(271) Tu me veux du bien, je te veux du beau

Tim­o­téo SERGOÏ, N’oubile pas la baueté du déso­drde, Cac­tus inébran­lable, 2025, 78 p., 12 €, ISBN : 978–2‑39049–115‑6

sergoi n oubile pas la baueté du désodrdreChoisir le dif­fus pour cœur d’écrit, c’est rafraichissant, revig­o­rant et telle­ment proche de penser en soi ; intérieure­ment et ontologique­ment. Bien sûr, il n’y a en général pas d’ordre à lire des apho­rismes, maximes, notes, poèmes. C’est sans doute pourquoi Tim­o­téo Ser­goï tient à les numérot­er et les lis­ter dans le plus grand désor­dre. Le pre­mier chapitre est inti­t­ulé CINQ et si (1) se trou­ve bien à sa place, (2) occupe au chapitre SIX le troisième para­graphe de la page 44, (3) en est le deux­ième à la page 25 du chapitre DEUX et ain­si de suite jusque (322), page 68, chapitre ZERO. Vous êtes un peu per­du ? C’est gag­né !

(258) L’humain est habil­lé de moi, comme je suis vêtu de foules.

L’idée cen­trale est lumineuse dès le titre, N’oubile pas la baueté du déso­drde, pour en démon­tr­er d’emblée la néces­sité, le rôle salu­taire, voire sol­idaire car inter­ac­t­if ; c’est-à-dire faisant appel au lecteur. Par exem­ple, out­re picor­er, je n’ai pu m’empêcher de défi­er le désor­dre en lisant dans l’ordre des numéros, trans­for­mant les pages se tour­nant en éven­tail ; un livre deux fois rafraichissant donc.

(148) Tu es la pluie sur la dernière mer. Ce qu’il y a de plus inutile et de plus néces­saire.

Aucun thème ni sujet, pas d’intention sinon jouer avec la lib­erté. Quelques récur­rences indiquent entre les lignes de petites obses­sions qui font grif­fures de l’artiste. Cepen­dant que les lignes flot­tent, sus­pendent le sens des mots et les sens du lecteur. Alors, la grâce poé­tique, indi­ci­ble, impal­pa­ble, est toute là, dans l’énergie déten­due de l’encre du papi­er jusqu’à la rétine du lecteur.

(249) Tan­dis que ma main droite écrit, ma main gauche, anal­phabète, empêche le monde de tomber en ten­ant le car­net droit.

Ain­si fer­me­ment, l’auteur atteint sa des­ti­na­tion, lui-même trans­porté par l’ultime et sou­verain bien de tout texte : l’invisible indi­ci­ble, sa présence en son absence, l’ubiquité men­tale et émo­tion­nelle, le partage total et sans retour. La ligne d’encre prend intel­lectuelle­ment, télé­pathique­ment, le rôle organique de la veine du sang bat­tant, cir­cu­lant, nour­ris­sant, vivant entre écrire et lire.

(156) J’ai longtemps habité le ven­tre de ma mère. Depuis mon démé­nage­ment, je n’ai plus de nation que celle de l’Univers.

Poète des champs et des rues bien con­nu, vari­ant sup­ports et for­mats pour inve­stir jusqu’au cœur du pas­sant le plus dis­trait, Tim­o­téo Ser­goï offre dans cette pub­li­ca­tion le menu de ses actions pos­si­bles à venir et par­tie de son dic­tio­n­naire men­tal. Car il fait acte de poésie mul­ti­ple et poly­mor­phe, tou­jours à la recherche d’un écrin cul­turelle­ment naturel où s’illustrer. Je pense par exem­ple à ses affichages, col­lages et let­trages sauvages sur les escaliers, murs, ruines et réver­bères des vil­lages et ailleurs.

(25) Que puis-je Taire pour vous ?

Son désor­dre revendiqué dit au bout que la poésie et l’humain ne sont tout sim­ple­ment pas compt­a­bles. Un mes­sage évi­dent quoique dif­fi­cile à faire vivre au milieu de nos vies fac­turées au point de résis­ter au bon­heur. Et donc, d’autant plus essen­tiel que non exis­ten­tiel car tels sont le poète et la poésie : un instant qui télé­porte en des limbes sal­va­teurs d’un quo­ti­di­en à penser et com­pren­dre nou­velle­ment.

(321) Tu es poète. Les deux ailes des mésanges peu­vent porter une vie entière. Que peu­vent porter les douze pieds d’un vers ?

Tito Dupret

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