Archives par étiquette : Magritte

Marcel Lecomte : l’envergure du spectre

Marcel Lecomte, entre présence et absence, dossier dirigé par Paul ARON et Philippe DEWOLF, Textyles n° 52, Samsa, 2018, 184 p., 15 € / PDF : gratuit, ISBN : 978-2-87593-155-9

aron_textylesParmi la constellation surréaliste, Marcel Lecomte (1900-1966) serait à ranger du côté des nébuleuses, tant son œuvre, son apport et sa personnalité demeurent méconnus. En attendant que paraisse la biographie annoncée que lui a consacrée Philippe Dewolf, la cinquante-deuxième livraison de la revue Textyles vient combler quelques vides, avec un ensemble de contributions aussi éclectiques que substantielles. Continuer la lecture

Marcel Lecomte, surréaliste appliqué dans la discrétion

lecomte alcoves.jpgMarcel Lecomte. Les alcôves du surréalisme, Textes de Paul ARON et Philippe DEWOLF, lettres de René MAGRITTE, préface de Michel DRAGUET, Cahier n°22 des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 144 p., 20 €
Exposition jusqu’au 18 février aux M.R.B.A.B., rue de la Régence, 3, 1000 Bruxelles.

Une exposition et une publication rappellent le souvenir de Marcel Lecomte, acteur discret du surréalisme en Belgique, écrivain, poète et critique d’art qui publia en 1964 Le Carnet et les Instants – un titre qui accompagne depuis sa naissance la revue de la Promotion des lettres belges. Continuer la lecture

Vestiges des jours…

Un coup de cœur du Carnet

Alain DARTEVELLE, Dans les griffes du Doudou, Ker, coll. « Belgiques », 2017, 132 p., 12 €/ePub : 5.99 €, ISBN : 978-2-8758-6218-1

dartevelle dans les griffes du doudou.jpgDébarqué du futur où il aime aventurer son écriture à la fois imagée, directe et stylée, Alain Dartevelle promène sa plume dans un  nouveau recueil de nouvelles et dans un passé proche. Le sien, lié forcément à celui de la Belgique, ce pays multiple qui prête son nom à la collection mise en œuvre  par les éditions Ker. Promenade donc, dans une mémoire personnelle, folâtre, amère parfois, teintée de nostalgie, largement ouverte à l’amitié, volontiers voluptueuse, mais aussi désenchantée et imprégnée de cet « humour gris » dont l’auteur revendique le label. Pour l’introduire : des évocations subjectives de ces deux têtes de gondole de notre vitrine culturelle que sont Hergé et Magritte. Autoportrait désabusé pour le premier : celui de l’artiste en fin de vie, ravagé à la fois par  la leucémie et par les interrogations sur son œuvre et sur sa créature centrale : « Tintin m’a vampirisé, me soutirant titre après titre, planche  après planche, case après case, mes forces vives. Cette belle énergie qui m’a manqué ensuite pour virer de bord et mettre le cap sur mon for intérieur ».  Dans Signé Magritte, on suit avec une coupable jubilation l’odyssée d’un quidam (serait-il un de ces doubles de l’auteur qui se multiplient à travers le recueil ?) pour qui l’ombre du peintre flotte entre un statut révolu d’idole de sa jeunesse et une stature de petit-bourgeois rondouillard, de « sale type », méticuleux faiseur de  chromos aléatoires, et par ailleurs épris de canulars scatologiques. Sus donc à l’imposteur ! Et l’on assiste ainsi, impuissants, mais admiratifs face à tant de détermination,  à l’attentat au purin perpétré contre quatre toiles lors de l’exposition bruxelloise. Attentat suivi toutefois de regrets : il avait eu pour cibles les toiles les plus caustiques de l’artiste. « De quoi méditer à loisir sur les risques que comporte la fâcheuse tentation de mettre à jour des secrets d’enfance… »   Continuer la lecture

Le verbe, l’image et le réel

René MAGRITTE, Les mots et les images, Choix d’écrits et postface d’Éric Clémens, Préface de Jacques Lennep, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 267 p., 9 €, ISBN : 9782930646053

On ne s’en souvient pas toujours : parallèlement à sa production picturale, René Magritte a beaucoup écrit. Aux articles, tracts, manifestes, aphorismes, scénarios et dialogues, aux lettres, textes collectifs, transcriptions d’interviews et de conversations s’ajoutent les titres inattendus qu’il donnait à ses tableaux pour décourager toute interprétation lénifiante. En 1979, Flammarion rassemble tous ces documents en un épais volume, remarquablement établi et annoté par André Blavier : Écrits complets. Quinze ans plus tard, le comité d’Espace Nord demande à Éric Clémens d’en réaliser une anthologie assortie d’une étude, la préface étant confiée à Jacques Lennep. Confronté à cette tâche délicate, le philosophe s’impose plusieurs principes. D’abord, privilégier les réflexions de Magritte relatives à la peinture ; ensuite, mettre en évidence la diversité de ses modes d’intervention ; enfin, reproduire intégralement chacun des textes sélectionnés. Par contre, il ne justifie pas l’ordre dans lequel il présente ceux-ci, et qui à l’évidence n’est pas l’ordre chronologique de leur parution initiale…  Il n’empêche, le volume est d’une très haute tenue, et sa réédition aujourd’hui – quasi à l’identique, si l’on excepte la maquette – vient combler un manque chez tous ceux qu’intéressent l’imagerie magritienne et la peinture du XXe siècle en général. Continuer la lecture

Roger Van de Wouwer, ni Dieu ni maître

Un coup de cœur du Carnet

Jean WALLENBORN, Roger Van de Wouwer, l’incorruptible, Verbeke Foundation, 2016, 224 p., 20 €   ISBN 978-90-825-2080-4

wallenbornÀ l’heure où Paris célèbre une nouvelle fois et en grande pompe les œuvres de René Magritte, une première monographie révèle la vie et l’œuvre de Roger Van de Wouwer (1933-2005), peintre, dessinateur et écrivain surréaliste peu connu, originaire d’Anvers, proche de Marcel Mariën, Tom Gutt et Louis Scutenaire.

En mai 1963, la librairie-galerie « La Proue », à Bruxelles, exposait un jeune artiste né à Hoboken trente ans plus tôt. Roger Van de Wouwer n’était alors guère connu que d’un petit noyau d’activistes surréalistes – que Louis Scutenaire avait surnommé « le gang de Bruxelles » – regroupés autour du poète, écrivain et polémiste Tom Gutt (1941-2002). Envoyée par la poste, l’invitation au vernissage était accompagnée d’un petit catalogue où figurait entre autres l’une des œuvres exposées : Galathée, soit un tableau représentant un torse féminin à l’antique, garni cependant… d’une serviette hygiénique rehaussée de couleur rouge. Continuer la lecture

« Plutôt la vie, dit la voix d’en face »

Un coup de coeur du Carnet

Anthologie du surréalisme belge, établie par Paul ARON et Jean-Pierre BERTRAND, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 350 p., 12 €

L’anthologie établie par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand est un outil idéal pour découvrir mais aussi enseigner le surréalisme belge, qui fut peuplé d’individualités fortes et attachantes jusqu’en ses derniers prolongements, dans les années 70. Continuer la lecture

Nougé/Magritte : une poésie « lucide et nécessaire »

Frédéric SAENEN

bianchiLes surréalistes, français ou belges, n’ont jamais lésiné sur les moyens quand il s’agissait de malmener le public dans ses habitudes et ses conventions. Chahuts, irrévérences, coups d’éclat ou de poing, pamphlets, scandales, tout cela fait partie d’un arsenal de moments forts, volontiers inventorié par les historiens de la littérature. Mais lorsqu’il s’agit d’étudier en profondeur les mécanismes réels des processus sous-jacents à la subversion des images, il ne se trouve plus grand monde… Continuer la lecture