Rudy LÉONET, CLARKE, AAA — Access all areas, Lamiroy, 2021, 90 p., 18 €, ISBN : 9782875955005
Rudy Léonet est une légende vivante de la presse (Télémoustique), télévision et radio belges (Radio Cité, Radio 21, Pure FM…), le producteur/animateur d’émissions cultes (French Kiss, 5 heures…). Un parolier pour d’autres (Indochine…) et pour La variété (groupe au disque électro-pop orphelin dont il fut le chanteur dans les années 1990). Rudy Léonet. Une personnalité clivante et, en même temps, tellement attachante. Un grand fan de musique à la mauvaise foi flamboyante et un professionnel travailleur, rigoureux, audacieux qui défend avec le même brio Depeche Mode et Patrick Juvet. Il est aussi un homme qui donne le meilleur dans la complicité. Avec Hugues Dayez à la radio ou avec le dessinateur Clarke dans AAA - Acces all areas, le livre paru aux éditions Lamiroy. Continuer la lecture
Elle, dont le prénom nous est tu, c’est une jeune fille aux portes de l’adolescence. Du haut de ses onze ans bien sonnés, elle nous conte sa vie avec ses grands-parents, dans un domaine campagnard flamand. Elle quitte peu les alentours, mais l’exploration du grand jardin lui offre d’inépuisables curiosités. Outre le personnel de maison, il y a sa grand-mère, qui n’est guère loquace, et son grand père qui ne l’est guère plus et vit ses derniers moments. Au vieillard alité, qui ne quitte plus la chambre, elle relate avec parcimonie la vie du dehors, les fruits et les légumes qui mûrissent au soleil de l’été. 


L’œuvre de Vincent Engel s’élabore selon une architecture audacieuse et ambitieuse, à l’exemple de la cité mystérieuse au cœur de ce roman ample : Maramisa. Ses livres s’emboîtent telles des matriochkas, les unes en contenant d’autres, pour aller s’amplifiant. Les lecteurs assidus d’Engel se souviendront que le roman Maramisa se trouvait en germe dans une nouvelle lauréate du Concours de Nouvelles de Radio France Internationale (RFI), publiée en 1993 (!) dans son premier recueil : Légendes en attente. Longue genèse que le lecteur peut découvrir sur le site du roman, où Vincent Engel propose des prolongements à son livre, en mode réalité augmentée : vidéos, musique, iconographies, textes divers, FAQ, forum, rencontres, etc.
On le scande depuis plusieurs décennies : « La maternité doit être un choix libre et réfléchi. » Certes, mais avoir le choix, décider de devenir mère, se penser mère, entre immanence et liberté morale, nager dans les courants des « avoir un enfant, c’est formidable ! », du sacro-saint mythe de la bonne mère et des « cela va de soi » prétendument maternels ; choisir de donner la vie, se transformer en une jeune accouchée et sombrer, être engloutie… Un fait qui touche à l’indicible, une parole qui semble inaudible que le deuxième roman d’Élise Bussière libère.
Lou est de retour à Bruxelles, ville de sa jeunesse, pour y retrouver sa mère et rendre visite à la dépouille mortelle de son père. Lou vient donc de perdre son père. Ou plutôt, le père de Lou vient de mourir. Car on comprend vite que ces deux-là se sont perdus depuis longtemps et que les liens entre Lou et ses parents sont loin d’être forts. Pourquoi ? Comment cette famille en est-elle arrivée à des rapports si mécaniques ? Le lecteur ne le saura pas. Tout au plus sera-t-il informé de l’existence d’une maîtresse et d’une fille illégitime mais aucun détail de l’histoire familiale ne lui sera confié.
Ils s’appellent Céline, Léopold, Josselin. Ils n’ont a priori rien en commun. Elle, sociologue un peu paumée ; eux, voisins dans un patelin tout aussi paumé, noyé dans une nature sombre et inhospitalière… Céline, en fuite après avoir poignardé son violeur ; Léopold, vieux veuf qui la ramassera sur le bord de la route, un soir glacial de décembre, et qui la ramènera chez lui, dans sa vieille ferme délabrée ; Josselin, demeuré obsédé – obsédé demeuré ? – dont les quelques rares neurones en état de marche ont dangereusement élu domicile dans l’entrejambe.
Dites 33 et vous rencontrerez autant de personnages dans Valets de nuit, le dernier livre en prose de Corinne Hoex, lesquels vous seront tout dévoués comme l’indique leur titre. Peut-être pas tout le temps, mais en tout cas la nuit, quand vous rêvez. Est-on responsable de ses rêves ? Bien sûr que oui. Inconsciemment sans doute, à ceci près qu’ils correspondent probablement plus à un désir informulé ou informulable qu’au hasard de la position du dormeur ou à la qualité de son matelas. Ce sont ces rencontres furtives, totalement fantasmées ou secrètement souhaitées que nous racontent les trente-trois textes courts, économes, incisifs du volume.
Un homme sort de prison. On comprend que c’était un prisonnier important. Les journalistes l’attendent. On lui demande : « Que comptez-vous faire maintenant ? » Et il répond : « Entrer dans la légende ». Cet homme, c’est Franck Jammet, un pianiste doué et un braqueur génial, converti à la criminalité par un incident qui survint alors qu’il était enfant de chœur. « Entrer dans la légende » : bien entendu, moins d’un an après sa libération, a lieu « le braquage du siècle », un fourgon contenant des dizaines de millions de dollars en diamants dans l’enceinte de l’aéroport de Zaventem, trois minutes, aucun coup de feu. Franck Jammet est le suspect tout désigné.
Le jury du Rossel vient de livrer son verdict. Parmi les 
Alors âgé de vingt-huit ans, Éric-Emmanuel Schmitt vit, dans le sud algérien, ce que l’on appelle communément « l’expérience du désert ». Une expérience réputée changer, parfois durablement, le regard sur le monde et sur la vie. C’est peu dire dans le cas de Schmitt qui, parti foncièrement athée dans le Hoggar, en est revenu croyant convaincu. (Sans toutefois – Dieu merci ? – chercher à affubler d’une identité particulière la force divine qu’il dit l’avoir emporté et marqué à jamais de son empreinte). C’est cette « nuit de feu » qui lui a inspiré le titre de son livre, en référence à l’illumination vécue par Pascal et à ces mots brûlants inscrits dans la doublure de veste du « Monsieur de Port-Royal ». Mais pourquoi Éric-Emmanuel Schmitt, auteur de quantité d’ouvrages, a‑t-il attendu vingt-cinq ans avant de se décider à rendre publique cette expérience d’une nature par ailleurs profondément intime et, comme il le suggère, proche de l’indicible ? Il s’en explique en évoquant sa rencontre avec une journaliste protestante très étonnée que l’auteur d’une œuvre souvent marquée par la tragédie humaine puisse manifester au quotidien une telle équanimité et un tel amour de la vie. D’où la réponse dans ce livre où le vécu singulier de l’homme éclaire aussi l’œuvre de l’écrivain. Mais que s’était-il passé il y a un quart de siècle ?