Archives par étiquette : lieu

L’expérience du lieu

Geneviève DE BUEGER, Jusqu’à l’arbre, Abra­pal­abra, coll. « iF », 2025, 106 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931324–07‑3

de bueger jusqu'à l'arbreDans la col­lec­tion « iF » des édi­tions Abra­pal­abra, Geneviève de Bueger signe avec Jusqu’à l’arbre un pre­mier réc­it poé­tique qui s’inscrit dans la foulée du mantra de la mai­son (“Que s’ouvre la parole comme une incan­ta­tion”) en révélant des chemins de tra­verse dans le paysage. Diplômée du mas­ter de let­tres Ecopé­tique & Créa­tion (uni­ver­sité d’Aix-Marseille) fondé par Chris­tine Mar­can­di­er et Jean-Christophe Cav­allin, Geneviève de Bueger déploie un regard ancré dans le hors-champ, la marge et les pas de côté. Con­tin­uer la lec­ture

La poésie, la mémoire, l’au-delà

Un coup de cœur du Carnet

Jacques VANDENSCHRICK, Livrés aux géo­graphes, fron­tispice d’Alexan­dre Hol­lan, Cheyne, 2018, 56 p., 17 €, ISBN : 978–2‑84116–256‑7

Vandenschrick livrés aux géographesComme il l’a déjà fait plus d’une fois, Jacques Van­den­schrick n’hésite pas à repren­dre dans Livrés aux géo­graphes une thé­ma­tique qu’on aurait pu crain­dre élimée : la résur­gence de sou­venirs prég­nants et le pou­voir impérieux qu’ils exer­cent aujour­d’hui sur notre vécu intérieur. En lan­gage poé­tique, il nous red­it que la mémoire est une fac­ulté par essence sélec­tive, que la fic­tion s’y mêle indis­cern­able­ment au réel, qu’elle con­stitue non un meu­ble à tiroirs mais un « chaos » ; comme Mar­cel Proust dans La recherche, il vise bien enten­du la mémoire affec­tive, non la réten­tion de quelque savoir insti­tué. Toute­fois, c’est dans un pos­tu­lat inso­lite qu’ap­pa­rait vrai­ment l’o­rig­i­nal­ité de sa démarche. Les traces du passé, écrit-il dans le pro­logue, se présen­tent sous l’aspect de « lieux » dis­parates : vil­lages tra­ver­sés, maisons d’amis entretemps morts, cimetières, mag­a­sins désertés, coins de nature à l’é­cart, etc.  Ces lieux sont indis­so­cia­bles de per­son­nes chères – par­fois imag­i­naires – qui les ont habités ou par­cou­rus, for­mant avec eux une sorte de con­sor­tium fan­toma­tique. Ain­si le sou­venir n’est-il plus envis­agé sous l’an­gle de l’évène­men­tiel, du nar­ratif, mais comme frag­ment ter­ri­to­r­i­al : la spa­tial­ité se sub­stitue à la tem­po­ral­ité, le tableau à l’anec­dote, et la mémoire devient une entre­prise topographique, certes frag­ile et aléa­toire. Con­tin­uer la lec­ture