La guerre afghane d’un père… belge

Un coup de cœur du Car­net

Alain LALLEMAND, Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 420 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑39077–012‑1

lallemand ma plus belle declaration de guerreSi Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre a con­nu une pre­mière édi­tion en 2014 chez Luce Wilquin, cette reparu­tion chez Weyrich a gardé toute son actu­al­ité. La toile de fond en est l’Afghanistan en 2008–2009 sous tutelle des États-Unis et de leurs alliés à l’époque, mais la sit­u­a­tion de ce pays désor­mais sous régime tal­iban est cat­a­strophique, en par­ti­c­uli­er pour les Afghanes, totale­ment oubliées. De plus, l’Histoire bégaie et d’autres bour­biers human­i­taires se sont mul­ti­pliés depuis. Quant à la rela­tion intime entre un par­ent et son enfant, ici un père et son fils con­fron­tés à des choix cru­ci­aux, elle a cette uni­ver­sal­ité qui fait la qual­ité d’un grand roman.

Et ce roman est un grand roman. Il s’inscrit dans cette tra­di­tion d’une lit­téra­ture de grands reporters de guerre comme Kessel, Stein­beck, Hem­ing­way, Albert Lon­dres ou, plus proche de nous et net­te­ment moins con­nu, le Belge Math­ieu Cor­man qui cou­vrit la guerre d’Espagne (Salud Cama­ra­da !, 1937, réédité en Espace Nord en 2021). Alain Lalle­mand s’inscrit dans leur sil­lage avec six romans qui tis­sent grande His­toire et his­toires intimes à par­tir de ses mis­sions de cor­re­spon­dant de guerre, prin­ci­pale­ment pour Le Soir, en Colom­bie, Yougoslavie, Libéria, Kivu, Afghanistan ou Crimée, décor de son roman précé­dent, Ce que le fleuve doit à la plaine (Weyrich, 2024).

Un roman humanitaire

Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre est un roman human­i­taire dans le sens où il met en scène un médecin urgen­tiste belge, Éric Labaye, basé à Genève depuis son divorce et envoyé par la Croix-Rouge en Afghanistan pour une mis­sion à hauts risques. Sa des­ti­na­tion ? La région de Khost à la fron­tière pak­istanaise où divers­es tribus, et en par­ti­c­uli­er des tal­ibans, exer­cent leur main­mise. L’objectif est d’installer un hôpi­tal, un hôpi­tal qui s’inscrirait dans la philoso­phie du ser­ment d’Hippocrate, à savoir la prise en charge de tous, mil­i­taires, insurgé∙e∙s ou civil∙e∙s, hommes et surtout femmes. Le roman révèle les couliss­es d’un pays sous occu­pa­tion inter­na­tionale, hol­landaise, aus­trali­enne, améri­caine, etc. Mais Alain Lalle­mand décrit égale­ment avec tal­ent les paysages, les villes comme Kan­da­har, la cité de sable, où atter­rit son héros, les vil­lages, les mon­tagnes et les val­lées, la rudesse du cli­mat, la flo­re et la faune, en par­ti­c­uli­er des oiseaux typ­iques de la région. Surtout, le réc­it met en scène les straté­gies indis­pens­ables à l’action human­i­taire qui demande beau­coup de sub­til­ités diplo­ma­tiques. De nom­breuses ren­con­tres se jouent à l’instinct, au déchiffre­ment du lan­gage non ver­bal, aux gestes cal­culés, aux mis­es en scène, avec mots choi­sis au scalpel. Méfi­ance et con­fi­ance sont au cœur de bras de fer rela­tion­nels face aux mil­i­taires, seigneurs de guerre, maquis­ards, brig­ands, etc.

Un père du bout du monde

Le tal­ent d’Alain Lalle­mand, à tra­vers une galerie de per­son­nages forts, est de nous mon­tr­er com­ment, par­al­lèle­ment aux con­flits éta­tiques, les hommes sont tra­ver­sés de guer­res intérieures autour de l’amitié, de l’amour, de la fidél­ité à leurs proches, etc. Par­al­lèle­ment à ce réc­it de guerre, il mon­tre le dilemme intérieur d’un père qui voudrait être plus proche de son fils et qui s’interroge sur le sens de son engage­ment à l’autre bout de la planète. Il com­pense ses absences par des escapades en mon­tagnes où une belle com­plic­ité se noue avec son fils. Les scènes de cordées sur des falais­es suiss­es sont de belles métaphores des enjeux qui lient un père et son enfant que l’on décou­vre peu à peu ani­més par des idéaux assez sim­i­laires. Autre rela­tion forte du roman : celle entre le héros et Abi, son guide afghan, son « fixeur » comme on les appelle dans le jar­gon jour­nal­is­tique et sans lesquels les Occi­den­taux sur place seraient bien peu de choses. Alain Lalle­mand leur a d’ailleurs ren­du hom­mage dans son pre­mier réc­it sig­ni­fica­tive­ment inti­t­ulé N’oubliez pas le guide (Luce Wilquin, 2006). Entre eux aus­si, la com­plic­ité est indis­pens­able et les deux hommes parta­gent le même dilemme, Abi s’inquiétant des con­séquences de son engage­ment pour sa femme et ses deux enfants. Ensem­ble, ils vont affron­ter toute une série de rebondisse­ments, décon­v­enues, traque­nards qui sou­ti­en­nent la nar­ra­tion et le sus­pens d’un bout à bout du réc­it et font aus­si de ce livre un roman d’aventure. Pour cette ver­sion, l’éditeur et l’auteur ont eu la bonne idée d’ajouter plusieurs reportages en Afghanistan pub­liés par Alain Lalle­mand dans Le Soir, de 2003 à 2008. L’occasion de con­fron­ter ou com­par­er approche jour­nal­is­tique et approche romanesque.

Michel Tor­rekens

Alain Lallemand à la Foire du livre

Dédicaces : 
  • Jeu­di 26 mars 17h-19h — Stand 305 (Hall 3)
  • Ven­dre­di 27 mars 17h-18h — Stand 227 (Hall 2)
  • Ven­dre­di 27 mars 19h-21h – Stand 305 (Hall 3)
  • Dimanche 29 mars 10h-12h — Stand 305 (Hall 3)