De London à Bruxelles, une fiction lumineuse

Un coup de cœur du Car­net

Gérald WITTOCK Le dernier roi, The Mel­mac Cat, 2025, 192 p., 16 €, ISBN : 978–2492759277

wittock le dernier roiDans ce pop roman, Le dernier roi, Gérald Wit­tock, par ailleurs auteur et com­pos­i­teur belge, parsème dans le réc­it une suite de QR codes qui ren­voient aux musiques pop­u­laires qui l’ont accom­pa­g­né dans l’écri­t­ure du livre. Le dernier roi est aus­si un hom­mage à Jack Lon­don et à un de ses chefs-d’œu­vres, L’ap­pel de la forêt.  Qui a lu ce livre dans sa jeunesse ne peut s’empêcher de sourire et de faire remon­ter à la mémoire un plaisir de lec­ture qui fut intense et fon­da­teur. Dans ce roman, Jack Lon­don met en scène un jeune héros et son chien Buck. Gérald Wit­tock a eu l’ex­cel­lente idée de repren­dre ce rap­port de d’homme à ani­mal aujour­d’hui dans un réc­it qui ne se passe pas en Alas­ka dans le Grand Nord mais bien en mai 1968, à Brux­elles et à Paris.

Vic­tor, un jeune Prince de treize ans, neveu du Roi des Belges, vit une rela­tion intense avec le chien… Buck, com­pagnon de for­tune et d’infortune, qui appa­rait comme une « résur­rec­tion » du chien Buck de Lon­don. Le jeune Prince lui donne ce nom comme une preuve d’intense ami­tié ;  une ami­tié au-delà de la pure vraisem­blance qui n’ap­par­tient pas au genre romanesque ! Con­va­in­cu de dia­loguer et d’échang­er des réflex­ions philosophiques avec le Prince Vic­tor, Buck va, si l’on en croit l’au­teur, au nom de ses expéri­ences antérieures, con­duire et con­seiller ce Prince en exil dans ses choix les plus impor­tants et entre autres, sa vie amoureuse. Il l’ac­com­pa­g­n­era aus­si au long de frasques, d’aventures et d’expériences par­fois douloureuses, pour l’aider à con­quérir la couronne.

On le con­state ici, la fic­tion ne cesse de se nour­rir de ce que l’au­teur appelle la « décence ani­male », une forme d’in­no­cence dont l’au­teur rêve qu’elle con­duise un peu plus l’homme du 21e siè­cle, non pas dans une sorte d’éblouisse­ment béat mais dans une forme de noblesse humaine qui ferait de lui un créa­teur plus qu’un destruc­teur.

Le dernier roi est aus­si un roman d’his­toire-fic­tion qui con­duit l’élec­tric­ité romanesque dans les dessous de la Roy­auté. L’écri­t­ure n’hésite pas à nous à plonger dans des moments d’é­mo­tion intens­es, de grav­ité, mais aus­si d’une rob­o­ra­tive fan­tas­magorie. Gérald Wit­tock a con­stru­it ici un livre réjouis­sant et médi­tatif sur l’avenir d’un pays, la Bel­gique (même si cet avenir est évidem­ment ici fic­tion­nel), mais aus­si sur la nature humaine. Pas de fan­tasme de « bon sauvage » chez Gérald Wit­tock mais plutôt le souhait pro­jeté dans les sit­u­a­tions et la rela­tion du Prince Vic­tor et du chien Buck, de con­stru­ire un nou­v­el âge d’homme.

Les frasques, les drames, les tragédies de la famille royale belge sont revis­ités, dans ce roman qui mag­ni­fie la jeunesse, au cœur d’une his­toire poli­tique belge ravivée par cette posi­tion nar­ra­tive tout entière livrée à la joie du con­teur, fondée au plus pro­fond d’une lucid­ité courageuse héritée du grand Jack Lon­don.

Sou­vent un pas de côté, qui est le pro­pre de la lit­téra­ture, per­met d’apercevoir ce qui était brouil­lé dans les affé­ter­ies du réel.  Gérald Wit­tock boucle ici un roman lumineux qui prend ses dis­tances avec les obses­sions lit­téraires de l’in­time qui sem­blent devenir, pour un temps, la bous­sole de l’édi­tion lit­téraire.

Daniel Simon