Bouillon de culture

Tina MOUNEIMNÉ VAN ROEYEN, Voici venir le soleil. Balades avec mon fils, Com­plic­ités, 2021, 105 p., 12 , EAN : 978–2351203712

Voici-venir-le-soleilVoici venir le soleil. Balades avec mon fils est présen­té comme la suite de Je pousse donc je suis. Balades avec ma fille, qui était un hom­mage à la prom­e­nade urbaine. Dans cet opus, nous sommes amenés à lire un recueil de frag­ments qui relèvent davan­tage d’un hom­mage à la ren­con­tre.

Tina Mouneim­né Van Roeyen nous livre en vrac ses réflex­ions de femme de let­tres au chô­mage et de mère débor­dée avec deux enfants en bas âge. À l’aube de ses 40 ans et instal­lée à Etter­beek, elle s’interroge sur son iden­tité, d’autant plus qu’elle est une immi­grée d’origine polon­aise et libanaise instal­lée dans un vivi­er de diver­sité cul­turelle. 

Lais­sez-moi vous expli­quer : là d’où je viens, on fête ce jour [la fête des mères] tou­jours le 26 mai ; en Bel­gique, le deux­ième dimanche du mois de mai sauf à Anvers où c’est le 15 août. Manque de bol, le petit mari est Anver­sois. Donc, si je com­prends bien, j’envoie un bou­quet de fleurs à ma mère qui habite en Pologne pour le 26 mai ; mais, moi mère, je pour­rais l’espérer le deux­ième dimanche de ce même mois, alors que ma belle-mère le recevrait le 15 août.
Mais tenez-vous bien, si ma mère vivait au Liban, ça aurait été le 21 mars.
Pourquoi faire sim­ple quand on peut faire com­pliqué ?
Sinon, ça ne serait pas drôle.
Des réformes en vue ?

Bien ancrée dans un quo­ti­di­en con­cret de maman hyper occupée, l’autrice utilise les sit­u­a­tions vécues comme des occa­sions de s’interroger sur le monde, de pos­er des ques­tions sur ses ques­tions et ipso fac­to de dévoil­er une quête de sens en arbores­cence. Il est vrai qu’entre la nounou en retard, la gas­tro du chat, les cour­ri­ers admin­is­trat­ifs absur­des et les urgences pédi­a­triques, son doc­tor­at en langues et lit­téra­tures romanes lui sert peu, son objec­tif prin­ci­pal étant d’apprendre sur le tas et de sur­vivre plutôt que vivre (« met­tre la tribu au lit relève d’une séance de marchandage sur un souk africain »). Si pos­si­ble sans arriv­er en retard à son nou­veau tra­vail avec de la con­fi­ture sur ses vête­ments…

Avec une grande auto-déri­sion et un regard acéré, Tina Mouneim­né Roeyen nous livre ses réflex­ions sur la vie, pointant l’absurdité de ses con­tin­gences. Telle un Sisyphe dont le rocher est rem­placé par une dou­ble pous­sette, elle recom­mence chaque jour une course con­tre la mon­tre avec une énergie décoif­fante. Elle nous insuf­fle sa joie de vivre à tra­vers un style direct et cathar­tique à la Susie Mor­gen­stern et se per­met de chang­er con­stam­ment de sujet sans tran­si­tion. Avec elle, des événe­ments banals devi­en­nent fes­tifs ou des ques­tion­nements exis­ten­tiels pro­fonds. Impos­si­ble de s’ennuyer.

J’ai pour­tant essayé. Essayé de chang­er de vie. Relever le défi de me réveiller à cinq heures du matin et manger du yoghourt mai­gre aux fruits secs. Pour les flo­cons d’orge et d’avoine, j’ai remer­cié d’avance (il y a des lim­ites quand même).
J’ai tenu deux jours.
Les deux pires jours de ma vie.
L’étiquette du yoghourt me lais­sera d’ailleurs per­plexe. Il serait :
Pur natur organ­ic bio eco
Cinq adjec­tifs pour sig­ni­fi­er la même chose (et ce n’est prob­a­ble­ment même pas vrai)  On nous prend pour des idiots, je vous assure. 

Voici venir le soleil. Balades avec mon fils, un livre à lire un jour de pluie…

Séver­ine Radoux