Célestin de MEEÛS, Mythologie du .12, Éditions du sous-sol, 2024, 144 p., 17,50 €, ISBN : 9782364688035
D’un côté Théo, avec son ami Max, il zone sur les parkings de centres commerciaux, roule et fume des joints. Il pense aussi à Alice qui vient de le larguer, se remémore ses cours d’histoire, sa fascination pour les dieux grecs et, de temps en temps, réfléchit à ce qu’il fera après l’été qui vient de commencer. De l’autre, Rombouts. Médecin, il travaille dix heures par jour, dans un hôpital qui le faisait rêver quand il était étudiant, avant de regagner son havre de paix, sa villa entourée d’un bois privé, au volant de sa Volvo hybride neuve et de se servir un whisky.
En ce premier jour de l’été, Théo, qui espère avoir réussi ses examens, est à l’aube d’une nouvelle vie. Rombouts, lui, se souvient d’une époque passée : son service militaire à Marche, son ex-femme, Françoise, avec qui il est désormais devenu impossible de dialoguer, les parties de chasse avec ses fils, Grégory et Achille, qu’il ne voit plus que quelques heures par semaine et qui appartiennent à une génération qu’il ne parvient pas à comprendre.
Ces deux personnages aux valeurs et aux âges bien différents, Célestin de Meeûs choisit de leur consacrer à chacun un chapitre et d’alterner, équitablement, la description de la journée de l’un puis de l’autre, les pensées de l’un puis de l’autre, comme pour souligner leur irréductible différence, comme pour signaler leur improbable rencontre.
Ce soir du 21 juin laisse une lumière de plus en plus lourde, comme si toute la chaleur du jour allait se transformer et éclater en un orage inéluctable sur toute la plaine.
L’atmosphère est accablante. Les heures passent et le soleil se couche lentement en cette longue journée. Mythologie du .12 comporte deux parties. Dans la première, la lumière est aveuglante et le bitume est brûlant. Dans la seconde, le soir tombe et laisse place à l’obscurité moite de la verdure.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, comptèrent Théo et Max, adossés aux rambardes branlantes, assis sur la galerie pourrie de la cabane, une bière tiède et éventée en main, face au petit étang que l’obscurité recouvrait de plus en plus, pour ne laisser qu’une zone d’ombre bleue virant au noir, à la surface laiteuse, striée de deux ou trois remous que dessinaient les punaises d’eau et les gyrins, bientôt rejoints par les moustiques.
Et c’est dans un noir intense, profond, étouffant que s’achèvera cette journée.
en ce 21 juin, en ce solstice d’été, plus long jour de l’année, c’était désormais le noir total, dans cette petite forêt, où ne restait plus que l’odeur, une odeur faite d’humus, de décomposition, de peur, comme si celle-ci avait pris corps et était devenue l’espace à part entière, une zone compacte et hors du monde, de silence pur, ne laissant rien d’autre subsister
Mythologie du .12 décrit le chaos de l’existence humaine, la difficulté à vivre et aimer, le besoin absurde de posséder et le refus de rêver. Sur la couverture du livre paru aux Éditons du sous-sol, L’ange du foyer de Max Ernst, sorte de monstre tentaculaire, fait figure d’avertissement.
Lauréat de l’Espiègle de poésie, Célestin de Meeûs signe un premier roman poignant où se déploie sa brillante écriture poétique précise, sensible et attentive à la nature.
Laura Delaye
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