L’aura de Jacques De Decker

COLLECTIF, Je vais promen­er ma truffe, sous la direc­tion de Clau­dia RITTER, Marot, 2021, 39,95 €, ISBN : 978–2‑9301–1783‑6

ritter jacques de decker je vais promener ma truffeÀ l’occasion du pre­mier anniver­saire du décès de Jacques De Deck­er, de nom­breux écrivains, artistes, col­lègues ou proches livrent un puis­sant hom­mage à « l’incurable rêveur de lumière » qu’il était. Com­posé à l’initiative de sa com­pagne Clau­dia Rit­ter, le livre Je vais promen­er ma truffe se présente comme un « hymne mul­ti­forme » où cha­cune des (180 !) con­tri­bu­tions met en lumière une facette de la per­son­nal­ité de Jacques De Deck­er.

À l’instar de l’insatiable curiosité de l’homme qui ne fut pas seule­ment le Secré­taire per­pétuel de l’Académie de 2002 à 2020 mais aus­si et avant tout un remar­quable homme de let­tres, le présent ouvrage est émail­lé de pho­togra­phies d’objets, d’œuvres, de lieux et de livres sym­bol­isant sa philoso­phie généreuse, inso­lite et amoureuse.

Invi­tant à l’émerveillement, cette balade dans l’univers sin­guli­er de Jacques De Deck­er tra­verse les villes qu’il a foulées, plonge dans son œuvre, évoque les écrivains qu’il a con­tribué à faire con­naître au tra­vers d’articles ou au détour d’une con­ver­sa­tion. Elle témoigne aus­si de moments où il était tout sim­ple­ment présent – où nous l’apercevions, comme l’écrit Rilke, « entier, découpé dans le ciel. »

La tonal­ité des con­tri­bu­tions est tan­tôt mélan­col­ique, tan­tôt joyeuse, tan­tôt pudique ; elles adressent à Jacques De Deck­er un salut frater­nel autant qu’elles brossent le por­trait d’un mon­u­ment de nos Let­tres belges. Puisqu’il maîtri­sait par­faite­ment les trois langues nationales, ce livre est plurilingue et s’enrichit par ailleurs de con­tri­bu­tions en anglais, en ital­ien ou en cata­lan, témoignant de l’amour que Jacques De Deck­er por­tait à la langue et à l’autre. Puisqu’il maîtri­sait divers gen­res lit­téraires, ce livre est pro­téi­forme : anec­dotes, poésie, dia­logues, œuvres plas­tiques et musi­cales vibrent à l’unisson pour célébr­er cet « homme-orchestre ».

À la lec­ture de ce livre-hom­mage, l’on com­prend que Jacques De Deck­er n’est pas et ne sera jamais un homme du passé.  Doué d’une impres­sion­nante vivac­ité d’esprit et d’un sens du dia­logue excep­tion­nel, il con­tin­ue à faire ray­on­ner les Let­tres et nous adresse un sourire espiè­gle avant de repren­dre sa balade et d’aller « promen­er sa truffe ». C’est une cer­ti­tude : nous con­tin­uerons à l’apercevoir de temps en temps.

Char­line Lam­bert