Comme à la guerre

Line ALEXANDRE, La fille dans la tourelle, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2025, 216 p., 20 €, ISBN : 9782874899621

alexandre la fille dans la tourelleLa col­lec­tion « Noir cor­beau » ancre ses intrigues à deux pas de chez nous, avec le par­ti pris, là ou d’autres col­lec­tions évi­tent les par­tic­u­lar­ismes, de faire évoluer les per­son­nages dans un cadre qui par­ticipe pleine­ment au réc­it. Line Alexan­dre a établi cette fois son quarti­er général à Bas­togne, haut lieu de la mémoire de la Sec­onde guerre mon­di­ale et de la mon­di­ale­ment célèbre bataille des Ardennes. Elle y fait évoluer un trio d’enquêteurs que ses lecteurs con­nais­sent bien pour les avoir ren­con­trés précédem­ment : la juge Gabrielle Wern­er, l’inspecteur Evariste Joris et l’ex-commissaire Rav­el.

C’est à l’intérieur même du War muse­um, à l’ombre du Mar­das­son, que le gar­di­en des lieux vient de décou­vrir le cadavre d’une jeune femme, juché sur la tourelle d’un tank et habil­lé d’un treil­lis mil­i­taire.  Cette mise en scène macabre, qui incruste le crime dans un décor qui évoque un con­flit meur­tri­er, impose le mys­tère qui va entour­er l’enquête jusqu’à son terme. Car la vic­time sup­posée n’est pas recon­nue par le mari amené sur les lieux avant que l’on que l’on décou­vre un sec­ond corps, celui d’une jeune femme, lui aus­si inséré dans une recon­sti­tu­tion du musée. Il fau­dra de la ténac­ité, de la patience et de la ruse aux enquê­teurs pour démêler les fils de cette intrigue qui révèlera le lien avec un troisième meurtre, d’une femme encore. Et une som­bre affaire de règle­ments de comptes croisés, savam­ment prémédités, asso­ciée à une méprise, qui finit par expli­quer ce triple fémini­cide.  

Comme dans les autres romans de Line Alexan­dre, l’intrigue poli­cière est l’occasion de dévelop­per la com­plic­ité frater­nelle qui règne au sein du trio à la manœu­vre, de suiv­re en fil­igrane l’évolution de cha­cun, les réso­nances que sus­cite en eux chaque étape de l’enquête, tout en s’autorisant des incur­sions dans leur vie privée, leurs déboires et espoirs amoureux. Oscil­lant entre rudoiement et ten­dresse, ceux-là sont unis comme les doigts de la main, ce qui leur per­met d’affronter digne­ment la bassesse humaine et de miser sur le poten­tiel de cha­cun. Le déroule­ment de l’enquête donne l’occasion d’une vis­ite minu­tieuse du musée, avec le détail de sa scéno­gra­phie. Dans La fille dans la tourelle, nous est ren­due aus­si l’ambiance de la petite ville arden­naise à quelques jours de fêtes de fin d’année et l’autrice met un soin par­ti­c­uli­er à décrire le pub­lic qui fréquente le War muse­um : des Améri­cains, bien sûr, des groupes sco­laires, mais égale­ment une faune de col­lec­tion­neurs qui s’y don­nent ren­dez-vous en habits mil­i­taires avec des véhicules mil­i­taires d’époque restau­rés et qui sil­lon­nent les routes de la région. L’enquête pro­pre­ment dite prend forme romanesque menée par une plume flu­ide et élé­gante, puisant dans les ressources et les spé­ci­ficités d’un lieu et faisant une place généreuse aux rela­tions humaines tout en met­tant sub­tile­ment à jour les mécan­ismes com­plex­es du fémini­cide. Que deman­der de plus ?

Thier­ry Deti­enne

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