Véronique Bergen et Zoë Lund : « Tu cherches l’infini »

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Voy­age avec Zoë Lund, Lan­sk­ine, 2025, 48 p., 14 €, ISBN : 978–2‑35963–162‑3

bergen voyage avec zoe lundGar­rotée d’existence, Zoë Lund est un être flam­boy­ant. Elle est née en 1962 et morte en 1999 – ceci pour ren­seign­er les fanas de Chronos. Zoë Lund est aus­si immortelle – ceci pour les fanas d’Aïon. Et pour les fanas de Kaïros : saluez la sor­tie de cet opus de Véronique Bergen, qui opère un saut magis­tral, et sans filet, dans la Lit­téra­ture.

Mais qui est Zoë Lund ? Véronique Bergen, au tra­vers de ce Voy­age avec Zoë Lund, trace et retrace les lignes de vie de Zoë Lund, « actrice, scé­nar­iste, musi­ci­enne, com­positrice, man­nequin, écrivain (…) », Zoë qui fut promise à la mort dès sa nais­sance comme tout être, et emportée par l’intense (pas tant par la cocaïne, songeais-je, mais par l’épreuve que représente la vie). « Ces vibra­tions qui nous tra­versent, dan­ger de les exas­pér­er au-delà de notre endurance » (je cite de mémoire), lui aurait for­mulé un Gilles Deleuze et prob­a­ble­ment l’une de ses amies, l’une de ses amantes ou un amant. Et ? So what ?

De fait, il s’agit bien d’un réel voy­age effec­tué par la comète Zoë et pro­posé par Véronique Bergen au tra­vers de ce livre qui nous emporte avec elle, pour éprou­ver l’existence. Par le man­nequinat, le ciné­ma, la lit­téra­ture,… en véri­ta­ble héroïne de la beauté, de la force et de la douleur.

Zoë Lund (nous n’aurons jamais fini de scan­der son nom, tout comme celui d’Ulrike Mein­hof que Véronique Bergen ne manque pas, à rai­son, de citer dans son éblouis­sant texte lim­i­naire) est une fig­ure qui porte en elle Chronos, Aïon et Kaïros. Et est « (…) comme la con­science / qui ani­me le sys­tème stel­laire ».

De plus, hors-normes et sub­lime (voyez donc les pho­togra­phies qui ponctuent par moments ce court et dense opus) – Zoë Lund aura trou­vé une de ses sœurs légitimes : l’écrivain Véronique Bergen qui, non seule­ment de se recon­naitre dans les traits physiques de Zoë, lui adresse un chant comme on s’adresse aux étoiles. Un chant, une œuvre qui nous est des­tinée, qui réper­cute sa brève exis­tence, qui nous donne à repenser la nôtre à l’aune de ce qui nous est por­teur, de ce qui nous rend aus­si sauvages et lunaires qu’une queue de comète. Il faut lire ce livre de Bergen comme on regarde les pho­togra­phies de Lund.

Mix­ant divers reg­istres, tan­tôt la prose pour le texte lim­i­naire, tan­tôt un pro­to-slam, une poésie qui sem­blerait inco­hérente pour le plus pur des académi­ciens mais limpi­de pour quiconque rompu à l’intense et aux extrêmes. Apprenons la vie grâce à ce livre : qu’avons-nous à faire de la cohérence ? C’est la con­sis­tance qui l’emporte. Cela nous change un peu, cela nous fait devenir, cela nous fait respir­er à pleins poumons– quoi de mieux qu’un orgasme lit­téraire ? C’est du moins l’état dans lequel nous laisse la lec­ture de ce bref opus, dans cet art que pos­sède Bergen de touch­er là où le bât ne blesse plus mais ouvre à ce qui vibre.

On remar­quera, en sus des pho­togra­phies de Zoë Lund, la présence, en fin de livre, des poèmes de Zoë Lund traduits par les édi­teur-ice‑s aidés par Claro, grâce à la générosité de son mari Robert Lund qui a accep­té de partager ces textes et archives si pré­cieux. C’est tout de même très appré­cia­ble de lire des lignes de la vie de Zoë Lund tracées par elle-même, et réper­cutées par Véronique Bergen – écrivain tout aus­si épatante qui ne lasse pas de dessin­er une con­stel­la­tion incroy­able, qui com­porte des fig­ures féminines intens­es, rad­i­cales, mil­i­tantes…, tout en nous libérant de la gangue de la langue, tout en nous ouvrant des mon­des tou­jours insoupçon­nés.

Char­line Lam­bert

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