Le texte de l’érotisme

Il est peut-être dif­fi­cile de car­ac­téris­er rapi­de­ment la place de l’érotisme dans la lit­téra­ture d’aujourd’hui. Soit la thé­ma­tique est plus large­ment répan­due qu’autrefois et l’exhibition plus franche, voire for­cée. Certain(e)s auteur(e)s qui n’étaient pas du tout dans ce reg­istre y sont passé(e)s, comme s’il le fal­lait : phénomène de mode, influ­ence du ciné­ma où le spec­ta­cle du sex­uel est devenu si machi­nal qu’il ennuie… Soit à l’inverse cette con­stata­tion que d’autres opér­eraient un retour à la dis­cré­tion, non par pudeur ou moral­isme, mais pour le pur plaisir de l’écriture et des jeux qu’elle per­met, dès lors qu’on s’engage dans la voie de la sug­ges­tion et du non-explicite qui en dit telle­ment. « L’érotisme attire par ce qu’il cache », écrivait Jean-Claude Bologne dans son His­toire de la pudeur. 

Déjà en 2010, Le Car­net et les Instants avait pub­lié un dossier sous le titre « Dire l’érotisme : une pra­tique rare et exquise » (n° 161). Voici qu’il m’est échu d’introduire le présent numéro, dévolu tout entier cette fois, à la même thé­ma­tique. S’agit-il d’actualiser le relevé que je fai­sais alors, aban­don­ner ce qui n’offre plus d’intérêt aujourd’hui, pour­suiv­re ce qui a per­duré ? Con­sid­ér­er avec un regard neuf les auteurs et les textes aux­quels je me référais ? Ce serait répéti­tif, fas­ti­dieux. Et pour­tant il serait injuste de ne plus men­tion­ner un aspect de la créa­tion qui n’a cessé de se dévelop­per encore chez cer­tains, comme Jean-Philippe Tou­s­saint, par exem­ple, pour­suiv­ant son ensem­ble romanesque autour de Marie… Alors que la même préoc­cu­pa­tion a pu se diluer ou se per­dre, chez d’autres, comme François Wey­er­gans qui n’a guère pub­lié depuis lors. Ou se mod­i­fi­er, chez d’autres encore, comme Car­o­line Lamarche, de manière délibérée et revendiquée bien haut (voir son « Por­trait » ci-après). Enfin, il serait peu cor­rect de ne pas men­tion­ner au moins le sou­venir et la per­sis­tance d’exemples majeurs, comme celui de Nougé, fig­ure incom­pa­ra­ble et cen­trale dans tout cat­a­logue éro­tique. Mais je souhait­erais revenir sur ce pre­mier relevé pour sig­naler l’un ou l’autre texte qui n’avait pas paru ou qui m’avait échap­pé à l’époque.

« Dire l’érotisme », une pra­tique qui n’est peut-être pas aus­si rare qu’on pour­rait le croire mais que je veux croire encore exquise. Il y a de l’éro­tisme dans beau­coup de livres sans pour autant qu’on puisse les qual­i­fi­er d’éro­tiques, parce que l’éro­tisme n’est pas leur unique pro­pos. Je ne vais plus chercher à définir ce dire mais laiss­er par­ler les auteurs eux-mêmes. Qu’ils s’expriment par la voix d’un nar­ra­teur qui les relaie en je ou au tra­vers de per­son­nages dont ils jouent, ne sont-ils pas tou­jours sujets de ce qu’ils écrivent, quoi qu’on en ait dit ? Il y aurait lieu aus­si de s’interroger sur le cas du lecteur ou de l’amateur en la matière. Si les cri­tiques ne s’enthousiasment plus que pour des œuvres extrêmes, par leur audace, certes, mais surtout par leur fac­ture, ils dénon­cent en revanche la banal­ité, le car­ac­tère cliché des sit­u­a­tions et surtout du ton qui ne bous­cule guère les con­ven­tions sociales ou styl­is­tiques. L’érotisme serait répéti­tif, monot­o­ne, devenu bour­geois pour tout dire.

Faut-il en rire ou en pleur­er ? À vous de voir au cours de cette balade par­mi des extraits de textes qui me parais­sent dotés de sig­ni­fi­ca­tion et d’originalité.

J’avais d’entrée de jeu retenu François Wey­er­gans, à cause du comique irré­sistible de cer­tains pas­sages de ses livres qui échap­pent au sérieux bien réel, par l’humour. Je lui dois cette ques­tion par­ti­c­ulière­ment drôle, « Y a‑t-il un éro­tisme belge ? », prélude à un épisode de Franz et François qui fait encore ploy­er de rire les étu­di­ants fran­coph­o­nes qui décou­vrent la lit­téra­ture de ce pays. Son dernier roman Roy­al Romance, une nou­velle fois cen­tré sur le per­son­nage d’un écrivain, Daniel Flamm, reprend, à côté de nom­breuses « scènes de cul », la même manière de met­tre la chose à dis­tance par l’humour et même la poésie.

« Pourquoi ne pas prof­iter d’un moment  où j’étais un peu con­nu au Québec pour écrire un livre de voy­age tous frais payés ? […] J’imaginais un réc­it dans le genre non­cha­lant des écrivains anglais du XVI­I­Ie siè­cle, de Field­ing et de Sterne, […] que ne con­nais­saient sûre­ment pas les dirigeants de Cana­di­en Paci­fique.
La per­spec­tive de longues nuits avec Jus­tine dans ces admirables vieux hôtels, de petits déje­uners pris en com­mun, de salles de bain partagées, de décou­vertes de restau­rants, sans compter les couchettes pre­mière classe du train, me don­nait une grande envie d’écrire et m’enthousiasmait. Je pris des notes pour un argu­men­taire : “His­toire d’un cou­ple qui fait ce long voy­age…” » (Roy­al Romance, 70–71)

Sachant que Jus­tine prononce le mot « porno » avec une telle déli­catesse, « comme si elle prononçait por­to ou pruneaux » et con­traire­ment au lan­gage fran­co d’aujourd’hui, il con­tin­ue à dire « verge », comme les médecins de son enfance, plutôt que « bite ».

On sait que la tétralo­gie de Jean-Philippe Tou­s­saint, Marie Madeleine Mar­guerite de Mon­talte, a pour objet la sépa­ra­tion douloureuse et qui n’en finit pas entre Marie et le nar­ra­teur. Plus romanesque qu’une his­toire d’amour cette his­toire d’une rup­ture peut être plus émou­vante et révéler davan­tage un fort poten­tiel éro­tique. Ne pas arriv­er à rompre rend selon l’auteur l’amour et le sexe graves. « Les scènes de sexe, autant que celles de mort, font la force des livres », a‑t-il déclaré dans une inter­view. L’extrait de Nue, qua­trième vol­ume de l’ensemble, se situe tout à la fin du roman, une scène intime sur fond de cat­a­stro­phe – un incendie, une mort, un enter­re­ment, une ambiance de drame, et de froid… Marie, ce per­son­nage à « dis­po­si­tion océanique », en har­monie avec l’univers et indif­férente au reste, peut-elle admet­tre l’amour ?

Elle me fit entr­er, elle entra à ma suite et, sans allumer la lumière, elle se jeta sur moi pour m’embrasser, et je com­pris alors pourquoi elle avait tenu à m’entraîner dans cette pièce, parce que c’était ici, dans cette cham­bre, que nous avions fait l’amour l’été dernier, et les deux scènes se super­posèrent alors dans mon esprit, je me trou­vai à la fois dans le présent et dans le passé, dans les derniers jours du mois d’août, quand Marie m’avait rejoint dans la cham­bre au petit matin, et main­tenant, vac­il­lant dans les bras de Marie dans l’obscurité totale de cette cham­bre her­mé­tique­ment close dont la fenêtre était obstruée par un volet cloué. […] Et, alors, tou­jours unis l’un à l’autre dans la cham­bre, ser­rés l’un con­tre l’autre, titubant, trébuchant con­tre les meubles, heur­tant le bar­be­cue, nous divaguâmes jusqu’au lit, sur lequel nous nous lais­sâmes tomber. Nous nous embras­sions dans le noir, avec élan, avec détresse, avec con­fi­ance, avec amour, je sen­tais la fragilité de Marie dans mes bras, nous nous ser­rions éper­du­ment dans les bras l’un de l’autre, comme deux mois plus tôt dans ce même lit, joignant nos corps, unis­sant nos vies, égal­isant nos âmes, pour apais­er nos ten­sions, pour libér­er les angoiss­es qui nous oppres­saient depuis si longtemps, les dis­soudre, les faire dis­paraître, je lui pas­sais les mains sur le vis­age, Marie m’avait pris la tête entre les mains et m’embrassait avec une inten­sité dont elle n’avait jamais fait preuve, je sen­tais sa langue dans ma bouche, sa langue douce, pas­sion­née, fer­vente, aban­don­née, d’abord fraiche, et, à mesure, légère­ment salée, Marie qui pleu­rait dans mes bras, je ne voy­ais pas son vis­age dans l’obscurité, je ne le sus pas avec les yeux, qu’elle pleu­rait, je le sus avec la langue, je sen­tais ses larmes dans ma bouche. Tout était humide, aque­ux, flu­ide, ses larmes et nos salives qui se mêlaient dans le noir. […] elle m’embrassait tou­jours, reni­flant légère­ment, et hap­pant ses larmes avec sa langue, pour les mêler à nos bais­ers, sans cess­er de m’embrasser, ouvrant à peine la bouche, pour me dire, me mur­mur­er, dans un souf­fle, dans l’étreinte, dans les bais­ers eux-mêmes, avec une sorte d’étonnement : « Mais, tu m’aimes, alors ? » (Nue, 168–170)

Car­o­line Lamarche

Entre le rire et les pleurs, la fron­tière est ténue comme celle qui se trou­ble jusqu’à s’annihiler entre la douleur et le plaisir. Car­o­line Lamarche en a mieux que quiconque démon­tré, démon­té jusqu’au détail, le dis­posi­tif, s’appliquant dans La nuit l’après-midi et surtout dans les Car­nets d’une soumise de province, à décrire par le menu « l’action con­juguée de la caresse et du sup­plice ». Oui, elle pleure, hurle même dans le clos d’une cham­bre qu’elle assim­i­le à une cel­lule de fou ou à un taber­na­cle, mais la vision du cou­ple, « dyade » authen­tique, va se super­pos­er sub­lime à tout le reste.

« Vous et moi dans le miroir. Con­tre-plongée de rêve. Vous, rond et calme, étalé comme un ogre repu, moi, fine, en équerre, blot­tie con­tre votre ven­tre, reliée comme le bébé au pla­cen­ta. Nos deux vis­ages tournés vers le ciel qui est miroir en cet instant, voûte reflé­tant notre beauté, plus émou­vante qu’aucun film, tableau, choré­gra­phie ou scène. Caméras jumelles de nos regards fixées sur nous, sur nos corps emboîtés, sur l’être unique que nous sommes devenus. Mon cri a suf­fi au mir­a­cle, à la con­sti­tu­tion de la dyade, deux œufs dans une seule matrice, deux reliques dans un unique reli­quaire, et les hibis­cus de plas­tique pour gar­ni­ture rit­uelle, une chas­se de cab­i­net qui coule pour musique sacrée, la pluie d’orage pour bap­tême, dehors, là où le jardin n’en finit pas de se tor­dre, où les fenêtres vides atten­dent qu’on les tra­verse. » (Car­nets, 120)

L’éros, c’est l’amour, la jouis­sance, le drame, la souf­france, la mort, le mal qu’on évite ou qu’on brave, par la parole, par l’écriture sans en crain­dre les résis­tances, les dan­gers.

« Le plaisir me prend, incroy­able­ment fort et lent et détail­lé, la séquence tournée au ralen­ti de l’écroulement des Twin Tow­ers, sans les gra­vats ni les morts, sans la déc­la­ra­tion de guerre, sans autre Axe du Mal que celui qu’on m’a désigné comme tel lorsque j’étais enfant, la Chair, ce Cloaque – par­don à ceux et celles qui le pensent, le souci que j’ai d’eux est immense, leur effroi, leur dégoût, leur honte me cru­ci­fient, pas un jour ne se passe sans que j’y pense, pas une ligne ne s’écrit sans que je me place sous leur regard soucieux de la bonne marche du monde, de l’ordre , de la paix, pas un mot ne se donne, pas un seul, hors de mon impuis­sance à être ce qu’ils veu­lent que je sois –, j’implose, mes jambes se ploient, je bas­cule lente­ment en arrière. » (Car­nets, 50) 

Chez Lamarche aujourd’hui, l’érotisme a migré, s’est glis­sé dans le paysage, se joue du sac­rilège, comme dans La Bar­bi­ère, mais célèbre aus­si un quo­ti­di­en réin­ven­té.

« J’apprends à faire le pain. J’apprends vite et j’invente. Je crée un pain par jour, en cela je sur­prends le boulanger sans doute. Mon pain est tou­jours neuf, tou­jours agré­men­té de trou­vailles, de graines que je récolte lors de mes périples soli­taires, de brins d’herbes odor­antes, d’un peu de fiente, par­fois, celle, noire et bril­lante, des oiseaux quand ils ont mangé trop de baies, je l’émiette, des rubis sobres dans la masse. Il dit que je ne le vendrai pas celui-là. Nous par­i­ons. Si je gagne, dis-je, vous me lècherez tout entière. Il rougit et trem­ble un peu. On dirait qu’il a froid. » (Mira, 74)

Si Car­o­line Lamarche frôle sans la touch­er vrai­ment la matière réal­iste et se tient à côté de l’autobiographie, priv­ilé­giant le jeu avec l’imaginaire et la poésie, Nathalie Gas­sel se désigne sans équiv­oque, affronte dure­ment sa réal­ité, cherche sans dis­con­tin­uer à la définir au plus près et en fait le socle de sa réflex­ion exis­ten­tielle et scrip­turale.

C’est peu de dire que le sexe habite ses écrits. Le désir sex­uel est un vouloir vivre, même en dehors de tout objet pré­cis, il per­met de se dépass­er mais aus­si de dépass­er l’autre. Il ne se conçoit donc pas d’aspiration à la jouis­sance qui ne se dou­ble d’une volon­té de puis­sance, ni de désir qui ne vise à la pos­ses­sion totale, à la dévo­ra­tion. En ver­tu de son appréhen­sion ath­lé­tique de tout phénomène, elle com­pare la rela­tion sex­uelle à un com­bat fab­uleux, à une célébra­tion de la guerre sans enne­mis. À l’écart de tout sen­ti­ment comme dans un pro­jet pas­sion­nel, la vio­lence et la douceur éro­tiques la tra­versent, lui imposent un enjeu élevé car elle aspire à la maîtrise de la jouis­sance, à « la volup­té des hau­teurs ». C’est ce besoin d’élévation et de lucid­ité dans le plaisir qui emporte son écri­t­ure qu’elle s’applique à mod­el­er de sa force et de la mécanique de ses instincts. L’amour d’un corps et celui du texte vont de pair. Toute stratégie de séduc­tion se dou­ble d’une extrême atten­tion à la décrire.

« Je recen­tre tout sur le char­nel. Il est évi­dent que l’érotique s’impose à moi. Un ren­dez-vous de soirée qui se pro­longe la nuit. Des mois se sont écoulés, il s’est arron­di mais je peux le dire autrement, il a pris de la pulpe, et ça me met fort en appétit. Le pulpeux, c’est une chair qui se donne, un vol­ume qi s’accroît, il faut que ce soit har­monieux, esthé­tique, sans aug­menter la dureté du corps. C’est une enveloppe douce, moelleuse, c’est onctueux. Il serait absurde d’être péjo­ratif, c’est la crème et elle me plaît, je la lècherais, y passerais la langue, ce n’est pas exces­sif, encom­brant, c’est juste à point, par­fait pour la dégus­ta­tion. […] Ce genre d’action me va, une drague directe, sans expli­ca­tion : juste obéir à ma sen­sa­tion. » (Ardeur et vacuité, 42)

Gas­sel revis­ite les gen­res, à sa manière. Après cette drague d’un homme, ni gay ni hétéro, qui représen­terait « l’éternel mas­culin », voici, pour illus­tr­er la dif­férence entre le pulpeux et le dur, Jessy.

« Je suis habitée par cette promesse de nos deux corps qui se con­naîtront » : l’icône désirée devient réal­ité lors de la ren­con­tre promise.

« Son corps est dur et chaud. Sa peau est épaisse et non sans rugosités, j’apprécie.  Sa poitrine est com­pacte, ses pec­toraux con­trac­tés et durs comme du béton en mou­ve­ment, ils for­ment des stries ani­mées. La paume de ma main épouse la den­sité métallique de son épaule. Nous nous chevau­chons. Nos cli­toris émer­gent, se ren­con­trent, se raclent, ils sont gorgés, rougeoy­ants, les nervures en sont ten­dues. Son corps est lourd, il est plus grand que le mien, mais pos­sède le même type de con­sis­tance, comme si nous nous dédou­blions. Comme si cha­cune, nous nous décou­vri­ons un peu nous-mêmes, et con­nais­sions alors ce que nous sommes dans les bras des autres. L’autre est une image de soi, soi est une image de l’autre ; sen­sa­tion que je ne peux retrou­ver avec une femme au physique ordi­naire. […] J’étais appelée à tout énon­cer, à com­mencer par le plus exclusif, il ne fal­lait pas reculer, j’étais utile pour son­der la part obscure et équiv­oque de nos vies. Con­fi­dente des non-dits, il me fal­lait nav­iguer dans les eaux pro­fondes et com­mu­ni­quer ouverte­ment avec nos gouf­fres – par­fois abrupte­ment. » (Ardeur et vacuité, 67–69)

Le désir, l’approche, l’hésitation, la retenue, l’occasion ratée… il y a chez Stéphane Lam­bert la néces­sité de se scruter, de s’interroger, de met­tre son corps « à nu », en d’autres ter­mes de s’analyser. L’attente est matière à réflex­ion qui précède et devance par l’imagination la lente descrip­tion des états de tran­si­tion.

« Sec­onde ver­tig­ineuse avant le pre­mier bais­er. Bord extrême de l’attente de l’autre. Vac­ille­ment con­trôlé. Quelque chose s’est refer­mé autour de cet instant. Extrait devenu total­ité. Toutes les guer­res se figent dans la ten­sion presque imper­cep­ti­ble des lèvres. Elles se sont rap­prochées. Résis­tent l’une à l’autre, comme deux glad­i­a­teurs en posi­tion de com­bat, perce­vant la force hale­tante se dégageant du corps enne­mi. Rémis­sion. Et brusque­ment ça y est. Le con­tact. Ce qui était encore loin s’est com­plète­ment fon­du dans le moment présent. L’avant s’est dis­sous dans le moelleux de la bouche. Cet inci­dent fait bas­culer l’histoire intime dans une ère nou­velle. Deux forces fusion­nant en un seul noy­au. Le désir de L. rejoint le mien, ren­force l’intensité du bais­er. Cha­cun voudrait entr­er davan­tage en l’autre. S’immiscer dans la gorge. S’effacer dans l’enlisement. Et pour­tant aucune vio­lence n’éclate. La rota­tion des langues sem­ble ryth­mée par la moi­teur des palais. Englue­ment déli­cieux. Issue. Quelque chose est advenu dès le pre­mier regard. Dans la rue. » (Mon corps mis à nu, 109)

Indis­pens­able dou­ble ou com­plé­ment, l’autre, indéfi­ni mais tou­jours dev­iné, pressen­ti est-il image ou réal­ité : la dif­fi­culté est de choisir.

« Alors que j’écrivais ces pages, m’accompagnait une étrange image. Une carte posée à côté de mon ordi­na­teur comme un guide incom­préhen­si­ble. […] Le corps de l’homme était tel qu’aurait pu le rêver mon désir. Et Dieu soit loué, il n’avait pas de vis­age. Allez savoir pourquoi l’érotisme était, dans cette posi­tion, si fort – j’avais pour­tant tou­jours eu tant d’attirance pour la beauté d’un vis­age. Le corps rede­venu anonyme avait-il enfin per­du son car­ac­tère menaçant ? Aucun espoir d’amour ne par­a­sitait plus le désir – tout sen­ti­ment était inen­vis­age­able sans vis­age. L’image était un puits dont on ne voy­ait pas le fond. Et surtout j’avais l’impression qu’à cet être sans nom, j’aurais pu tout don­ner – j’aurais pu n’être avec lui que mon corps délivré de la peur. » (Mon corps mis à nu, 120)

Après une vis­ite aux Cat­a­combes de Paris, où la file indi­enne des vis­i­teurs favorise les quipro­qu­os prop­ices à la dérive dans l’imaginaire, le nar­ra­teur de Paris Nécro­p­ole se retrou­ve dans un autre souter­rain, le métro, où le vis­age d’un homme l’interpelle, mais aus­sitôt l’illusion prend le dessus.

« Je baisse le regard. Sans réfléchir. Et je vois la main noire de l’homme regardé, à la nuque effleurée, aux traits livides, je vois sa main, ses doigts, enser­rer fer­me­ment, empoign­er la barre de sou­tien métallique, la saisir froide­ment comme un sexe chaud, et tout à coup c’était comme mon sexe que cette main incon­nue empoignait fer­me­ment, et alors que le vis­age était tou­jours impas­si­ble, sans l’ombre d’une émo­tion, sans trace de désir, sa main empoignait mon sexe, dans l’imbroglio des corps rassem­blés, nous étions réu­nis, liés, par la pres­sion de sa main sur la barre métallique, froide et souil­lée… » (Paris Nécro­p­ole, 88–89)

Dans un pre­mier roman qu’une réédi­tion fait heureuse­ment revivre, un enfant rêveur est con­fron­té à la réal­ité d’une ren­con­tre avec un pédophile.

« Char­lot s’anéantit quand il voit Mon­sieur. Son amour le recou­vre et sa per­son­nal­ité s’efface. Char­lot pense qu’il devrait par­ler. Mais quand Mon­sieur lui par­le dans le creux de l’oreille, il oublie qui il est et il aime Mon­sieur. Oui, Char­lot s’oublie dans ces moments-là. Il ne s’affirme plus. Tout son moi se tait et il offre son corps. Mon­sieur le cou­vre de bais­ers. » (Char­lot aime Mon­sieur, 38)

En 2010, j’avais oublié de citer Claire Huy­nen, alors qu’avait paru son texte Une ren­con­tre qui met­tait en scène une curieuse con­nivence entre le sexe et la pas­sion de la reli­ure, un méti­er qu’elle exerce avec une égale sen­su­al­ité.

« Mes mains occu­paient mon corps tout entier, affairées à recréer les livres. La reli­ure me rem­plis­sait. Je n’avais de cesse de démon­ter, remon­ter ; débrocher, recoudre ; déformer, for­mer. Mes out­ils avaient l’exclusivité de mes caress­es, ma presse occu­pait seule mes ver­tiges. Ebar­ber, mas­si­cot­er, grec­quer, endoss­er, encoller, rogn­er, cou­vrir, encar­ter étaient mes mots d’amour, mes suaves sup­pliques, mes délices quo­ti­di­ennes. » (Une ren­con­tre, 26)

Un texte emblé­ma­tique qui témoigne d’un traite­ment orig­i­nal et facétieux de l’érotisme. Si la ren­con­tre avec un autre, un homme quel­conque, est for­tu­ite et décrite avec de vifs détails néan­moins banals, l‘originalité réside ailleurs. Par exem­ple quand l’entreprise sex­uelle et  le tra­vail du livre que pra­tique la nar­ra­trice vont se trou­ver intriqués, soit par l’imagination soit dans un épisode tout à fait réal­iste où la « ren­con­tre » béné­fi­cie d’une sorte d’emphase grâce à l’effet de redou­ble­ment, voire plus, grâce au texte du livre alors sur le méti­er de la relieuse.

« Je ne savais que faire de mes doigts cloués à l’ouvrage. Peu à peu ne demeu­ra de vous que le bruit. L’odeur aus­si de l’air déplacé par le moin­dre de vos doigts, tour­nant une page, frôlant un livre, une étagère, un meu­ble. Je m’étais remise à la tâche, dans la pré­cip­i­ta­tion de libér­er mes doigts de leurs chaines de soie. Mais le tra­vail était grossier, les nœuds iné­gaux. Maimaine. Son con. Très peu de poils, de la même teinte que ses cheveux ; les grandes lèvres for­mant deux bour­relets onctueux. Son odeur de varech, son odeur de filet à sar­dines. Le cœur, la fontaine de Tan­ta­le. La rose lasse et fripée. Le fin des peines.  Ces lignes seules d’Hardellet méri­taient la douceur de mes mains, la caresse des couleurs, l’arrondi de mes doigts. J’ai repris le tra­vail avec recueille­ment. Presque avec culte. Humil­ité par­faite. Vous étiez absent. Seuls demeu­raient de vous ce qui m’a tou­jours habitée : le bruit et l’odeur. » (Une ren­con­tre, 70)

Huy­nen évo­quera ailleurs des rit­uels éro­tiques « rénovés », dans un autre roman où elle démon­tre que vieil­lir et jouir est pos­si­ble et drôle (Série grise, 2011). Thé­ma­tique traitée sur un autre mode par Emmanuelle Pol dans L’Atelier de la chair, qui mérit­erait un exa­m­en dis­tinc­tif.

Il se dit partout qu’un amour réciproque lie le livre élec­tron­ique et la lit­téra­ture éro­tique. Bien qu’il se révèle que le roman éro­tique devi­enne un genre idéal pour l’e‑book – un effet des Fifty Shades of Grey, la ten­ta­tion de l’anonymat ou l’audace des timides ? –, je n’ai pas à ce jour de références à don­ner, d’exemples con­sulta­bles sur la toile, qu’on pour­rait comme au XVI­I­Ie siè­cle et selon Cré­bil­lon ou Rousseau, lire d’une seule main. Je reste attachée à la matéri­al­ité du livre. C’est elle qui s’ouvre le mieux à la sai­son vio­lente de l’érotique en écri­t­ure, qui en dis­pense la grâce. Une rad­i­cal­ité qui n’est guère sépara­ble de la poésie, comme manière d’écrire, comme manière de vivre et de décrire.

Philosophe et poète (faut-il ou non invers­er ces ter­mes alors que fusion­nent ces deux aspects de sa per­son­nal­ité ?), Véronique Bergen écrit comme on caresse, renou­velle la rhé­torique amoureuse et l’intime con­nivence de l’art et la pas­sion.

« C’était tou­jours des yeux que sa fièvre mon­tait ; elle fai­sait tanguer en moi les zones de mon enfance, bous­cu­lant mes fan­tômes en les menant à l’air libre, avide de débus­quer toutes mes lignes de fond, de démon­ter mes hor­loges exis­ten­tielles afin de saisir l’heure qu’elles tai­saient.
En cet après-midi nim­bé d’une lumière couleur miel, je me lais­sais con­duire là où la bouche de Chloé m’emmenait. Algèbre en acte, trois vari­ables tatouées au creux du cou ; acro­batie dig­i­tale ; le matin du monde, c’est la sig­na­ture de Chloé sur mon corps lorsque l’amour, à l’équinoxe de lui-même, se tient dans l’axe du soleil. Tous les siè­cles res­pi­rant entre deux spasmes, Chloé fai­sait l’amour lieder de Strauss, fai­sait l’amour cor­ri­da des temps solaires et réveil­lait les déserts où dor­ment les par­chemins des prophètes… » (Fleuve de cen­dres, 240–241)

Pour fig­ur­er le désir qui désori­ente et le désor­dre amoureux qui réor­gan­ise le monde, elle en appelle à la gram­maire  de deux per­son­nes, aux images les plus divers­es, aux plus forts des sym­bol­es.

« C’est par la vio­lence de son désir qu’elle débusquait les anfrac­tu­osités où je me réfu­giais. La pas­sion avait chez elle le tran­chant des rayons que le soleil décoche en plein été. Dis­si­pant le brouha­ha du monde, exi­lant tout ce qui ébréchait l’extase, Chloé me clouait sur ses désirs, tran­chait ma gorge de ses mur­mures, faisant mon­ter en elle le jaguar, la cas­cade, le chant de Sap­pho, l’ardeur dévo­rante de l’amazone… Sa fer­veur était impi­toy­able au sens où rien ne devait se dress­er entre son éclo­sion et sa sat­is­fac­tion. Je me lais­sais gliss­er dans les grands fonds qu’elle creu­sait en aveu­gle tan­dis qu’elle fai­sait de chaque bais­er l’absolu dont dépendait le tout du monde, si bien qu’imperceptiblement je me retrou­vais au cen­tre de sa Genèse, cette Genèse où elle était Dieu, Adam, Eve, le ser­pent, la pomme… » (Fleuve de cen­dres, 160)

Lorsqu’elle s’inspire de vies réelles pour les fic­tion­nalis­er, elle détourne le genre romanesque vers un baroque inven­tif et engagé. Ain­si en va-t-il, par­mi d’autres, des mémoires qu’elle attribue à Louis II de Bav­ière ou à Mar­i­lyn Mon­roe dont elle rap­porte les con­fes­sions sauvages ou les délires.

« À l’unisson de mes désirs, la dernière livrai­son de domes­tiques ramenés par Hes­selschw­erdt tem­père mon malaise. Lui seul peut écumer la Bav­ière et dénich­er des spéci­mens mâles d’exception. Schnei­der et ses audaces de lib­ertin, plus inven­tif que Casano­va, Hiedl et sa vio­lence indompt­able qui défer­le sans laiss­er une par­celle de ma chair indemne, Nagel et Gilliger aux courbes char­mantes, aux pro­por­tions grec­ques régies par le nom­bre d’or […] Com­bi­en de corps devrai-je étrein­dre pour retrou­ver le mien ? Entre l’humain et le divin, je suis écartelé. Auprès des morts, je monte la garde, veil­lant à ne pas les réveiller ni marcher sur leurs chevelures bleues. Ceux qui écrivent l’amour comme ils le pronon­cent ont bien de la chance. » (Requiem pour le roi, 201)

« Richard est au comble de la félic­ité car c’est aujourd’hui pleine lune, la dévo­ra­tion du ciel noc­turne par un astre prêt à accouch­er, ma dévo­ra­tion par un féminin qui prend pos­ses­sion de la moin­dre par­celle de ma chair. Jamais, je ne puis devin­er en quel endroit de mon corps la femme va sur­gir d’autant plus qu’il n’est pas rare qu’elle jail­lisse d’un endroit insignifi­ant, plante du pied ou ster­num. Il n’y a pas à la débus­quer, à la sup­pli­er de venir : elle fraie son chemin avec l’assurance des fleurs qui vont éclore, trou­vant spon­tané­ment les pétales qui met­tent ses formes en valeur, épou­sant la voix haut per­chée qui fait défail­lir le parterre de mes amants. » (Requiem pour le roi, 175)

Pro­pos de développe­ments lyriques sur le désir, l’appétit sex­uel, les fan­tasmes, l’amour ou ce qui en tient lieu, ces textes peu­vent aus­si con­vo­quer une arrière-fable sociale et poli­tique.

« L’homme qui me plaque con­tre le mur relève ma robe, soulève mes jambes que j’accroche autour de sa taille. Je gazouille une sous-ver­sion de Mar­i­lyn dans le cirage. L’inconnu ramassé en face d’un drug­store ne veut pas de mes mots troués de cham­pagne et de Nem­bu­tal. Il enfonce son poing dans ma bouche. Sa cheval­ière m’érafle les gen­cives, entaille ma mémoire. Génial qu’il me baise debout… En posi­tion ver­ti­cale, mon corps émet des ondes sex­uelles qui poupoupi­douent les vivants, les morts, les pas encore nés. L’étalon me besogne dru. Ses coups de queue m’arrachent des cris per­ox­y­dés qu’il étouffe sous une giclure de gifles. Mon regard vaporeux lance une sup­plique qu’il com­prend au quart de tour. Il me décoche une pluie d’insultes, un clafoutis de crachats qui explosent dans ma bouche, ses mains végété­lo-ani­males tor­turent mes tétons avant de cla­quer sur mes fess­es. Ma faim sex­uelle d’enfant aban­don­née, il la tam­ponne upper­cuts de boxeur fou. Au bout de son mem­bre qui me défonce Hiroshi­ma de la baise sauvage est logée une bombe à frag­men­ta­tion déposée par les Stu­dios Hol­ly­wood, par les Kennedy Broth­ers qui veu­lent ma peau. » (Mar­i­lyn, 42)

Com­ment se vivre en Mar­i­lyn, refuser sa nais­sance, combler l’absence de père, d’amour mater­nel, d’éducation,  bour­rer le vide ver­tig­ineux de l’existence ?

« Devant le miroir, je m’apostrophe à la troisième per­son­ne. Mes lèvres embrassent leur reflet, ava­lent une gorgée de cham­pagne que je fais couler sur mes poils pubi­ens. Ma chevelure, ma toi­son se lais­sent docile­ment décol­or­er, mais pas mes angoiss­es vertes ni mes idées noires. Même ma voix blondit direc­tion parc de l’enfance. Avec un tim­bre de gamine à la cloche fêlée, j’appelle Nor­ma Jean, sur­veille son appari­tion dans le miroir. Je lui promets un beau scé­nario pour ce soir : Nor­ma Jean rem­por­tant l’Oscar de la meilleure chi­enne d’Hollywood. Redonnant à boire à mon pubis, je rap­pelle à Nor­ma le com­pli­ment d’Otto Pre­minger à la fin du tour­nage de La Riv­ière sans retour, « diriger Mar­i­lyn, c’est comme diriger Lassie ; il faut qua­torze pris­es pour obtenir l’aboiement adéquat » […] Mon ex-moi n’a pas intérêt à mon­tr­er son minois de fleur de détri­tus, je me mets à l’injurier… Tu ne mérites pas de séjourn­er sur la terre, tu voles l’oxygène des fleurs, des papil­lons. » (Mar­i­lyn, 47–48)

Eugène Sav­itzkaya rece­vant le prix Rossel pour “Fraudeur”

Pour demeur­er « rare et exquise », la pra­tique de l’érotisme passe sans doute par le poème ou la marge, là où le se débride le sig­nifi­ant. Il n’en faut pas davan­tage pour intro­duire quelques extraits des deux derniers ouvrages parus d’Eugène Sav­itzkaya qui char­ment sans qu’il soit besoin de com­men­taire.

« À cal­i­four­chon
ma princesse, à cal­i­four­chon
va le cav­a­lier sur sa cav­ale
une couille du côté droit
une du côté gauche
à cal­i­four­chon sur le pelvien
une jambe d’un côté l’autre de l’autre
la cav­al­ière et
les lèvres au crin, aux poils
au cuir, à la peau
de paupière
enfourchée la bite
cofourchée la chat­te
à cal­i­four­chon
le pigeon sur sa pigeonne
le mata­dor
sur sa mignonne
cofour­chons » (À la cyprine, 63)

Et de déporter le regard, la sen­sa­tion, le sen­ti­ment : vers le sourire et l’air frais !

« Éro­tique canine

Cas­san­dre est en Cas­san­dre, et ne peu­vent se détach­er.
Et courent ain­si tan­tôt sur trois, six ou huit pattes,
Mais la faim les tenaille et la douleur les aigu­ise
et
Se traîne dans les champs et les rues leur corps chaud
Si chaud mor­fon­du » (À la cyprine, 43)

« Il en a vu bais­er des oiseaux sur les branch­es des robiniers, des charmes, des chênes et des bouleaux. Des corvidés, des pigeons voyageurs de long cours égarés par­mi les ramiers, des mésanges, des tourterelles. Ah, que c’est éphémère l’amour physique des tourterelles ! La femelle se pose la pre­mière sur une grosse branche près du tronc. Le mâle arrive et se pose sur une sorte de bal­an­celle, un rameau très fin en anse de panier. Il salue sept fois, de sept courbettes, la tête entre les pattes. Et de sept roucoule­ments. Puis il rejoint la femelle sur la bonne branche bien solide et il et elle se joignent en se sec­ouant, en agi­tant briève­ment les ailes. » (Fraudeur, 158)

« Elle était drôle cette poule et bizarre à la fois. Elle ne se sauvait pas quand le fou jeune l’approchait, mais tour­nait sur elle-même comme une toupie et se couchait dans la pous­sière, ne tenait pas en place mais ne cher­chait jamais à s’échapper, trop bonne ou trop folle, il ne l’a jamais su. Il four­rait ses mains sous ses ailes et elle les éti­rait com­plète­ment comme font les poules par forte chaleur, puis ne les repli­ait pas et les traî­nait par terre dans l’herbe quand il la posait sur le sol. Il n’arrivait plus à s’en sépar­er. Il lui en aurait coûté un effort incroy­able. […] Il ne sait plus com­bi­en de jours a duré leur amour ni s’il fut sincère. » (Fraudeur, 163)

Faut-il être fou et jeune pour, comme le garçon d’Eugène, avancer vers son des­tin, « sans pou­voir éviter femme que le sexe encom­bre » ?

Que préfér­er de la fan­taisie ou du sérieux ? Le choix n’est pas oblig­a­toire, moins encore si on ose le hasard et qu’on laisse le charme sub­rep­tice­ment opér­er.

Jean­nine Paque


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°187 (2015)