Hitler, un nouveau sauveur?

Marie DEWEZ

de la croixAprès Hitler et la franc-maçonnerie (Racine, 2013), Arnaud de la Croix s’attaque à la question –controversée – de la religion d’Hitler, dans son nouvel essai publié aux éditions Racine. Baptisé dans l’Église catholique et enfant de chœur, le chef du mouvement national-socialiste était-il chrétien – comme l’a notamment soutenu le philosophe Michel Onfray, dans son Traité d’athéologie ?  Sa foi s’inscrivait-elle dans une mouvance néo-païenne ou le Führer entendait-il en revenir aux anciennes croyances germaniques ? Était-il athée ?

« Hitler […] concevait le national-socialisme comme autre chose qu’un simple mouvement politique : il le concevait aussi comme un mouvement religieux. » Avait-il l’ambition de fonder une nouvelle religion ? Sur quels rites et convictions se baserait-elle? Autant d’interrogations auxquelles l’auteur, philosophe de formation et passionné d’histoire, tente de répondre, emportant dans sa réflexion le lecteur, qui se trouve littéralement baigné dans l’idéologie hitlérienne, confronté aux influences qui l’ont façonnée – divers travaux, événements de l’histoire, rencontres, etc. – et à tout ce qu’elle avait d’englobant. « L’État hitlérien n’est pas uniquement autoritaire, il est avant tout totalitaire : il englobe l’homme sous tous ses aspects. » Un essai passionnant !

Véritablement immergé dans les années sombres de l’Allemagne nazie, Arnaud de la Croix dresse, à partir de diverses sources de premier ordre, un portrait très précis révélant toute la complexité d’Hitler, passé maitre dans l’art du mensonge et de la dissimulation et capable d’adapter ses propos au contexte et à ses interlocuteurs, et tente, non sans mal, d’y voir plus clair et de faire le tri entre les mythes et légendes qui entourent la personnalité de ce dernier. Les écrits, discours, allocutions, correspondance et échanges d’Hitler avec ses proches, sont décortiqués et expliqués à la lumière des événements historiques. D’autres traces, capitales pour comprendre – à entendre dans le sens d’« analyser », évidemment – l’idéologie du régime nazi et l’objectif précis poursuivi par Hitler, « au-delà de l’appétit du pouvoir et [de] la soif de destruction », telles que des témoignages de proches du Führer, de spectateurs extérieurs comme d’acteurs, sympathisants ou détracteurs, sont passées à la loupe ; des travaux d’historiens, de philosophes, penseurs, contemporains ou non, sont nuancés et parfois même démontés, apportant un regard neuf sur un sujet déjà abordé par la littérature scientifique, mais non épuisé, comme on peut rapidement s’en rendre compte. Le lecteur appréciera également le petit corpus de documents iconographiques intégré à l’ouvrage.

À travers la réflexion d’Arnaud de la Croix autour de la religion d’Hitler, c’est toute la pensée et la mise en œuvre du Projet (avec un grand P) de celui-ci qui sont passées au peigne fin, non sans rappeler une certaine actualité, comme le fait remarquer l’auteur, qui s’interroge encore, pour conclure, sur « ce qui subsiste aujourd’hui, 70 ans après le suicide d’Hitler, de la « foi nouvelle » qu’il avait mise au point ». Interpellant !

Arnaud DE LA CROIX, La religion d’Hitler,  Bruxelles, Racine, 2015, 211 p., 19,95 €