Le degré zéro du Liégeois

Lau­rent DEMOULIN et Jean-Marie KLINKENBERG, Petites mytholo­gies lié­geois­es, Tétras Lyre, coll. « Hors chant », 2016

demoulinDans son intro­duc­tion aux petites mytholo­gies lié­geois­es, Jan Baetens souligne que « faire et défaire les mythes » est la mar­que de fab­rique du Lié­geois. Les auteurs de cet ouvrage, Lau­rent Demoulin et Jean-Marie Klinken­berg, sont indé­ni­able­ment de mar­que lié­geoise. Dans cet abécé­daire à l’ordre alphabé­tique cham­boulé, dans ce bes­ti­aire n’abordant pas que la thé­ma­tique ani­mal­ière, ils décrivent avec poésie, bon­homie, soci­olo­gie, sémi­olo­gie (on ne se refait pas), sub­jec­tiv­ité et bien­veil­lance divers aspects qui font et défont Liège. Son fleuve, ses inon­da­tions, ses bus, sa gare, son C.H.U., sa foire d’octobre…

Cela avec le zeste de mau­vaise foi néces­saire qui fait tout bon Lié­geois et tout bon mythe. Car cer­tains élé­ments décrits dans ces petites mytholo­gies n’appartiennent pas de manière exclu­sive à Liège. Mais s’approprier cer­taines paternités/maternités c’est le côté hexag­o­nal du Lié­geois, son côté con­va­in­cu et par­fois con­va­in­cant (tout dépend de l’interlocuteur), d’occuper le cen­tre du monde.

Ain­si ces « vestales » – arti­cle haute­ment recom­mand­able sur les dames qui restent debout à côté des chauf­feurs de bus dans une intim­ité établie et sou­vent silen­cieuse — sont-elles typ­ique­ment lié­geois­es ?  Sans doute pas. Mais qu’importe ? Le Lié­geois, la Lié­geoise les recon­naî­tra et les Xenos com­pren­dront. C’est une des grandes qual­ités de cet ouvrage atyp­ique , de cette fic­tion qui en devient doc­u­men­taire,  de révéler au Lié­geois ce qu’il savait peut-être déjà, mais sans l’avoir jamais for­mulé et au non Lié­geois de décou­vrir une palette aux nuances bien plus com­plex­es que celles des clichés paresseuse­ment lim­ités au noir et blanc sur la cité ardente et ses habi­tants.

L’inévitable « Oufti ! » et un exem­ple de cliché pas­sant de la rareté à l’infini des pix­els. La machine Klinken­berg-Demoulin décor­tique l’idiome qui de savoureux en devient sacré. L e mythe (re)naît.

Lau­rence GHIGNY