Archives par étiquette : Tétras Lyre

Faire revenir Carême à sa langue maternelle

LÈS RÈLÎS NAMURWÈS, Mau­rice Carême en wal­lon. Poèmes fran­coph­o­nes traduits en wal­lon, Tétras Lyre, coll. « De Wal­lonie », 2025, 182 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–72‑4

Avec Mau­rice Carême en wal­lon, les Rèlîs Namur­wès s’attaquent à l’art déli­cat de la tra­duc­tion. C’est sur le plan de la forme que le pari est par­ti­c­ulière­ment auda­cieux, puisqu’il s’agit de s’acquitter d’une tâche haute­ment déli­cate : traduire sans trahir.

Il n’est peut-être pas inutile de rap­pel­er que Mau­rice Carême, grand poète belge d’expression française, était recon­nu inter­na­tionale­ment pour la sim­plic­ité appar­ente de ses textes, pour son gout de la ritour­nelle et de la clarté. Comme le rap­pelle l’avant-propos du livre, il impor­tait beau­coup, à ses yeux, qu’une tra­duc­tion, bien qu’elle ne puisse être une trans­po­si­tion exacte d’une langue à une autre, laisse enten­dre que les poèmes traduits ont été écrits avant tout en français – et par là même, respecter le génie orig­inel du texte. Con­tin­uer la lec­ture

Des mots derrière la pellicule

Jan BAETENS, Hiv­er à Rome, Tétras Lyre, 2025, 62 p., 16 €, ISBN : 9782930685731

Dans son dernier recueil, Hiv­er à Rome, pub­lié aux édi­tions Tétras Lyre, Jan Baetens pro­pose au lecteur une quar­an­taine de textes courts (dix lignes, jamais une de plus, jamais une de moins) et poé­tiques écrits – comme l’indiquent la qua­trième de cou­ver­ture et le préam­bule – devant des pho­togra­phies archéologiques issues de l’Academia bel­gi­ca à Rome. Les clichés se décou­vrent avec plaisir à la fin de l’ouvrage. Con­tin­uer la lec­ture

La ville porte ses fruits (littéraires)

Jan BAETENS, Cahiers de Grenade (Retrait au noir), Tétras Lyre, 2023, 14 €, ISBN : 978–2‑930685–70‑0

baetens cahiers de grenade« Il me faut un lieu pour écrire
Deux coudes sur la table pour rire
Un moment pour tout bien peser
Le bon­heur de ne rien pro­scrire
L’inspiration à boire corsée 
»

Après ses récentes Vacances romaines (pub­liées aux Impres­sions Nou­velles), le poète et cri­tique Jan Baetens s’est retiré à Grenade. Il en livre ses obser­va­tions dans son nou­v­el opus, Cahiers de Grenade, sous-titré Retrait au noir et pub­lié aux édi­tions Tétras Lyre. Mât­iné de sen­si­bil­ité, de finesse et d’humour, ce recueil nous invite à dépass­er les clichés et le point de vue touris­tique sur la ville espag­nole (comme sur n’importe quelle ville, par ailleurs) en for­mu­lant l’idée que « l’essence d’une ville n’est pas d’être, mais de faire signe ». Alors, quels signes lui adresse Grenade ? Con­tin­uer la lec­ture

L’histoire d’Abraham vue de Liernu

Joseph DEWEZ, Èvôye, Abrâm. Sor­tir du patri­ar­cat avec le pre­mier patri­arche ?, Tétras Lyre, coll. « De Wal­lonie », 2022, 164 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–67‑0

dewez evoye abramD’aucuns se sont peut-être éton­nés de trou­ver la sig­na­ture de Joseph Dewez sur ce livre. Fig­ure notoire des let­tres en langue régionale de Bel­gique, actuel prési­dent des Rèlîs Namur­wès et mem­bre tit­u­laire de la Société de Langue et de Lit­téra­ture wal­lonnes, il est surtout con­nu pour met­tre en valeur d’autres écrivains, passés et présents. À ce titre, il a con­tribué à plusieurs numéros de la col­lec­tion « Mémoire wal­lonne », à l’impressionnante mono­gra­phie Les Kriegscayès. La Grande Guerre des Rèlis Namur­wès, pub­lie régulière­ment des hom­mages et des comptes ren­dus et, depuis la ren­trée dernière, prend en charge un cours à l’école de wal­lon de Namur. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie, koan et silence

Leo GILLESSEN, Un moment à peine. Kaum ist alle Zeit, Tétras Lyre, coll. « Lyre sans borne », 2023, 108 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–68‑7

gillessen un moment a peine kaum ist alle zeitL’esprit et la struc­ture des koan hantent les poèmes courts, die kurzegedichte qui com­posent le nou­veau recueil de Leo Gillessen. Poète né à Man­der­feld, lau­réat du prix de lit­téra­ture ger­manophone en 1993, col­lab­o­ra­teur de la revue Kraut­garten jusqu’en 2015, Leo Gillessen taille des formes brèves bilingues, en français et en alle­mand, sans que le principe de la tra­duc­tion ne règne en maître. Dans la note d’introduction, fig­ure la men­tion qu’il s’agit de deux recueils, portés par deux langues, unis en un seul livre. Si, par­fois, le face-à-face entre les textes adopte l’allure d’une tra­duc­tion, à d’autres moments, les textes diver­gent, explorent les ques­tions du temps, du silence, de la réal­ité et de l’illusion avec leurs moyens pro­pres, leur idiome. Le schème de la tra­duc­tion se voit déporté une deux­ième fois dès lors que la forme et la ligne spir­ituelle des poèmes en prose s’inspirent des koan, ces brefs sup­ports textuels qui, dans le boud­dhisme zen, ser­vent d’objets de médi­ta­tion. Insérés dans l’univers du boud­dhisme japon­ais, la langue française et la langue alle­mande vivent à l’heure éter­nelle d’une sagesse ori­en­tale qui, dans sa trans­la­tion en alle­mand ou en français, con­serve le cœur bat­tant des koan : exprimer en quelques mots des para­dox­es, des apor­ies qu’échangent un maître boud­dhiste et son dis­ci­ple. Con­tin­uer la lec­ture

En bordure de crépuscule

Corinne HOEX, L’ombre de toi-même, Tétras Lyre, 2023, 68 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930685–69‑4

hoex l'ombre de toi-mêmePub­lié aux édi­tions Tétras Lyre, le dernier ouvrage de Corinne Hoex sem­ble le miroir d’un autre, paru une dizaine d’années aupar­a­vant dans la même mai­son, L’autre côté de l’ombre (2012) : for­mat iden­tique, coex­is­tence du texte et de l’image,  ques­tion­nement du vis­i­ble et frac­tion­nement d’un long poème en petites parts sub­tiles – comme pour étir­er les sec­on­des et y puis­er plus encore de matière à explor­er. L’ombre de toi-même est un livre déli­cat, patiem­ment tis­sé entre les instants nébuleux qui mar­quent l’entrée dans la nuit. Con­tin­uer la lec­ture

L’arpenteur, le voyageur et l’utopie

Célestin DE MEEUS, Atlan­tique, Tétras Lyre, coll. « Accordéon »,2022, 16 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930685–63‑2

de meeus atlantiqueAvec Atlan­tique, Célestin de Meeûs con­firme une démarche poé­tique cohérente. Né à Brux­elles en 1991, il a déjà pub­lié Écart-type (Tétras Lyre, 2018, prix Polak) puis deux autres titres chez Cheyne : Cadas­tres (2018, prix de la Voca­tion) et Cav­ale russe (2021). Un pre­mier titre est sou­vent révéla­teur d’un thème déter­mi­nant, qui fait sens, con­sciem­ment ou incon­sciem­ment, pour son auteur : il sera enrichi au gré d’une expéri­ence de vie où le lan­gage et le vécu s’épouseront en de mul­ti­ples et com­plé­men­taires développe­ments. Or, « en ter­mes sta­tis­tiques, l’é­cart-type est la part indéfiniss­able entre deux don­nées, entre deux balis­es : ce qui échappe au défi­ni et à la règle, l’e­space au sein duquel le poème se crée ». De Meeûs y déploy­ait aus­si une écri­t­ure du voy­age puisque « la sec­onde par­tie de ce recueil a entière­ment été écrite lors d’un voy­age, dans lequel les noms des villes choisies au hasard, le déploiement des cartes étaient à la fois la seule trame et les seuls repères ». Le pro­pos géo­graphique sera con­fir­mé par les titres qui suiv­ront : le déplace­ment dans le temps et l’espace ren­voient à un noy­au d’inconnaissable, un non lieu et un non temps, moment éter­nelle­ment sus­pendu, cœur de toute révéla­tion poé­tique. Cette leçon pro­pre­ment philosophique n’empêche pas le poète d’être impliqué dans son rap­port au monde. Le poème devient alors le véhicule mou­vant d’une prise de con­science entre l’intériorité et l’extériorité, la mem­brane d’un échange entre la réal­ité et un réel qui se présente comme le topos d’une absence-présence simul­tanées, espace où le poème se crée mais où le poème con­duit aus­si à l’Être. Con­tin­uer la lec­ture

Madeleine, le goût de l’enfance

Françoise LISON-LEROY (autrice) et Françoise ROGIER (illus­tra­trice), Madeleine, Tétras Lyre, coll. « Let­trim­age », 2022, 30 p., 16 €, ISBN : 9782930685625

lison leroy rogier madeleineMadeleine a dix ans, d’abord bien­tôt, ensuite depuis peu. Ses pieds s’agitent nus ou bot­tés de rouge, dans la nature qui l’éclabousse et les flaques qui la réjouis­sent. Ses yeux se plis­sent de con­tente­ment quand ils ne se per­dent pas dans l’observation. Ses paumes, elles, s’ouvrent grand, telle­ment grand vers le ciel, mais se refer­ment aus­si pour ne pas qu’un bal­lon s’échappe. Son corps, agile, se niche sur la branche d’un pom­mi­er, s’accroche à un trapèze, se fige devant un cours d’eau. Et ses cheveux, noirs, s’affolent aux qua­tre vents, au gré de ses cabri­oles, puis se reposent sur ses épaules, lors de moments sus­pendus. Madeleine paraît joyeuse et curieuse, entière­ment dans l’instant. Autour d’elle, des feuilles col­orées, des jou­ets aban­don­nés, des oiseaux s’égaillant, des nuages pas­tel, des félins s’esquivant, une foule en mou­ve­ment. C’est dans cet univers graphique, à la com­po­si­tion pochée et cha­toy­ante, que con­nais­sance visuelle est faite avec Madeleine. Les déli­cieuses illus­tra­tions de Françoise Rogi­er, à elles seules, racon­tent déjà telle­ment… Con­tin­uer la lec­ture

Au féminin de la troisième personne

Aliette GRIZ, FLISE, Pli­er l’hier, Tétras Lyre, 2022, 82 p., 16 €, ISBN : 9782930685618

griz flise plier l hierDans Pli­er l’hier, recueil poé­tique pub­lié chez Tétras Lyre et illus­tré par Flise (artiste plas­ti­ci­enne établie à Paris), Aliette Griz s’adonne à une poésie mil­i­tante entière­ment rédigée au féminin de la troisième per­son­ne dans ce qu’elle nomme « […] un reportage / D’écorché·e·s aligné·e·s / Dans les salles d’attentes ». La pré­face de l’ouvrage, signée par le col­lec­tif Les Que­nouilles auquel appar­tient l’autrice, par­le, quant à elle, « [d’]images comme des plans qui se suc­cè­dent » et proclame : « La nar­ra­tion ne compte pas. Out le plan-séquence. Pli­er l’hier pour faire bouger les instan­ta­nés et l’image d’Épinal ». Com­prenons par ces affir­ma­tions que chaque poème se com­pose d’images apposées les unes aux autres afin de for­mer un tout cohérent et sig­nifi­ant tan­dis que, de son côté, le recueil, fait de vers libres ou de poèmes en prose, pro­gresse par frag­ments. Con­tin­uer la lec­ture

Presque rien sur presque tout…

Jérôme POLOCZEK, Presque poèmes, Tétras Lyre, 2021, non pag­iné, 16 €, ISBN : 978–2‑930685–59‑5

poloczek presque poemesLe min­i­mal­isme fausse­ment naïf de Poloczek nous avait ravis dans un précé­dent livre paru en 2018 aux édi­tions de L’arbre à paroles sous le titre étrange Autubi­ogra­phie. Une forme d’expérience biographique sous le signe du tutoiement avec lui-même et donc avec cha­cun, un work in progress biographique glob­al en somme pour cet auteur qui est aus­si plas­ti­cien et per­formeur. Con­tin­uer la lec­ture

Archives d’ombre et de lumière

Maxime COTON, Au dos des nuits, Tétras Lyre, 2021, 112 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930685–58‑8

coton au dos des nuits« Quand bien même mes pha­langes auraient par­cou­ru mille corps, aurais-je plus baroudé que dans le méan­dre de nos nuits sol­idaires, obstinées, qui créent le temps à la mesure de leur minus­cule infi­ni ? »

Au dos des nuits de Maxime Coton se présente comme un recueil de poèmes et de notes épars­es ryth­més par les dif­férents mois de l’année, de décem­bre à novem­bre. Le livre (dont la pre­mière mou­ture a obtenu le Prix Robert Gof­fin 2018) réu­nit des textes qui se déploient sur une large péri­ode d’écriture, entre le 14 octo­bre 2010 et le 27 novem­bre 2019 dans dif­férents lieux du monde. Les textes ne sont pour­tant pas datés : ce faisant, ils acquièrent dans le recueil une col­oration intem­porelle. Con­tin­uer la lec­ture

Plume et pinceau à l’unisson

Rose-Marie FRANÇOIS et Charles DELHAES, L’écho du regard, Tétras lyre, 2020, 76 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930685–53‑3

francois delhaes l echo du regardDans un ouvrage de for­mat car­ré pour accueil­lir l’impression très soignée des œuvres en por­traits, paysages, cer­cles et car­rés de Charles Del­haes, Rose-Marie François en enreg­istre L’écho du regard, sous la forme de poèmes atten­tifs et sen­si­bles, exposés vison-visu, à savoir un poème par œuvre et dou­ble page. Chaque toile du pein­tre lui a inspiré quelques vers agis­sant comme le départ et la des­ti­na­tion, l’aller et le retour : de mul­ti­ples va-et-vient, de joyeuses con­nivences et col­lab­o­ra­tions nous dit l’introduction du livre et qui font autant de ponts invis­i­bles entre l’image et le texte, entre le texte et l’image, entre les deux auteurs. Con­tin­uer la lec­ture

Percée dans l’enfance contuse

Véron­i­ca LENNE, À l’ombre du ven­tre, Tétras Lyre, 2020, 66 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–51‑9

En plaçant en exer­gue Boris Cyrul­nik qui nous affirme “la famille, ce havre de sécu­rité, et en même temps le lieu de la vio­lence extrême”, Véron­i­ca Lenne, psy­choprati­ci­enne et poétesse brux­el­loise nous prévient : À l’ombre du ven­tre nous emmène, avant de nous plonger dans le vif du pro­pos, au sein d’une fig­ure mater­nelle dure, voire vio­lente. Con­tin­uer la lec­ture

Le poème est un sursis

Christophe KAUFFMAN, 68–18, Tétras Lyre, 2020, 76 p., 14 €, ISBN : 978–2‑930685–50‑2

68–18 de Christophe Kauff­man,
c’est 57 son­nets sur cinquante années,
vers cette fatal­ité, heur­tant de sa canne :
Désor­mais j’ai vécu plus que je ne vivrai.
Ce qui nous con­duit à cette dou­ble détresse :
la vie sera plus lente et passera plus vite. Con­tin­uer la lec­ture

Les soubresauts d’un cœur

Karel LOGIST, Un cœur lent, Tétras Lyre, 2019, 80 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930685–48‑9

Plaisir tou­jours renou­velé de retrou­ver la prose poé­tique de Karel Logist après quelques années d’absence. C’est que l’œil nar­quois du poète n’a pas pris une ride. Un nou­veau recueil donc com­posé d’une soix­an­taine de courts textes comme autant d’instantanés pris sur le vif et qui dis­sèquent avec acuité les cœurs cham­boulés des « aimables soli­tudes » que nous croi­sons en chemin. Nos con­tem­po­rains pris en fla­grant délit de vie par l’objectif aguer­ri du poème polaroïde et que vien­nent illus­tr­er les pho­togra­phies du com­plice de tou­jours, Serge Delaive. Con­tin­uer la lec­ture

Intensité scalpel

Un coup de cœur du Car­net

Maud JOIRET, Cobalt, Tétras Lyre, coll. « Lyre sans borne », 2019, 50 p.,12 €, ISBN : 978–2‑930685–47‑2

 « Je suis atom­isée. »

Dans ce pre­mier opus que signe Maud Joiret aux édi­tions Tétras Lyre, la poétesse ne croque pas la vie à pleines dents : elle y mord com­plète­ment, armée jusqu’aux dents. Jusqu’aux traces. Jusqu’à l’hématome. Dehors ça blesse, c’est étouf­fant et, sur la chair de l’âme, ça devient bleu. Dedans ça vit, ça étouffe et, dans les mains, ça devient cobalt. Con­tin­uer la lec­ture