Une amitié tout en contrastes

Un coup de cœur du Car­net

”Bortolin

Les filles du Levant

Autrice : Claire Bor­tolin

Mai­son d’édition : Le Cerisi­er

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 123

Prix : 16 €

Livre numérique : /

ISBN : 978–2‑87267–261‑5

Flénu, fin du 19e siè­cle, les coro­ns vivent au rythme du tra­vail à la mine. Seul le dimanche offre un petit peu de répit. Alors, Zélia s’assied sur le banc devant sa petite mai­son, dans l’espoir de revoir la dame qui lui a offert le por­trait qui orne sa chem­inée. La dame, c’est Cécile Douard, artiste mon­toise. Le por­trait, c’est celui de Zélia elle-même, l’une des Glaneuses de char­bon du tableau peint par Cécile. Une fois passée la sur­prise d’être pris­es pour mod­èles et bal­ayée la méfi­ance envers cette dame de la ville qui détonne au pied du ter­ril, les hiercheuses se sont habituées à la présence de la pein­tre et ont sym­pa­thisé avec elle. Au fil du temps, Cécile devient une amie proche de la famille de Zélia et elles s’épauleront l’une l’autre face aux épreuves de la vie qui finale­ment n’épargnent per­son­ne.

Les filles du Lev­ant, c’est l’histoire fic­tive d’une ami­tié entre deux per­son­nages qui ont bel et bien existé : Zélia, la hiercheuse, et Cécile, la pein­tre, la pre­mière étant dev­enue un peu par hasard mod­èle pour la sec­onde. Si le réc­it est romancé, Claire Bor­tolin se base néan­moins sur de nom­breux faits réels : la vie dans les coro­ns, ryth­mée par le tra­vail à la mine ; les luttes sociales ; la répar­ti­tion des tâch­es au tra­vail et à la mai­son ; l’avènement du suf­frage uni­versel, uni­versel mais réservé aux hommes ; l’interdiction pour les femmes de s’inscrire à l’académie et autres règles dont on oublie qu’elles étaient autre­fois la norme. C’est finale­ment le por­trait d’une époque qui est dépeint. Hon­nête­ment, sobre­ment, sans juge­ment : péni­bil­ité du tra­vail, acci­dents, pau­vreté, tra­vail des enfants ne sont ni enjo­livés ni sujets à s’apitoyer. On mesure le chemin par­cou­ru depuis lors, sans pour autant représen­ter les pro­tag­o­nistes en mar­tyrs, ni d’un côté ni de l’autre. Car si le niveau de vie de Cécile est plus aisé que celui de Zélia, elle sera elle aus­si con­fron­tée à son lot de mal­heurs.

La lumière avait cessé de tra­vers­er la porte de ses pupilles, la beauté n’était plus qu’un sou­venir. 

Telle Cécile Douard qui a sub­limé les ouvrières et ouvri­ers de la mine, Claire Bor­tolin livre un roman empreint de poésie. Son style est une musique qui décou­vre l’histoire au fur et à mesure et dont le rythme cal­culé nous embar­que, bien qu’il s’emballe quelque peu sur la fin. On s’attache à ces héroïnes aux des­tins con­trastés, mis­es à l’avant-plan d’une époque qui leur refu­sait régulière­ment la lumière.

Estelle Piraux