Jacques SOJCHER, Nathalie AMAND, Le carnet rose, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2024, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–141‑8
« J’ai connu plus de femmes que je n’ai écrit de livres. »
En une poignée de récits à propos de l’amour, de la séduction, de la frustration, du désir, des deuils et des défis amoureux, Jacques Sojcher développe, comme il l’a fait dans la plupart de ses livres, des récits à dimension autobiographique où il n’hésite pas à dévoiler l’intime et le précieux secret de toute vie. Dans un style limpide, sans afféterie, il nous offre des textes accompagnés des collages de Nathalie Amand, chacun faisant un écho souvent révélateur d’une dimension érotique et joyeuse.
Il y a dans ce petit livre, si joliment édité par la Pierre d’Alun, non pas des confessions, mais des confidences offertes aux lectrices et lecteurs invités à revisiter leur propre boite à souvenirs des amours.
Au lieu d’écrire, je me suis laissé emporter par des scénarios qui décidaient pour moi. (…) Je relis ce carnet, avec la distance du moi d’alors, tout entier dans le divertissement des apparences, avec la nostalgie de ma légèreté.
Ce ne sont pas des liaisons dangereuses mais plutôt des entrelacements de victoires et de défaites dans le champ des séductions abouties ou déçues. Jacques Sojcher prend manifestement plaisir à raconter, à pointer et épeler, dans une vingtaine de textes, des rencontres, des amours insolentes ou discrètes piquées ça et là de mots d’esprit où le langage tient souvent lieu de filtre. Mais comment, en cette époque de fast-food amoureux et sexuel, comment peut-on imaginer une liaison qui ferait l’esquive de la question du langage alors même que pour commander une pizza il ne s’agit pas de se tromper d’ingrédients ?
Le professeur de philosophie se souvient, et un prof de philo connait les pièges de la langue, qui sont autant d’occasions pour se laisser emporter doucement par le doux frisson d’un amour esquissé avant que d’être esquivé.
Marie veut envoyer au Monde l’annonce de notre mariage. Je lui rappelle que je suis déjà marié. « Quelle importance », dit-elle.
Comme toujours dans ce genre de récit, il s’agit de ne pas dépasser les règles de l’outrance ou du ridicule. Jacques Sojcher choisit alors volontiers le burlesque.
Elle me lèche la nuque avec sa langue rugueuse. Je me sens dans un tableau du Douanier Rousseau.
Des moments de récits peuvent activer ou éteindre une scène et l’auteur prend garde à éviter tout pathos…C’est l’humour alors qui souffle dans les voiles du voyageur amoureux.
« Un couple sans baisers, donc peut-être de longue durée. »
« Parfois l’extrême solitude après une rupture, le sentiment de n’avoir plus un corps poussent vers le sexe sans sujet. »
On le voit, c’est en pleine conscience du désastre amoureux aussi que l’auteur nous offre ces éphémérides du cœur.
J’ai toujours rêvé de vivre toute ma vie avec la même femme, dont la voix me bercerait comme la voix de ma mère.
C’est par cette phrase, terrible, que la plus haute intimité est dévoilée et confirme, discrètement, la dimension tragique de ces mémoires amoureux…
Daniel Simon
Plus d’information
- Jacques Sojcher, l’éveilleur (Le Carnet et les Instants n°219, 2024)
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