Deux pièces majeures viennent de faire leur entrée dans les collections du Musée Magritte : les Catalogues Samuel de 1926–1927 et de 1928. La réalisation graphique est l’oeuvre de René Magritte ; les textes sont de Camille Goemans pour le premier et de Paul Nougé pour le second.
Les deux Catalogues
La Maison Ch. Muller, S. Samuel et Cie a commandé à Magritte le catalogue appelé à promouvoir sa collection de manteaux de fourrure 1926–1927. L’artiste travaille en collaboration avec un autre surréaliste, Camille Goemans, qui assure les textes de présentation. Si ce premier catalogue respecte globalement les codes de la publicité de l’époque, le suivant, assuré cette fois par Magritte et Paul Nougé, s’émancipe des codes des publications publicitaires pour devenir un véritable objet surréaliste, aux confins de l’art, de la mode et de la littérature.
Ces prospectus publicitaires n’ont toutefois pas connu un fort retentissement à leur époque. Celui de 1928 a été sorti de l’oubli plus tard, lorsque le texte, sans les illustrations de Magritte, reparait dans l’anthologie de Nougé élaborée par Marcel Mariën L’expérience continue (1966). Le texte figurera encore notamment dans les oeuvres complètes de Nougé publiées chez Allia sous le titre Au palais des images les spectres sont rois. En 1996, les éditions Didier Devillez ont republié les deux catalogues en fac-similé.
Un don au Musée Magritte
Héritier des droits intellectuels de Magritte, Charly Herscovici a décidé de faire don d’un exemplaire de chacun des deux catalogues au Musée Magritte : « La valeur scientifique et symbolique de ces catalogues est inestimable, car ils représentent la préface de ce que Magritte va réaliser plus tard. Tous les musées du monde rêvent de les avoir dans leur collection, mais leur place est au Musée Magritte, ici, à Bruxelles », explique Charly Herscovici.
Pour le Musée, il s’agit d’un apport précieux. Tout d’abord pour l’importance de ces catalogues dans la trajectoire de Magritte, comme l’explique Kim Oosterlinck, directeur général des Musées royaux des Beaux-Arts dont fait partie le musée Magritte : « Ces deux pièces, centenaires mais conservées dans un état remarquable, éclairent une facette méconnue des débuts de Magritte. Comme nombre de ses contemporains, le jeune artiste s’est tourné vers la publicité pour subvenir à ses besoins — et ces catalogues en sont le témoignage le plus éloquent ». Mais l’importance de ce don provient aussi de la rareté des deux pièces : le catalogue de 1926–1927 est l’unique exemplaire connu, tandis qu’il n’existe que trois exemplaires répertoriés du catalogue de 1928.
À noter que la KBR a procédé à la numérisation des deux ouvrages en vue d’une mise à disposition du public.
Plus d’information
- Notre recension de la réédition en fac-similé par les éditions Didier Devillez en 1996
- Tanguy HABRAND, “Un cas limite d’édition sauvage : le Catalogue Samuel de Paul Nougé et René Magritte”, Fabula / Les colloques, Le surréalisme hors du livre (dir. Manon Houtart, David Vrydaghs), URL : http://www.fabula.org/colloques/document13901.php
En pratique
Musée Magritte — Place Royale, 2 — 1000 Bruxelles
Ma-Ve 10h-17h ; Sa-Dim 11H-18H
Site internet

