Journal du dedans et du dehors de Gaza : dire l’horreur et réaffirmer l’humanité

Al Madhoun Je vous écris de Gaza sous les bombes

Je vous écris de Gaza sous les bombes.
Journal octobre-décembre 2023

Auteur : Hos­sam Al-Mad­houn

Mai­son d’édition : Le cerisi­er

Col­lec­tion : Place publique

Année d’édition : 2024

Nom­bre de pages : 160

Prix : 12 €

Livre numérique : /

EAN : 9782872672486

Al Madhoun J’ai quitté Gaza mais Gaza ne m’a pas quitté

J’ai quitté Gaza, mais Gaza ne m’a pas quitté. Journal janvier 2024-septembre 2025

Auteur : Hos­sam Al-Mad­houn

Mai­son d’édition : Le cerisi­er

Col­lec­tion : Place publique

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 154

Prix : 12 €

Livre numérique : /

EAN : 9782872672608

Il est inutile de rap­pel­er ce que représente la date du 7 octo­bre 2023. Peut-être faut-il tout de même men­tion­ner que ce jour-là, le Hamas et d’autres groupes armés pales­tiniens ont été respon­s­ables de crimes de guerre et de crimes con­tre l’humanité, tuant env­i­ron 1 200 Israélien·ne·s et en prenant 250 en otages. Ce qui a don­né à Israël l’occasion d’engager une vengeance totale­ment dis­pro­por­tion­née, elle aus­si en vio­la­tion du droit inter­na­tion­al, et de pour­suiv­re le net­toy­age eth­nique et géno­cidaire com­mencé en 1948.

En plus des indis­pens­ables études his­toriques et des arti­cles doc­u­men­tés, mais en l’absence de jour­nal­istes inter­na­tionaux sur place, lire les témoignages disponibles de celles et ceux qui vivent cette expéri­ences lim­ite (ain­si que la nom­mait Mau­rice Blan­chot) con­stitue une autre façon appréhen­der ce net­toy­age eth­nique.

Ain­si le jour­nal de Hos­sam Al-Mad­houn, comé­di­en et met­teur en scène gaza­oui, tra­vailleur socio­cul­turel, lié à la Bel­gique depuis le pre­mier séjour du « Théâtre du Pub­lic » à Gaza se révèle d’un remar­quable intérêt. Dès le troisième jour de guerre, il écrit :

2 heures 22 du matin.
J’essaye de dormir.
Je ne sais pas com­ment, il y a des bom­barde­ments tout le temps, les bruits des bom­barde­ments se mélan­gent, bruits des bom­barde­ments loin­tains […]

Le mot « bruits » sera répété six fois dans la même phrase (que nous n’avons pas com­plète­ment citée), faisant pressen­tir aux lecteurs et aux lec­tri­ces l’effet des bom­barde­ments inces­sants sur les immeubles, les écoles, les hôpi­taux, la pop­u­la­tion, enfants com­pris… Au fil des jours, per­dant con­fi­ance en l’avenir, il con­tin­ue de con­sign­er ce que sa famille et lui ressen­tent, les entrav­es à la vie au jour le jour, de plus en plus dif­fi­cile, de plus en plus dan­gereuse, de plus en plus meur­trie. Il rap­porte ce qu’il voit, ce que subis­sent des proches, les per­son­nes croisées, les blessé·e·s, les mort·e·s, les familles, les mères et les pères impuis­sants à pro­téger leurs enfants ; il con­signe les déplace­ments de pop­u­la­tion, le blo­cus cauchemardesque, le manque de car­bu­rant, d’électricité ; bref « la puni­tion col­lec­tive con­tre Gaza », Gaza qui « est plus qu’une prison à ciel ouvert, c’est aus­si une zone de géno­cide com­plète­ment ver­rouil­lée ». Il note égale­ment la sol­i­dar­ité, l’amitié, la fra­ter­nité qui per­pétuent l’humanité.

En avril 2024, il s’exile au Caire. Il n’est plus le témoin direct de la destruc­tion de Gaza ; il la vit désor­mais depuis le dehors. Ses textes en restent tout aus­si puis­sants. Il rap­porte les inter­ro­ga­tions, les témoignages des Gaza­ouis, notam­ment ceux qu’il recueille via des groupes What­sApp ; il con­voque aus­si des sou­venirs, les siens et ceux d’autres, comme ceux de ses grands-par­ents avant les expul­sions de 1948. Il cherche à com­pren­dre, « Je veux vrai­ment com­pren­dre », de manière sen­si­ble et intel­lectuelle, com­ment Israël peut trou­ver une jus­ti­fi­ca­tion à un tel géno­cide. Cette réal­ité, cet enfer pales­tinien, la déshu­man­i­sa­tion d’un peu­ple – une déshu­man­i­sa­tion comme celle sys­té­ma­tisée par les nazis con­tre le peu­ple juif, comme il le rap­pelle –, il les écrit et les envoie à tra­vers le monde, via inter­net. Des jour­naux les repren­nent, Le Soir notam­ment ; des lec­tures sont organ­isées dans de nom­breux lieux cul­turels, mil­i­tants et dans des class­es aus­si. En 2024, les édi­tions du Cerisi­er ont décidé d’en pub­li­er une sélec­tion titrée Je vous écris de Gaza sous les bombes, puis en 2026, J’ai quit­té Gaza mais Gaza ne m’a pas quit­té.

Mal­gré cette dif­fu­sion sol­idaire, Hos­sam Al-Mad­houn s’interroge sur la néces­sité d’écrire, sur le (non-)pouvoir des mots qu’il juge « hand­i­capés ». Aus­si, faut-il le ras­sur­er, lui répéter que nous, ici, avons besoin de témoignages comme le sien pour con­tr­er la pro­pa­gande de cer­tains gou­verne­ments et de cer­tains médias qui cherchent à nous embri­gad­er et à nous empêch­er de soutenir un peu­ple qui compte autant ses morts que ses vivants.

Michel Zumkir