Marianne LEFEBVRE-RAEPSAET, À fleur de mémoires. Lulu Raepsaet, résistante communiste, rescapée de Ravensbrück, Cerisier, coll. « Quotidiennes », 2025, 176 p., 17 €, ISBN : 9782872672561
Résistance. Solidarité. Humanité. Ajoutons : mémoire. Transmission. Voilà quelques-uns des termes qui se détachent parmi tous les autres dans À fleur de mémoires de Marianne Lefebvre-Raepsaet, un livre consacré à sa mère, Lulu Raepsaet, déportée au camp de Ravensbrück et qui, comme beaucoup de survivantes et survivants des camps, a (très) peu raconté ce qui s’y était passé. Certain·es se sont même tu·es totalement, laissant leurs descendant·es aux prises avec des béances d’autant plus douloureuses. On pense, par exemple, à la mère de Chantal Akerman, si silencieuse (même si parfois bavarde), si présente dans la vie et dans l’œuvre de sa fille : « [le silence de ma mère] c’est sur quoi je travaille, depuis des années, d’une manière ou d’une autre (…) comme elle a eu la parole coupée, vraiment, j’essaie à ma manière de la lui redonner. » Continuer la lecture






Il est courant d’entendre que depuis Platon, la philosophie occidentale n’ajoute que des notes de bas de page à ses dialogues socratiques. Du moins jusqu’à la Shoah. Alors, la pensée est devenue plus que vertigineuse : il ne s’agit plus de prendre conscience de la mort à un degré humain et/ou divin, mais d’appréhender la fin de l’humanité à un niveau commun, proche ou lointain. Soit dans son ensemble à tout moment atomique, climatique, soit dans son esprit-même : que reste-t-il d’âme, d’espérance, de poésie, bref d’humain dans le cœur de l’humanité depuis la Shoah ?
La littérature prolétarienne belge a peut-être été moins scrutée que celle des écrivains régionalistes. La question de la collaboration culturelle durant la Seconde guerre mondiale n’a que rarement fait l’objet d’une vulgarisation ; des études, des mémoires, des ouvrages universitaires lui ont été consacrée : les auteurs du présent volume en mentionnent quelques-uns. L’épuration des écrivains ayant collaboré avec l’occupant n’a pas donné lieu à un débat public retentissant et à des condamnations fracassantes comme ce fut le cas en France. Un certain nombre d’écrivains aujourd’hui connus passèrent entre les mailles d’un filet institutionnel et judiciaire somme toute assez complaisant. Certains s’exilèrent. D’autres furent condamnés à mort ou à des peines de prison.
Pour son cinquantième anniversaire, la collection “Points” propose la réédition de titres qui ont ponctué son histoire. Le roman de Pierre Mertens, Les éblouissements, y trouve sa place. Il s’est vu attribuer le prix Médicis en 1987.
Marcel Sel a‑t-il été tétanisé par le succès de son premier roman, Rosa (quatre prix et deux finales) ? Ou une ambition artistique démultipliée a‑t-elle élevé la barre à tout rompre (attentes et limites) ? La question se pose dès l’entame du livre. Dont la structuration, l’écriture et le fond secouent irrésistiblement.
Le nouvel essai d’Arnaud de la Croix s’inscrit dans le fil de ses travaux antérieurs,
L’expression « sauver les phénomènes » peut introduire à l’activité philosophique depuis Nietzsche et en tout cas le début du XXe siècle, mais à condition d’ajouter par la mise à découvert du langage qui y fait obstacle et y participe. Les grands courants de la philosophie contemporaine s’évertuent en effet à analyser ou à épurer le langage, à réduire ou à déconstruire ses présupposés, à l’interpréter ou à le mettre en récit…
Le demi-siècle 1965–2015 fut marqué par une série de crises ou de mutations profondes, dont notre vision du monde occidentale ne pouvait sortir intacte : révélation accrue des crimes nazis et staliniens, conséquences de la décolonisation, contestation de mai 68 et maoïsme, chocs pétroliers, fin de l’U.R.S.S. et déclin du communisme, croissance des pays émergents, etc. Telles sont les turbulences historiques devant lesquelles Éric Clémens, philosophe de formation, a tenté de repenser les bases de la politique et de l’éthique – rappelons notamment son essai Le même entre démocratie et philosophie (Lebeer-Hossman, 1987) –, mais sans éluder la nécessité de l’action concrète, puisqu’il a notamment organisé ou participé à de nombreux débats publics et qu’il milite pour l’attribution à chaque citoyen d’un « revenu de base inconditionnel ». Le livre qui parait aujourd’hui rassemble des textes publiés tout au long de ces années, jalons d’une recherche exigeante et rigoureuse entre interrogation philosophique et écriture poétique ; son titre l’indique, égalité et liberté sont deux préoccupations – éminemment républicaines – qui dominent, ou plutôt arriment le questionnement auquel s’astreint l’auteur. 