Une famille comme les autres

Stanislas COTTON, Mes papas, l’ogre et moi, Lansman, 2020, 44 p., 10€, ISBN : 978-2-8071-0289-7

Clovis Patati et Florimond Tictac souhaitent adopter un enfant. Ils deviennent les parents d’une petite Pétronille que tout le monde finit par appeler Ninou. Ils aiment lui raconter les péripéties de son adoption : une véritable série en trois saisons. Ninou, à son tour, se plaît à commenter gentiment leurs conversations et à raconter leur rencontre dans un café.

Ce n’était pas gagné d’avance. Entre les maladresses de l’un et le ton direct de l’autre, ils parviennent toutefois à trouver un terrain d’entente : la littérature. Une petite blague finira de rompre la glace et de les lier à tout jamais. Peu de temps après, ils emménagent ensemble et se créent un beau petit nid d’amour. On assiste à leurs petites discussions quotidiennes pleines de tendresse et de gentilles piques. Un jour, l’envie d’avoir un enfant germe. Ils ont peur, ne savent pas comment s’y prendre. Florimond avec ses deux mains gauches et Clovis qui travaille énormément. Mais ces craintes sont partagés par tous les futurs parents de la terre.

Et puis, voilà que Ninou débarque dans leur vie. Ils en sont complètement gagas. De vrais papas poules. Les années passent. Ninou entre en première primaire. L’accueil des autres adultes et de ses camarades sera-t-il tout aussi chaleureux ? Vont-ils accepter facilement ce schéma familial légèrement différent de ceux qu’ils ont côtoyés jusqu’à présent ? Un épisode au parc, un beau dimanche d’automne, avec un vilain ogre, fera perdre une part d’innocence à Ninou. Pourquoi certains – dont cet ogre – n’acceptent-ils pas sa situation familiale, alors que ses pères débordent d’amour pour elle et qu’elle aime grandir auprès d’eux ?

Stanislas Cotton, avec la langue poétique et l’imaginaire qu’on lui connait, revient dans Mes papas, l’ogre et moi sur une thématique de société de plus en plus présente et fort heureusement de moins en moins débattue. Par ce conte, il prouve que les mentalités mettent du temps à évoluer et qu’il restera toujours quelques réfractaires, quelques soi-disant « bien-pensants », quelques haineux. Les chemins de la vie sont pavés d’embûches que notre innocence ne peut ignorer éternellement. Le personnage de Ninou – la narratrice de la pièce – montre à quel point être entouré de deux personnes qui s’aiment, peu importe leur sexe, est le plus important. La pièce, éditée aux Éditions Lansman, a remporté le prix Annick Lansman.

Émilie Gäbele