Quand la (grand-)mère est forte

COLLECTIF, (Grands-)mères en lumière. Huit autri­ces trans­met­tent l’histoire de leurs aînées afro-descen­dantes et maghrébines, Mael­strÖm reEvo­lu­tion, 2024, 204 p., 15 E, ISBN : 978–2‑87505–507‑1

grands meres en lumiereL’Association Para­graFes vise à per­me­t­tre à toutes les femmes de se réap­pro­prier leur parole et leur par­cours de vie par le réc­it auto­bi­ographique et, par là-même à favoris­er la trans­mis­sion intergénéra­tionnelle. Ce recueil col­lec­tif, pub­lié sous la direc­tion de Manuela Var­ras­so, s’inscrit dans cette démarche et rassem­ble des hom­mages qui salu­ent l’héritage reçu des mères et grands-mères.

Elles sont huit et elles por­tent à leur manière le com­bat pour l’égalité sous toutes ses formes. Elles exer­cent un méti­er en vue et se sont fait un nom dans notre pays. Elles sont chercheuses, entre­pre­neuses, artistes, jour­nal­istes ou juristes et elles con­juguent sou­vent plusieurs de ces activ­ités avec bon­heur dans des démarch­es col­lec­tives. Fati­ma Zibouh est doc­teure en sci­ences poli­tiques et sociales, elle est à l’œuvre dans de nom­breux pro­jets brux­el­lois. Juli­ette Berguet a étudié le man­age­ment et est auto-entre­pre­neuse. Sal­wa Bou­jour est diplômée en jour­nal­isme qu’elle pra­tique, elle a fondé l’association pour la Diver­sité et l’Inclusion dans les Médias. Mari­am Diouldé Dial­lo est assis­tante d’enseignement et doc­tor­ante en soci­olo­gie à l’UcLouvain et milite notam­ment au Groupe d’Abolition des Muti­la­tions  Sex­uelle. Sarah Kawaya est juriste en marché pub­lic à l’Union européenne, elle lutte depuis tou­jours con­tre les idéolo­gies et les sys­tèmes qu’elle estime lim­iter son iden­tité de femme noire. Marie Paule Mugeni Uwama­horo a étudié la com­mu­ni­ca­tion et les rela­tions publiques, elle est poète, slameuse, danseuse et comé­di­enne. Aurélie Mulowa Tshipa­ma a étudié la pub­lic­ité et la com­mu­ni­ca­tion et a fondé Bel­gian Entre­prenoires, une plate-forme de sou­tien et de pro­mo­tion de l’entreprenariat féminin afro-belge. Raïs­sa Alingabo-Yowali M’bilo a étudié le droit, elle est écrivaine et comé­di­enne. Toutes ces femmes, dont les voix se suc­cè­dent dans le recueil, parta­gent des orig­ines africaines ou nord-africaines, qu’elles soient nées ici ou là-bas. Elles ont été invitées à met­tre en évi­dence leur par­cours et à soulign­er l’héritage reçu des femmes de leur entourage. Elles nous livrent les moments forts de leur enfance, les pépites que l’on garde dans le creux de la main, qui per­me­t­tent de grandir, de dévelop­per l’estime de soi et de faire face dans les moments plus durs. Elles dis­ent le labeur de celles qui ont tra­vail­lé dur pour que leurs filles con­nais­sent un sort meilleur et, surtout, elles nous par­lent de celles qui ont mené le com­bat pour l’affirmation et le respect des droits des femmes, qui leur ont trans­mis le sens de la fête et de la soror­ité, le goût de la beauté et la fierté de leurs orig­ines. Leur con­tri­bu­tion prend la forme d’un dia­logue avec leur par­ente ou d’un réc­it élaboré sur base des sou­venirs per­son­nels ou recueil­lis. Mais Para­graFes, qui a rassem­blé les autri­ces à plusieurs repris­es, a surtout veil­lé à ce que les con­di­tions soient réu­nies pour dépass­er un sim­ple dis­cours biographique : la prise d’un temps d’arrêt, à l’écart de la course quo­ti­di­enne, des ren­con­tres pour laiss­er poindre les ressen­tis, met­tre en avant les émo­tions et leur don­ner force de mots.

Le livre que nous pou­vons tenir en mains au terme de ce par­cours fait mouche : dépas­sant les dis­sem­blances, il donne vie et mou­ve­ment à des actri­ces demeurées sou­vent dans l’ombre, que les préjugés réduisent à leur altérité, masquant leurs richess­es et, surtout, leur apport cer­tain à notre … mat­ri­moine com­mun.

Thier­ry Deti­enne