenu avec l’inédit Marolles, que publie le même éditeur. Les deux livres sont d’ailleurs attendus le même jour (30 septembre).
Les impressions nouvelles rééditent le roman-photo de Benoît Peeters et Marie-Françoise Plissart, Fugues, initialement paru chez Minuit en 1983. Une histoire de filatures où l’on suit trois personnages et un travail qui renverse la hiérarchie traditionnelle entre image et intrigue dans le roman-photo. Sortie annoncée en octobre.
Dans le domaine patrimonial, les éditions Libretto poursuivent leur publication du cycle des Meurtres de Charles Plisnier avec un quatrième volume, Feu dormant, à paraitre le 5 septembre.
Les jeunes éditions montpelliéraines Moby Dick se sont bâties autour de l’univers du “Poulpe”, cette collection de romans policiers initiée par Jean-Bernard Pouy en 1995, qui bien qu’écrits chacun par un auteur différent, mettent tous en scène le même héros : le détective Gabriel Lecouvreur, dit “le Poulpe”. Moby Dick réédite d’anciens volumes de la collection et a parallèlement lancé une série dédiée à “Gabriella, la fille du Poulpe”. Parmi les rééditions : celle du volume signé Bruce L. Mayence, La Belge et la bête, à paraitre le 11 octobre.
L’Académie mettra en lumière l’œuvre de l’un des siens, Philippe Jones (1924–2016), qui aurait eu cent ans le 8 novembre. Un événement d’hommage est d’ailleurs programmé le 5 novembre. Il suivra la parution de deux volumes. La forme et le sens est un florilège de récits brefs, puisés à la fois dans les recueils publiés par l’auteur (L’embranchement des heures, Le double du calendrier, L’angle de vue, L’instant multiple et L’ombre portée) et parmi des textes inédits ou parus en revue. Le livre est en outre augmenté d’une communication de l’auteur à l’Académie sur la question de la nouvelle. Philippe Jones était aussi un historien d’art de première importance. C’est ce pan de son œuvre qu’invite à redécouvrir L’art majeur, recueil d’essais qui permet entre autres d’apprécier l’évolution de la pensée de l’auteur.
Dans sa collection patrimoniale d’orientation régionaliste « Regains », les éditions Weyrich prévoient deux parutions au second semestre : Le roi des contrebandiers de Christophe Ryelandt et Dure Ardenne d’Arsène Soreil.
On ne s’en étonnera guère : la collection Espace Nord poursuit son œuvre de patrimonialisation de la littérature belge francophone, tous genres confondus, avec pas moins de cinq publications annoncées. La réédition du Pain noir d’Hubert Krains arrivera en librairie dès le 13 septembre. Le récit nous emmène dans les années 1880, pour l’évocation d’un village déserté après l’arrivée d’une ligne de chemin de fer, et de la manière dont ceux qui sont restés quand même tentent de résister à la précarité et au désespoir. Le livre figurait déjà dans la collection, mais était épuisé. Il ressort avec un nouvel appareil critique.
Autrice d’une œuvre variée, féministe, exigeante, Claire Lejeune n’était présente dans la collection de poche que par un seul volume, Mémoire de rien, depuis longtemps épuisé. Une quasi-absence qui sera réparée dès le 18 octobre avec la parution de deux ouvrages, l’un dédié au théâtre de l’autrice, Ariane et Don Juan et autres pièces, et l’autre, Mémoire de rien et autres poèmes, à sa poésie. Deux livres où l’on redécouvre le regard résolument novateur et féministe posé par Claire Lejeune sur des mythes (Ariane, Don Juan, Orphée…) qu’elle récrit en profondeur.
Deux volumes à paraitre le 22 novembre compléteront le programme. Les vacances d’un enfant, un roman de Louis Scutenaire, s’inscrit dans la célébration du centenaire du surréalisme entamée au premier semestre avec le recueil Magritte commenté par ses amis. Retour à Satyah de François Emmanuel confirme par ailleurs le travail de patrimonialisation de la littérature contemporaine opéré par Espace Nord, avec un roman qui résonne particulièrement avec la dramatique actualité palestinienne.
Traditionnellement actives elles aussi dans le domaine de la littérature patrimoniale, les éditions Samsa présenteront dès le 22 août Rions, il pleut, une anthologie de la littérature belge ayant pour fil rouge l’humour. Le choix de textes et les commentaires sont établis par Pascale Toussaint, qui poursuit ainsi le travail entamé chez le même éditeur avec sa précédente anthologie, C’est trop beau ! trop !.
À noter enfin : plusieurs ouvrages connaissent cet automne une réédition au format de poche. C’est le cas de La mort en écho de Barbara Abel (Le masque, 28 septembre), de Dibbouks d’Irène Kaufer (éditions Antilope, 30 août), des Sentiers des astres : les eaux de sous le monde de Stefan Platteau (J’ai lu, 18 septembre), du roman Les reines d’Emmanuelle Pirotte (Le livre de poche, 18 septembre), de C’est dans la boite de Frédéric Ernotte (M+, le 19 septembre), et de Ma femme écrit de Jonathan Zaccaï (Le livre de poche, 23 octobre). Babel, la collection de poche d’Actes Sud, propose une nouvelle réédition d’Œdipe sur la route d’Henry Bauchau, annoncée pour le 4 septembre.
La rentrée avec Le Carnet et les Instants
Comme chaque année, Le Carnet et les Instants se mettra dès la mi-août à l’heure de la rentrée littéraire. Les recensions, les dernières nouvelles des prix littéraires et toute l’actualité de la rentrée seront à suivre sur notre blog, sous l’onglet « Rentrée 2024 ».
Nausicaa Dewez








































