Archives par étiquette : maternité

Des vies fécondes

Claire MAY, Rêves d’azote, Hélice Hélas, 2026, 192 p., 20 €, ISBN : 978–2‑940700–93‑6

may rêves d'azoteMédi­ta­tion romanesque sur la fécon­dité, sur les liens entre généra­tions, Rêves d’azote con­stru­it un réc­it autour de ce qui relie les mon­des, de ce qui assure la per­pé­tu­a­tion de la lignée. Après un pre­mier roman, Oost­duinkerke (Édi­tions de l’Aire) couron­né par le prix de la pre­mière œuvre fran­coph­o­ne de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles et par le prix SPG, Claire May nous plonge dans le rêve de mater­nité et ce qui, par­fois, l’entrave. Délais­sant l’approche psy­chologique, l’exploration du désir d’enfanter, elle donne à enten­dre le par­cours d’une femme médecin recourant à la fécon­da­tion in vit­ro. Avec son com­pagnon Frédéric, la nar­ra­trice gagne la Lig­urie avec pour via­tique un ouvrage-tal­is­man, Au bon­heur des morts de Vin­ciane Despret. Là où l’essai de Vin­ciane Despret inter­roge les liens, les réc­its qui relient les morts aux vivants, la nar­ra­trice envis­age d’accomplir sem­blable tra­vail avec ceux et celles qui n’arrivent pas à naitre, qui échouent à voir le jour. Con­tin­uer la lec­ture

La nuit de la Saint-Jean

Claude DONNAY, La dame de la combe, M.E.O., 2025, 132 p., 16 € / ePub : 9,49 €, ISBN: 978–2‑8070–0519‑8

donnay la dame de la combeL’approche de la mort est sou­vent l’occasion de retrou­vailles. Ce roman, qui s’apparente à un con­te, ne fait pas défaut à cette règle usuelle. Trou­ver les mots justes et la force de les dire, tel est l’enjeu de ces moments où sonne le glas.

Insti­tutrice de for­ma­tion, Aurore con­nait les mots et leurs usages. Mais un événe­ment red­outable la con­traint au silence et à l’isolement. Une mise à l’écart du monde comme une mar­que d’infâmie suprême. D’institutrice à exclue ou paria, il n’y a que quelques pas. La jeune femme en fait l’expérience mal­gré elle. Con­tin­uer la lec­ture

Faire corps-ale

Car­o­line BOUCHOMS, Vénus impudiques, Mael­strÖm reEvo­lu­tion, coll. “Book­leg”, 2025, 56 p., 3 €, ISBN : 9782875055163

bouchoms venus impudiquesAvec Vénus impudiques, ce « seul en scène » couché sur papi­er, Car­o­line Bou­choms déploie un origa­mi de 21 pliages. Elle con­fronte sa voix à celles d’autres femmes pour dépli­er une réflex­ion autour de son rap­port au corps, sa mater­nité non désirée et les injonc­tions socié­tales pesant sur ces choix. Con­tin­uer la lec­ture

« Une onde / entre nos lèvres / closes »

Un coup de cœur du Car­net

Clara INGLESE, Lin­ea alba, Chat polaire, 2025, 109 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931–028360

inglese linea albaLa poésie, explo­rant et exp­ri­mant les expéri­ences les plus intimes, tran­scende celles-ci et en fait offrande aux lec­tri­ces et lecteurs. En mêlant poésie et réc­it théâ­tral­isé Clara Inglese inscrit Lin­ea alba, son pre­mier recueil dans une écri­t­ure délibéré­ment nar­ra­tive. Vivant l’expérience de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée, la poète a souhaité « remet­tre du mys­tère dans le par­cours d’enfantement hyper médi­cal­isé des cou­ples en pro­jet de famille ». Dans le même élan, l’écriture poé­tique exalte d’une lumière bien­v­enue la tra­ver­sée de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée dont sou­vent les seuls échos qui nous en parvi­en­nent sont mar­qués par la tech­nolo­gie, l’angoisse, et l’espoir déçu. Con­tin­uer la lec­ture

On ne voit bien qu’avec le cœur…

Nathalie BOUTIAU, Puis vien­dra le matin, Sam­sa, 2024, 242 p., 20 €, ISBN : 978–2‑8759–3565‑6

boutiau puis viendra le matinJeanne est une quin­quagé­naire qui tra­vaille au château de Freyr, un domaine de sept hectares. Elle décou­vre un matin une boîte avec une chat­te et trois cha­tons et décide de les sauver. Au fur et à mesure qu’elle leur prodigue des soins et leur cherche une famille d’accueil, la blessure d’un vieux deuil est réveil­lée, avec la cul­pa­bil­ité qui l’a accom­pa­g­né. Con­tin­uer la lec­ture

L’écriture comme don de vie

Rox­ane LEFEBVRE, Alna. À l’horizon de nos ven­tres, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 208 p., 15 €, ISBN : 9782875054920

lefebvre Alna à l'horizon de nos ventresDanseuse, per­formeuse, poétesse, Rox­ane Lefeb­vre délivre avec Alna. À l’horizon de nos ven­tres un chant aqua­tique, tel­lurique qui noue les har­moniques de l’enfantement, du cycle des généra­tions et de la genèse de Gaïa. La pul­sa­tion qui rythme ce roman poé­tique s’étire du temps du rêve au temps des orig­ines, de l’enfance per­due et retrou­vée à la nais­sance d’une petite fille. Ode à la terre et au ciel, à Gaïa et à Oura­nos, inter­ro­geant leur sépa­ra­tion, l’aspiration à leurs noces cos­miques, Alna tend un texte-ven­tre, qui part du ven­tre et retourne à lui, qui évoque le ven­tre d’Alna, « dés­espéré­ment vide » depuis des années. Con­tin­uer la lec­ture

E comme Elke

Elke DE RIJCKE, Et puis, soudain, il car­il­lonne, Lan­sk­ine, 2023, 240 p., 12 €, ISBN : 9782359631050

dans les trous de l’eau, du ciel ou de la terre
des érup­tions sem­blables

de rijcke et puis soudain il carillonneLa bib­li­ogra­phie poé­tique d’Elke de Rijcke s’étend, à ce jour, de 2005 à 2021, péri­ode jalon­née par la pub­li­ca­tion de cinq pro­jets à un rythme choisi. Ce cor­pus fait aujourd’hui l’objet d’une rétro­spec­tive sous forme con­den­sée, sous-titrée Select­ed et parue en un vol­ume de poche aux édi­tions Lan­sK­ine. Con­tin­uer la lec­ture

Quarante-cinq minutes

Stéphanie BLANCHOUD, Le temps qu’il faut à un bébé girafe pour se tenir debout,  Lansman/Rideau, coll. « Théâtre à vif », 2023, 40 p., 10 €, ISBN : 9782807103740

blanchoud le temps qu'il faut a un bebe girafe pour se tenir deboutQuar­ante-cinq min­utes. C’est le temps d’une mi-temps au foot­ball ou le temps qu’il faut à un gira­fon pour se tenir debout, après sa nais­sance. C’est aus­si le temps régle­men­taire que dure une vis­ite au par­loir, en prison. Et le temps que Louise passe sur un banc, chaque mer­cre­di, face au numéro 44 de la rue Berk­endael, à Brux­elles, la prison des femmes.

Tout en comp­tant les trous dans le trot­toir, Louise racon­te son his­toire depuis ce banc. Elle par­le de sa mère qui est comme un fan­tôme à présent. Elle se sou­vient de sa mère qui visait les pigeons avec son pis­to­let à billes. Des his­toires qu’elle leur racon­tait. De sa voix récon­for­t­ante. Mais aus­si de la vio­lence de l’homme qui a partagé sa vie durant dix-huit ans. Quand elle était plus jeune, Louise mon­tait dans sa cham­bre lors de leurs dis­putes et ne redescendait que quand elle entendait Vival­di, signe qu’il était par­ti et que sa maman ramas­sait les morceaux brisés. Dix-huit années à voir sa mère s’éteindre à petit feu. Vival­di était l’échappatoire de celle-ci, sa bouée de sauve­tage. Que s’est-il passé le jour du meurtre ? Le jour où sa mère a mis fin à son cal­vaire en tuant son beau-père ? Louise a plein de ques­tions, mais sa mère ne se sou­vient de rien. Elle se ferme de plus en plus jusqu’à défini­tive­ment refuser de la voir. Con­tin­uer la lec­ture

La présence qui soigne

Alia CARDYN, Le monde que l’on porte, Robert Laf­font, 2023, 251 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782221262832

cardyn le monde que l'on porteLe nou­veau roman d’Alia Car­dyn nous fait décou­vrir le des­tin de deux héroïnes issues d’une lignée de sages-femmes. Dans cette famille, toutes les filles por­tent le même prénom, Rosa, et se voient attribuer la même mis­sion dès leur nais­sance. Ce réseau de femmes fortes forme un tout indis­so­cia­ble où un peu de cha­cune se retrou­ve dans les autres, une tribu qui devient presque un être vivant à part entière.

Parce que j’ai dix-huit ans, je pré­side notre tablée fémi­nine, com­posée de la famille élargie. Ma mère, mes cousines, ma sœur, mes tantes, ma grand-mère, mes grands-tantes. Chaque étape de la vie nous réu­nit. Les anniver­saires, les mariages comme les divorces, les nais­sances aus­si. Nous les célébrons avec les hommes, puis, pour une rai­son obscure, nous renou­velons la fête entre nous. Loin d’eux, l’atmosphère est dif­férente. Les femmes fran­chissent le seuil, dotées d’une lib­erté nou­velle. Elles se déten­dent, révè­lent des traits de per­son­nal­ité qu’elles dis­simu­lent en la présence de leurs com­pagnons. Ça par­le plus fort, ça rit, ça pleure par­fois. Con­tin­uer la lec­ture

Les vies du bord de mère

Emmanuelle POL, Les bracelets d’amour, Fini­tude, 2023, 128 p., 15 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782363391834

pol les bracelets d'amourSub­limée, célébrée, sanc­ti­fiée et tou­jours mythi­fiée dans la plu­part des cul­tures, la mater­nité est une expéri­ence étrange et sin­gulière qui, faut-il le rap­pel­er,  ne saurait se résumer aux images doucereuses qui l’entourent. Voici un recueil de nou­velles qui en des­sine les para­dox­es, qu’on l’envisage sous l’angle de la mère elle-même, de ses enfants ou de son con­joint. Le pre­mier texte, « Les bracelets d’amour », qui offre son titre au vol­ume, donne le ton : une jeune femme est face à son enfant et elle est engloutie par sa mater­nité dans laque­lle elle est recluse. Ce petit être envahissant prend le pou­voir, dicte ses horaires, envahit l’espace de ses cris, l’air de ses odeurs, les nuits de ses pleurs, l’esprit de ses besoins indéchiffrables. Assez pour que la sub­merge une forme de dés­espoir qui entame son désir de vivre :

D’ici quelques heures, l’homme ren­tr­era, fringant, fleu­rant bon l’eau de Cologne et l’extérieur, tan­dis qu’elle sera là, minable, grossie, idiote, dans les décom­bres du petit-déje­uner et les odeurs de lait rance. Con­tin­uer la lec­ture

Verbe, obstétrique et kintsugi

Sophie WEVERBERGH, Pré­cip­i­ta­tions, Ver­ti­cales, 2022, 272 p., 20 €, ISBN : 9782072950094

weverbergh precipitationsLa lit­téra­ture est un champ de bataille, un com­bat. Mené con­tre soi ou con­tre les autres. Dans Pré­cip­i­ta­tions, pre­mier roman de Sophie Wever­bergh, le réc­it s’apparente à un ring sur lequel danse une nar­ra­trice nom­mée Pétra. Ou plutôt, con­forme à l’étymologie de son prénom, Pétra est une pierre, un petit cail­lou qui coule. En treize chapitres ancrés dans une esthé­tique de la dis­tance et de l’humour, Pétra, 37 ans, enceinte, mère d’un jeune garçon, belle-mère de deux autres enfants, nous délivre des mono­logues coulés dans une intro­spec­tion météorologique. Une aus­cul­ta­tion des pré­cip­i­ta­tions men­tales qui la frap­pent alors qu’elle est gra­vide. Un frag­ment de Poésie ver­ti­cale de Rober­to Juar­roz se tient aux avant-postes de ce réc­it qui décrit les cer­cles con­cen­triques de ce qu’on peut appel­er dérives intérieures ou psy­chose péri­na­tale dans notre société con­tem­po­raine qui psy­chi­a­trise à tour de bras pour mieux con­trôler, enfer­mer, anni­hiler ceux et celles qui ne jouent pas le jeu de la grande machine sociale. Con­tin­uer la lec­ture

Bouillon de culture

Tina MOUNEIMNÉ VAN ROEYEN, Voici venir le soleil. Balades avec mon fils, Com­plic­ités, 2021, 105 p., 12 , EAN : 978–2351203712

Voici-venir-le-soleilVoici venir le soleil. Balades avec mon fils est présen­té comme la suite de Je pousse donc je suis. Balades avec ma fille, qui était un hom­mage à la prom­e­nade urbaine. Dans cet opus, nous sommes amenés à lire un recueil de frag­ments qui relèvent davan­tage d’un hom­mage à la ren­con­tre.

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De la difficulté de l’attachement

Ver­e­na HANF, La fragilité des funam­bules, F dev­ille, 2021, 300 p., 23 €, ISBN : 9782875990396

hanf la fragilité des funambulesLes romans de Ver­e­na Hanf pétris­sent tou­jours le matéri­au humain. La fragilité des funam­bules, dernier livre de l’autrice, ne déroge pas à la règle. On y retrou­ve égale­ment un autre invari­ant chez Hanf, qui se niche dans la mise en présence, voire dans la mise en fric­tion, d’êtres et d’univers qui se seraient dévelop­pés en par­al­lèle si des élé­ments extérieurs n’avaient pas provo­qué une ren­con­tre. Comme celle d’Adriana, une jeune Roumaine au passé aus­si rugueux que l’attitude qu’elle affiche, et Nina Jung, une psy­cho­logue con­fort­able­ment instal­lée aux agace­ments mul­ti­ples. Tout, pra­tique­ment, éloigne les deux femmes : leurs racines, leur édu­ca­tion, leur statut social et mar­i­tal, leur inscrip­tion au monde. Une faille aiguë les rassem­ble toute­fois : leur mater­nité con­trar­iée. Con­tin­uer la lec­ture

Le parent, l’étiolement

Claire PONCEAU, L’enfant, l’étoilement, Pho­togra­phies France Dubois, Élé­ments de lan­gage, 2020, 149 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930710–20‑4

ponceau l enfant l etoilementL’enfant n’a pas été conçu non, ce n’était pas prévu, je n’ai jamais prévu beau­coup de choses. Pren­dre un sac, pour les cours­es, le nom­bre de culottes cor­re­spon­dant au nom­bre de journées plus deux, oui. Je n’ai pas conçu l’enfant. Avec l’enfant, il a tout fal­lu con­cevoir.

Le prénom et le sexe de cet enfant vien­dront plus tard. Quand l’enfant n’est pas voulu, il est pos­si­ble de pro­téger ses sen­ti­ments en s’imposant une dis­tance par rap­port au sujet ; alors traité plutôt comme objet. D’un point de vue lit­téraire, la plume per­met d’en par­ler à la troisième per­son­ne, cela aide. Cepen­dant, la prox­im­ité et le trou­ble sont si grands qu’ils remet­tent tout en cause gram­mat­i­cale, lex­i­cale, syn­tax­ique. Con­tin­uer la lec­ture

Un joyau nécessaire au creux des mains

Vic­toire de CHANGY, La paume plus grande que toi, Arbre de Diane, 2020, 121 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–17‑4

Nour a dix mille vis­ages
et change à chaque sec­onde
ses cils
ses jambes s’allongent déjà
et le temps de détourn­er les yeux de lui
pour retrou­ver l’ancien Nour
sur les pho­togra­phies
le temps d’y revenir
Nour
est
à nou­veau
nou­veau

Dans ce pre­mier vol­ume d’une trilo­gie annon­cée, le temps s’immobilise, reprend, ralen­tit, redé­marre, nous offrant des épisodes con­tem­plat­ifs dans lesquels, par petites touch­es, Vic­toire de Changy illus­tre, avec douceur, sa mater­nité. Elle nous plonge dans l’avant et l’après nais­sance de Nour, son fils, et nous per­met de suiv­re cet enfan­te­ment, de le vivre, avec elle, en elle, intime­ment et inten­sé­ment. Con­tin­uer la lec­ture

De la complexité des relations fusionnelles

Eve­lyne HESPEL, Le petit tsar, Acro­dacro­livres, 2018, 276 p., 18 €, ISBN : 978–2930956350

Nous entrons dans le quo­ti­di­en de Nan­cy, une biol­o­giste de quar­ante-cinq ans qui vit avec son fils Corentin et Adam, un psy­chi­a­tre renom­mé. Nan­cy est habitée par de nom­breuses angoiss­es (peur des microbes, des ascenseurs, de la foule…), mais elle est aus­si et surtout très anx­ieuse vis-à-vis de son fils qui a raté le bac et fume des joints. Elle a une rela­tion fusion­nelle avec lui et même si elle est con­sciente de son prob­lème, elle reste enfer­mée dans l’ambivalence de son com­porte­ment. Con­tin­uer la lec­ture