Archives par étiquette : village

Pourtant, que la montagne est belle

Un coup de cœur du Car­net

Jérémie CLAES, Cav­il­lore, Héloïse d’Ormesson, 2026, 240 p., 21 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782487819696

claes cavilloreGour­don, un vil­lage baigné du soleil des Alpes-Mar­itimes où le temps sem­ble s’être arrêté, dom­iné par le plateau de Cav­il­lore. C’est là que Nico a choisi de fuir la ville, pen­sant retrou­ver l’enchantement de son enfance dans la mai­son de famille désertée. Mais la quié­tude des lieux est trou­blée par la décou­verte du cadavre d’une jeune femme, curieuse­ment déposé sur la route, face à l’auberge, lieu de ral­liement des habi­tants. La vic­time porte des meur­tris­sures mul­ti­ples, le mys­tère est total. Alors les rumeurs et les hypothès­es vont bon train. Con­tin­uer la lec­ture

« Un job à la police » disait l’affiche !

Armel JOB, Le meurtre du Doc­teur Van­loo, Robert Laf­font, 2023, 342 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782221267103

job le meurtre du docteur vanlooLe nou­v­el opus d’Armel Job emmène ses lecteurs à Fonte­nal, un petit vil­lage arden­nais, incon­nu du GPS mais proche de la fron­tière avec le Lux­em­bourg, pour une bonne vieille enquête poli­cière. 

Qui a tué le Doc­teur Van­loo ?  En tout cas avec un couteau et dans son salon. Con­tin­uer la lec­ture

La meuf au bout du village

Un coup de cœur du Car­net

Clara LODEWICK, Mer­el, Dupuis, coll. « Les Ondes Marcinelle», 2022, 160 p., 24 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 979–10-347‑6268‑2

Lodewick MerelLa cou­ver­ture du pre­mier livre de Clara Lodewick attire. Petite mai­son en lisière de forêt, couleurs pro­fondes, ciel lourd et canards joyeux qui nous invi­tent à les suiv­re. On entr­erait avec Mer­el dans sa mai­son pour éviter la drache, boire un café, papot­er au calme. Cepen­dant, l’agitation est pal­pa­ble dès l’ouverture de l’album et avant même la page de garde : les habi­tants se dépêchent, il se passe enfin quelque chose au vil­lage. Ils tra­versent les flaques de boue et les champs où pais­sent des chevaux de trait sous un ciel résol­u­ment bas. Bel­gique pro­fonde et agri­cole, sans doute celle de l’ouest où l’on par­le fla­mand mais aus­si, pour cer­tains, français. Con­tin­uer la lec­ture

Ombres et doubles-fonds

Un coup de cœur du Car­net

Giuseppe SANTOLIQUIDO, L’été sans retour, Gal­li­mard, 2021, 265 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑07–291575‑8

L’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Serrai, de sa famille, de la relation proche et riche de silence qu’il a avec Sandro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aussi l’histoire d’un drame dans le beau village de Ravina qui se blottit dans les collines du sud de l’Italie, la disparition d’une adolescente. C’est encore et surtout l’histoire du rapport des hommes avec leur terre, « les hommes sont indissociables de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le portrait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ». Giuseppe Santoliquido rend bien ce lien fort, quasi irrationnel, à la terre natale qui est pour plusieurs personnages le fondement de leur rapport au monde, leur raison de vivre, avant les relations sociales ou amoureuses. Ainsi, Pasquale Serrai a connu la misère de l’après-guerre et un bref exil pour raisons économiques en Belgique, mais il est revenu très vite chez lui préférant le travail de forçat d’arracher à la terre sa subsistance à la relative aisance d’un travail dans la sidérurgie. Sandro Lucano a vécu longtemps à Ravina, auquel il reste lui aussi viscéralement attaché. Des années plus tard, il raconte le drame qui a secoué le village et ses propres souffrances. Le roman offre de la vie villageoise un portrait complexe et nuancé. Bien sûr, il y a les rancœurs et les tensions entre personnes et familles, l’insatisfaction des jeunes qui pour la plupart n’aspirent qu’à partir, fascinés par la vie dans les villes que leur révèle la télévision. Et il y a ceux qui, victimes des anciennes fractures sociales les condamnant à la misère, ont lutté toute leur vie pour l’amélioration de leur sort et voient leurs efforts presque anéantis. Mais le village, c’est aussi une vie sociale riche et souvent heureuse, rythmée par les moments de fête. Et puis surtout il y a cette terre, difficile à cultiver, mais pas si ingrate puisqu’elle offre sa beauté particulière.  G. Santoliquido situe le roman en 2005, à une époque charnière. Celle où les rêves de mieux-être par un travail agricole acharné laissent place aux mirages que proposent la télévision et les moyens modernes de communication. Le drame que vit le village va d’ailleurs être profondément influencé par la couverture télévisuelle tout sauf anodine, les présentateurs de téléréalité dictant les attitudes et les propos des protagonistes décervelés par les mirages de réussite et de visibilité sociales. Fort de sa connaissance des médias italiens, l’auteur décrit à plusieurs reprises pour les dénoncer les procédés du « mécanisme du spectacle » qui n’illustre plus la réalité, mais s’est substitué à elle.  Les valeurs auxquelles s’accroche Pasquale peuvent ainsi paraître périmées. Dans le passé, elles ont été nécessaires à la survie des hommes et du village. Elles sont partagées par Sandro. Si le roman est construit autour de la disparition de l’adolescente, il s’agit d’abord de la mise en avant de l’importance des liens : les liens familiaux, ceux fondés sur la complicité et la proximité que donne la vie dans un même petit village, ceux qui fondent la solidarité lorsque frappe le deuil. Mais tous ne sont finalement que des variations de ce lien fondamental à la terre. Cette problématique apparaissait déjà dans les autres romans de l’auteur, mais elle est ici traitée dans toutes ses implications.  Entre autre, est abordée la difficulté pour la communauté villageoise de s’ouvrir à d’autres réalités. Comment est-il possible d’être vraiment soi-même là où tout le monde se fait une certaine image de l’autre ? Cela pousse Sandro dans une voie en miroir de celle de Serrai : tout le pousse à partir, mais il choisit de rester, jusqu’au jour où le départ devient inéluctable, suspendant ce lien vital. Et le paradoxe veut que ce soit la ville qui devienne la garante de sa liberté. Giuseppe Santoliquido revient souvent sur la notion de destin, surtout vers la fin du roman, quand Sandro, le narrateur, tire des enseignements de ce à quoi il a été confronté. Il a le sentiment que « le destin est une bête sournoise, il procède par touches légères, infinitésimales, vous laissant accumuler mauvais choix et petites erreurs… ». D’autant plus quand s’y mêle le sentiment d’une faute commise, faute peut-être non définie mais qui pollue le vécu d’un drame ; à l’image du garçon se reprochant la mort accidentelle de sa mère parce qu’il ne s’est pas levé assez tôt. Dans cette loterie du destin, Santoliquido montre sa sympathie pour deux de ses personnages, chez qui se marque le sentiment d’infériorité des laissés-pour-compte acceptant l’injustice « sans jamais se révolter ». Le roman est émaillé de l’adaptation de délicieuses expressions locales, comme « Vouloir discuter avec le gros Dino, cela revenait à creuser un puits avec un doigt ». Ou d’heureuses  formules, parfois graves : « Le danger avec les souvenirs, c’est qu’ils sont souvent l’antichambre des remords », parfois drôles : « Les confidences sont la propriété du vent, il vous suffit de tendre l’oreille où que vous soyez pour les entendre roucouler à la cantonade ». Perplexe devant la complexité des situations, Sandro a cette phrase qui peut résumer son récit : « Aucune pensée n’est jamais totalement juste. Totalement pure. Aucun sentiment ». C’est la conclusion que l’on peut tirer à la fin de L’été sans retour, qui laisse ouvertes les interprétations.  Joseph DuhamelL’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Ser­rai, de sa famille, de la rela­tion proche et riche de silence qu’il a avec San­dro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aus­si l’histoire d’un drame dans le beau vil­lage de Rav­ina qui se blot­tit dans les collines du sud de l’Italie, la dis­pari­tion d’une ado­les­cente. C’est encore et surtout l’histoire du rap­port des hommes avec leur terre, « les hommes sont indis­so­cia­bles de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le por­trait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ». Con­tin­uer la lec­ture

Intemporelle Passion du Christ

Gérard ADAM, La Pas­sion selon Saint-Mars, M.E.O., 2018, 199 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8070–0171‑8

Gérard Adam, à côté de son œuvre de nou­vel­liste, de direc­tion des édi­tions M.E .O, qu’il a cofondées, ou de tra­duc­teur de poésie et romans bosni­aques ou croates (aux édi­tions M.E.O.), pro­pose en cette ren­trée lit­téraire son dix­ième roman. Gérard Adam qui, comme le men­tionne la qua­trième de cou­ver­ture de La Pas­sion selon Saint-Mars, con­tin­ue de piocher dans les inter­ro­ga­tions qui sous-ten­dent son œuvre d’agnostique imprégnée de reli­gion chré­ti­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Une femme légendaire au milieu de la tempête

Céline DELBECQ, Le vent souf­fle sur Erze­beth, Lans­man, 2017, 62 p., 12€, ISBN : 978–2‑8071–0162‑3

delbecq le vent souffle sur erzebeth.jpgSix jours par mois, le vent souf­fle sur Som­lyo, petit vil­lage enclavé sur une île, entre mer et mon­tagne. Six jours par mois, les bour­rasques frap­pent, les élé­ments se déchaî­nent, les vagues rompent tout sur leur pas­sage, le vol­can Popra­ca­p­a­to crache. Six jours par mois, les débris volent, le sang coule, la mort s’active. Six jours par mois, Erze­beth Roz­gov­nyi, qui vit encore chez sa mère, délire et se laisse emporter par ses vieux démons : son père mort trop tôt, son amant Hyvàn éva­poré dans la nature, son enfance avortée. Au vil­lage, on s’accroche, on attend patiem­ment que la tem­pête passe. Mais tou­jours il y a quelques impru­dents qui sor­tent et se font hap­per par une branche, une vague, un rocher… Con­tin­uer la lec­ture

Drame en quatre actes

Armel JOB, En son absence, Robert Laf­font, 2017, 310 p., 19.50 €/ePub : 12.99 €, ISBN : 2–221-19830–1

job en son absenceL’histoire se passe en qua­tre jours, du jeu­di 17 au dimanche 20 mars 2005. Qua­tre jours qui scan­dent les qua­tre par­ties du nou­veau roman d’Armel Job, En son absence. L’absente, c’est Béné­dicte, une ado­les­cente qui vit en Ardenne, à Mon­tange, et qui se volatilise mys­térieuse­ment le 17 mars au matin. Enlève­ment ? Fugue ? Meurtre ? Les hypothès­es fusent ; les policiers enquê­tent ; la famille s’interroge et accuse. Plusieurs vil­la­geois sont soupçon­nés ; on leur trou­ve soudain un air de coupables plau­si­bles, un mobile ; on décou­vre qu’ils dis­simu­lent une par­tie de la vérité, qu’ils auraient peut-être croisé la route de Béné­dicte ce matin-là. Con­tin­uer la lec­ture