Hitler, un nouveau sauveur?

Arnaud DE LA CROIX, La reli­gion d’Hitler, Racine, 2015, 211 p., 19,95 €

de la croixAprès Hitler et la franc-maçon­ner­ie (Racine, 2013), Arnaud de la Croix s’attaque à la ques­tion –con­tro­ver­sée – de la reli­gion d’Hitler, dans son nou­v­el essai pub­lié aux édi­tions Racine. Bap­tisé dans l’Église catholique et enfant de chœur, le chef du mou­ve­ment nation­al-social­iste était-il chré­tien – comme l’a notam­ment soutenu le philosophe Michel Onfray, dans son Traité d’athéologie ?  Sa foi s’inscrivait-elle dans une mou­vance néo-païenne ou le Führer entendait-il en revenir aux anci­ennes croy­ances ger­maniques ? Était-il athée ?

« Hitler […] con­ce­vait le nation­al-social­isme comme autre chose qu’un sim­ple mou­ve­ment poli­tique : il le con­ce­vait aus­si comme un mou­ve­ment religieux. » Avait-il l’ambition de fonder une nou­velle reli­gion ? Sur quels rites et con­vic­tions se baserait-elle? Autant d’interrogations aux­quelles l’auteur, philosophe de for­ma­tion et pas­sion­né d’histoire, tente de répon­dre, empor­tant dans sa réflex­ion le lecteur, qui se trou­ve lit­térale­ment baigné dans l’idéologie hitléri­enne, con­fron­té aux influ­ences qui l’ont façon­née – divers travaux, événe­ments de l’histoire, ren­con­tres, etc. – et à tout ce qu’elle avait d’englobant. « L’État hitlérien n’est pas unique­ment autori­taire, il est avant tout total­i­taire : il englobe l’homme sous tous ses aspects. » Un essai pas­sion­nant !

Véri­ta­ble­ment immergé dans les années som­bres de l’Allemagne nazie, Arnaud de la Croix dresse, à par­tir de divers­es sources de pre­mier ordre, un por­trait très pré­cis révélant toute la com­plex­ité d’Hitler, passé maitre dans l’art du men­songe et de la dis­sim­u­la­tion et capa­ble d’adapter ses pro­pos au con­texte et à ses inter­locu­teurs, et tente, non sans mal, d’y voir plus clair et de faire le tri entre les mythes et légen­des qui entourent la per­son­nal­ité de ce dernier. Les écrits, dis­cours, allo­cu­tions, cor­re­spon­dance et échanges d’Hitler avec ses proches, sont décor­tiqués et expliqués à la lumière des événe­ments his­toriques. D’autres traces, cap­i­tales pour com­pren­dre – à enten­dre dans le sens d’« analyser », évidem­ment – l’idéologie du régime nazi et l’objectif pré­cis pour­suivi par Hitler, « au-delà de l’appétit du pou­voir et [de] la soif de destruc­tion », telles que des témoignages de proches du Führer, de spec­ta­teurs extérieurs comme d’acteurs, sym­pa­thisants ou détracteurs, sont passées à la loupe ; des travaux d’historiens, de philosophes, penseurs, con­tem­po­rains ou non, sont nuancés et par­fois même démon­tés, appor­tant un regard neuf sur un sujet déjà abor­dé par la lit­téra­ture sci­en­tifique, mais non épuisé, comme on peut rapi­de­ment s’en ren­dre compte. Le lecteur appréciera égale­ment le petit cor­pus de doc­u­ments icono­graphiques inté­gré à l’ouvrage.

À tra­vers la réflex­ion d’Arnaud de la Croix autour de la reli­gion d’Hitler, c’est toute la pen­sée et la mise en œuvre du Pro­jet (avec un grand P) de celui-ci qui sont passées au peigne fin, non sans rap­pel­er une cer­taine actu­al­ité, comme le fait remar­quer l’auteur, qui s’interroge encore, pour con­clure, sur « ce qui sub­siste aujourd’hui, 70 ans après le sui­cide d’Hitler, de la “foi nou­velle” qu’il avait mise au point ». Inter­pel­lant !

Marie Dewez