Drame en quatre actes

Armel JOB, En son absence, Robert Laffont, 2017, 310 p., 19.50 €/ePub : 12.99 €, ISBN : 2-221-19830-1

job en son absenceL’histoire se passe en quatre jours, du jeudi 17 au dimanche 20 mars 2005. Quatre jours qui scandent les quatre parties du nouveau roman d’Armel Job, En son absence. L’absente, c’est Bénédicte, une adolescente qui vit en Ardenne, à Montange, et qui se volatilise mystérieusement le 17 mars au matin. Enlèvement ? Fugue ? Meurtre ? Les hypothèses fusent ; les policiers enquêtent ; la famille s’interroge et accuse. Plusieurs villageois sont soupçonnés ; on leur trouve soudain un air de coupables plausibles, un mobile ; on découvre qu’ils dissimulent une partie de la vérité, qu’ils auraient peut-être croisé la route de Bénédicte ce matin-là.

Pendant ce temps, les parents divorcés de la jeune disparue se déchirent un peu plus, se rejettent la faute. La suspicion monte, les langues se délient, les vieilles rancœurs refont surface, les honnêtes citoyens rêvent de sauver le village des « sinistres prédateurs » et s’organisent en un comité blanc pour soutenir les parents de Bénédicte, qui ne leur avaient rien demandé.

Sur la quatrième de couverture, l’éditeur qualifie le livre de « thriller psychologique ». Si l’étiquette « thriller » accolée à En son absence laisse sceptique, on admire néanmoins la capacité d’Armel Job à créer le doute, le suspense et l’attente. L’ouvrage laisse certes apparaitre l’une ou l’autre ficelle (certains personnages sont fort opportunément privés de leur téléphone portable, par exemple), mais c’est un véritable page turner que le romancier livre ici – et ce n’est pas une mince qualité.

L’art de Job va toutefois bien au-delà. À partir de la population d’un village ardennais où tout le monde se connait, s’observe, se juge, c’est en quelque sorte un tableau de l’humanité qu’il peint. De son fin pinceau, il fouille les recoins de l’âme, les rêves déçus, les petites lâchetés, les compromissions, les raisons qui animent chacun et emmènent les personnages sur des routes parfois étranges. Il sonde les couples et leur fragile équilibre, montre ces familles recomposées où tout le monde trouve que c’était mieux avant et se demande pourquoi diable on a bien pu quitter le bonheur passé, il fait remonter les souvenirs longtemps enfouis. Avec un art consommé, il rassemble ces destins, croise les protagonistes, et fait monter l’angoisse. Sur sa palette, le noir domine résolument.

Une exception tout de même, dans ce monde désenchanté : les jeunes personnages, ouverts au rêve, à l’aventure, portent encore des espoirs et des envies d’ailleurs. Comme un coin de lumière dans un univers bien sombre. Un univers qu’Armel Job fait vivre avec toute son habituelle subtilité.

Nausicaa Dewez