Mise au vert

Mathy Pencher le coeur

Pencher le cœur

Auteur : Philippe Mathy

Mai­son d’édition : L’ail des ours

Col­lec­tion : Grand ours

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 64

Prix : 8 €

Livre numérique : /

EAN : 9782491457525

Pencher le cœur est le titre du dernier recueil de prose poé­tique de Philippe Mathy aux édi­tions de L’ail des ours dans la col­lec­tion « Grand ours ».

Pencher le cœur ou se pencher tout court, s’asseoir dans l’herbe et ralen­tir, retrou­ver le gout de la sim­plic­ité, de la lenteur, de la nature. Pencher le cœur est comme une invi­ta­tion à souf­fler, à se met­tre au vert. Vert comme la couleur dom­i­nante des pein­tures abstraites qui illus­trent le recueil et ren­for­cent le sen­ti­ment de quié­tude qu’il pro­cure à celui ou celle qui le lit.

Dans cet ouvrage d’une cinquan­taine de pages, Philippe Mathy nous pro­pose de courts textes poé­tiques à picor­er, cer­tains empreints de nos­tal­gie, d’autres de douceur, de joie, de ten­dresse.

Mes yeux dans tes yeux, comme on empr-
unte le chemin d’un pèleri­nage pour un
pos­si­ble renou­veau après des jours d’er-
rance, silen­cieux, soli­taires, agités comme
ces vols d’étourneaux, haut dans le ciel,
dont on ne perçoit pas le sens.

Petit bou­quet de sen­sa­tions à fleur de peau, Pencher le cœur emporte le lecteur grâce à des mots sim­ples et extrême­ment bien choi­sis, qui per­me­t­tent une lec­ture flu­ide et agréable. Au fil des riv­ières, des forêts, des jardins et des sou­venirs, le temps sem­ble s’arrêter et se laiss­er pren­dre.

Ce qui ne saute pas aux yeux dès la pre­mière lec­ture, il n’est que plus agréable de le décou­vrir lors des suiv­antes : l’importance des matières, de la physic­ité, mais aus­si des métaphores et des images d’une grande finesse.

La lumière n’en finit pas de bégay­er sur le
fleuve. Sans rien com­pren­dre je ne me lasse
pas de son dis­cours.

La capac­ité à matéri­alis­er un sen­ti­ment, à le ren­dre tan­gi­ble : là aus­si se trou­ve l’art de Philippe Mathy. L’auteur parvient à per­son­ni­fi­er les élé­ments, mais aus­si à ren­dre con­sis­tant ce qui n’a pas de corps, ce qui n’est que ressen­ti. L’invisible devient vis­i­ble.

Je taille ma soli­tude comme un bout de
bois. J’abandonne au sol des copeaux
d’écorce et de bois ten­dre, ne garde que la
pointe acérée du cœur pour la diriger face
aux vents con­traires.

Avec Pencher le cœur, Philippe Mathy nous offre une longue balade dans la nature, une bouf­fée d’air frais, des pluies sal­va­tri­ces, le bruit apaisant des cours d’eau, mais aus­si des bribes de réflex­ions sur l’importance de la lec­ture et sur son rap­port à l’écriture.

Je retire mes lunettes. Je chausse mes lu-
nettes de lec­ture qui me per­me­t­tent de voir
ce qui est tout proche. J’ouvre une livre. Je
vois loin.

Un recueil effi­cace, d’une grande douceur, à lire et à relire, encore et encore, à regarder aus­si, sans jamais se lass­er.

San­dra Defoy