L’essence de la vitalité

Mar­i­anne VAN HIRTUM, La vie ful­gu­rante, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2021, 92 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–20‑4  

van hirtum la vie fulguranteL’arbre de Diane vient de rééditer quelques textes de Mar­i­anne Van Hir­tum dans sa col­lec­tion « Les deux sœurs », qui « entend révéler des voix de femmes ».

Mar­i­anne Van Hir­tum est née en 1925 à Bric­niot (Saint-Ser­vais, Namur) dans « un endroit réputé pour ses sources et ses fées ». De san­té frag­ile, elle évite l’école en suiv­ant des cours privés dis­pen­sés par des religieuses. Rapi­de­ment, elle part vivre à Paris, lais­sant au pays un père directeur d’hôpital psy­chi­a­trique et une mère big­ote.

Elle dit n’exercer aucun méti­er, « pas même celui d’artiste », parce qu’elle n’en aime aucun. Elle écrit, des­sine, con­stru­it des mar­i­on­nettes.

À Paris, elle côtoie Pierre Seghers et Jean Paul­han qui pub­lient ses poèmes de jeunesse (1953 et 1956). Elle rejoint ensuite le mou­ve­ment sur­réal­iste d’André Bre­ton dont elle dit « je suis née dedans. Dès avant ma nais­sance, il devait être inclus dans mes vertèbres, dans mes cel­lules. Puis, comme je suis un être de pur instinct, ces vertèbres et ces cel­lules m’ont con­duite vers lui ».

Mar­i­anne Van Hir­tum vit en « sauvage des villes » dans un apparte­ment où règne l’insolite avec des objets funéraires détournés et des ani­maux inat­ten­dus comme des rep­tiles. Elle meurt à Paris en 1988.

La vie ful­gu­rante est une com­pi­la­tion de poèmes parus dans les années 1970 et 1980 chez Rougerie et qui nous per­met de la (re)découvrir. C’est aus­si le qua­trième livre de cette col­lec­tion recon­naiss­able à sa teinte qui bal­ance entre vio­let et fuschia (et qui pour­rait bien être ce que le nuanci­er Pan­tone appelle Pur­ple Orchid).

Les titres (l’hymne au grand para­pluie, les lunettes incendiées, à la fontaine des démences, le cheval-arque­buse) de Mar­i­anne Van Hir­tum autant que les textes intriguent en ce qu’ils don­nent accès à des images nom­breuses et fortes, inspirées par le sur­réal­isme. Il règne là une énergie, cir­cule une sève qui lais­sent une impres­sion en mille brisures de couleurs, proche de ce que l’on vit quand on regarde un peu trop longtemps en direc­tion du soleil.

Un enchante­ment de pre­mière main
suc­cé­da à la nuit
– de cette nuit trou­ble nous ne par­lerons guère.
Nuit épaisse comme la che­nille fruc­tifère
des vouloirs
hon­teux d’être tou­jours eux-mêmes
aux abois du ciel – qui n’est ni bleu ni noir
mais de prisme aveuglant. […]

Tigres char­mants
qui allumez la bel­ladone
bêtes fleuries de soies
écartez de nous le péril
qui est d’exister mal
en n’étant pas […]

Mais chaque soir
un grand ani­mal de laine
mon­té sur ses béquilles
frappe à ma porte
avec les let­tres de la nuit 

Out­re les textes, on retrou­ve dans La vie ful­gu­rante six dessins de l’artiste elle-même. Des dessins organiques, eth­niques, qui ont quelque chose de l’art pre­mier (masques et/ou totems pré­colom­bi­ens peut-être), où yeux et bouch­es béantes s’emmêlent pour nous emmen­er sur d’autres rives. Celles des rêves ?

La cou­ver­ture de La vie ful­gu­rante, nous donne à voir, aus­si, une pho­to, por­trait de l’artiste dans ce qui ressem­ble à une car­casse de voiture. Clope en bouche, elle fixe l’objectif. S’apprête-t-elle à nous révéler ce que serait la vie ful­gu­rante ? Toutes choses qui ren­dent plus vivant. L’essence de sa/la vital­ité ?

Amélie Dewez

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