Archives par étiquette : Amélie Dewez

Comme un mouvement de balancier

Emmanuelle PIROTTE, Les reines, Cherche Midi, Coll. « Cobra », 2022, 528 p., 21 € / ePub : 14,99 €,ISBN : 978–2749174150

pirotte les reinesEmmanuelle Pirotte a pub­lié son six­ième roman, Les reines, le 25 août dernier. Après un détour chez Philippe Rey pour Rompre les digues, l’autrice revient au Cherche Midi, son édi­teur depuis la paru­tion de son pre­mier roman Today we live, en 2015.

Les reines sort dans la col­lec­tion « Cobra », née en 2021, et qui a pour ambi­tion de renouer avec la promesse romanesque en défen­dant des romans de « pure imag­i­na­tion ». Cette col­lec­tion entend s’inscrire dans la veine des vraies fic­tions, là où la « ten­dance actuelle » reste davan­tage ori­en­tée aut­ofic­tions. Et Cobra de motiv­er son choix : « parce qu’au banal nous préférons le mer­veilleux, à la mod­estie la démesure ». Con­tin­uer la lec­ture

D’une prison l’autre

Sylvie GODEFROID, Sal­sa, Scalde, 2022, 196 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930988–30‑6

godefroid salsaSal­sa, le dernier roman de Sylvie Gode­froid, s’aligne sur Sophie, vic­time d’un AVC alors qu’elle rejoignait sa fille, Aman­dine, au café de la Presse à Brux­elles.

À l’hôpital, tout le monde la croit dans le coma alors qu’elle est enfer­mée dans son corps (locked in syn­drome). Con­sciente, elle s’adresse silen­cieuse­ment à sa fille et lui annonce, notam­ment, la rai­son de leur ren­dez-vous ce matin-là : son inten­tion de quit­ter la Bel­gique pour rejoin­dre son amant, Luis, à Cuba où elle compte s’installer défini­tive­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Il n’est pas interdit de fuir

Manon TERWAGNE, Emprise, Ker, 2022, 142 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 978–87586-313–3

terwagne empriseAvec Emprise, Manon Ter­wagne signe son pre­mier roman. Elle a 21 ans et vient de rem­porter le prix Lau­re Nobels 2022.

Le prix Laure Nobels

Ce prix est remis chaque année par la fon­da­tion du même nom à de jeunes auteur.ices (15–19 et 20–24 ans). Il a pour objec­tif de « financer et soutenir la pub­li­ca­tion et la pro­mo­tion d’œuvres lit­téraires en français ».

La fon­da­tion Lau­re Nobels a été créée par Isabelle Block­mans et Claude Nobels suite au décès leur fille, Lau­re, assas­s­inée à l’âge de 16 ans par son com­pagnon. Lau­re rêvait d’être autrice. Elle avait écrit un roman et trois nou­velles à l’origine de la pre­mière pub­li­ca­tion de la fon­da­tion : Tom­my. Con­tin­uer la lec­ture

Le temps de l’amour

Stanis­las COTTON, Léa, l’été, Mur­mure des soirs, 2022, 286 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑930657–83‑7

cotton léa l'étéLe dernier livre de Stanis­las Cot­ton, Léa, l’été, c’est comme avoir de l’eau jusqu’aux coudes, à chercher un galet « rond, pas trop grand, pas trop lourd » et le faire presque s’envoler tout tout juste au-dessus de l’Ambrée, la riv­ière qui fai­sait tourn­er l’aube du vieux moulin dans lequel vit Melvil Tour­nel, le nar­ra­teur de ce réc­it. Une his­toire en qua­tre mou­ve­ments, l’été.

Quand l’histoire com­mence, Melvil a 12 ans. Il racon­te son ennui de l’école et com­ment il déjoue les attaques du gros lourd de Gabriel Maussin qui passe son temps à le harcel­er. Les assauts de Maussin n’empêchent pour­tant pas Melvil d’investir la riv­ière, son domaine, pour y pêch­er des tru­ites arc-en-ciel, en explor­er l’autre rive, véri­ta­ble jun­gle aux tré­sors. Con­tin­uer la lec­ture

Le mythe jamais écrit de la consolation

Flo­rence NOËL, Ni de sang, ni de sens, Nou­velle Revue des Élytres, édi­tion spé­ciale n°2, mars 2022, 36 p., 8 €, ISSN : 0777401 

noel ni de sang ni de sensQue dire ou plutôt com­ment dire le réel quand il y a eu atten­tat ?

Dans son dernier recueil Ni de sang, ni de sens sous-titré Chants pour Paris 13 novem­bre 2015 & pour Brux­elles 22 mars 2016, Flo­rence Noël ruse avec la langue pour son­der la ques­tion du sens d’un réel volé en éclats. Quelle langue pour la sidéra­tion ?

Au tra­vers de ce recueil, c’est comme si Flo­rence Noël se demandait : quelle langue quand on attente à

[ce qui] restera
com­posé à 75%
d’eau 

êtres humides
êtres humains Con­tin­uer la lec­ture

La machination Bulldozer

Aliénor DEBROCQ (autrice) et Eve­lyne MARY (illus­tra­trice), Bull­doz­er, Cot­Cot­Cot, coll. « Com­bat », 2022, 76 p., 13,5 €, ISBN : 978–2‑930941–39‑4

debrocq mary bulldozerQuel beau pro­jet que celui de la nou­velle col­lec­tion « Com­bat » de Cot­Cot­Cot édi­tions, qui entend pro­pos­er aux jeunes de 10 à 15 ans des romans engagés « dont la devise est com­bat­tre main­tenant pour con­stru­ire demain ». Avec Bull­doz­er, sec­ond roman de la col­lec­tion, Aliénor Debrocq (au texte) nous fait arpen­ter l’univers de Detroit, la ville du Michi­gan (USA). Elle nous per­met d’en décou­vrir les enjeux et com­bats grâce au regard de sa nar­ra­trice, jeune fille d’une quin­zaine d’années qui, le temps du réc­it, s’éveille autant à la vie sen­ti­men­tale qu’à la néces­sité d’une action mil­i­tante et de résis­tance. Con­tin­uer la lec­ture

L’essence de la vitalité

Mar­i­anne VAN HIRTUM, La vie ful­gu­rante, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2021, 92 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–20‑4  

van hirtum la vie fulguranteL’arbre de Diane vient de rééditer quelques textes de Mar­i­anne Van Hir­tum dans sa col­lec­tion « Les deux sœurs », qui « entend révéler des voix de femmes ».

Mar­i­anne Van Hir­tum est née en 1925 à Bric­niot (Saint-Ser­vais, Namur) dans « un endroit réputé pour ses sources et ses fées ». De san­té frag­ile, elle évite l’école en suiv­ant des cours privés dis­pen­sés par des religieuses. Rapi­de­ment, elle part vivre à Paris, lais­sant au pays un père directeur d’hôpital psy­chi­a­trique et une mère big­ote. Con­tin­uer la lec­ture

L’OceanSkyLine de la fiction

Un coup de cœur du Car­net

Lau­ra TINARD, J’ai per­du mon roman, Seuil, coll. « Fic­tion & Cie », 2022, 320 p., 19,5 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑02–149402‑0

tinard j ai perdu mon romanLe pre­mier roman de Lau­ra Tinard met en scène Pamela, une jeune artiste évolu­ant dans le milieu alter­na­ti­vo-hipe-arti brux­el­lois.

Au moment où l’histoire com­mence, Pam passe son temps à organ­is­er des fes­ti­vals de per­for­mances au Sana – le squat le plus inter­na­tionale­ment cool de BXL – et vient tout juste d’abandonner ses études en arts plas­tiques pour se plonger corps et âme dans l’écriture d’un roman. Con­tin­uer la lec­ture

Corps/esprit toujours en ligne de partage de l’homme ?

Alex LORETTE, La ligne de partage des eaux, Lans­man, coll. « Poche », 2021, 40 p., 8 €, ISBN : 978–2‑8071–0331‑3

lorette la ligne de partage des eauxLe court texte d’Alex Lorette paru en octo­bre dans la col­lec­tion “Poche” des édi­tions Lans­man est de ceux qui doivent être dits à voix haute s’ils ne sont portés à la scène. Parce que La ligne de partage des eaux n’est rien de moins que 34 pages hale­tantes, celles du réc­it d’un homme occupé de courir. Seul, il court dans les bois, suit le tracé d’une riv­ière, d’un fleuve, d’une route, tombe, se blesse, se redresse, se remet à courir.

Qui est cet homme qui court ? Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 d’Amélie Dewez

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2021 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion d’Amélie Dewez.
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Où en sommes-nous avec la mort ?

Un coup de cœur du Car­net

Anne GUINOT, Un si pro­fond silence, Âme de la Colline, 2021, 178 p., 15 €, ISBN : 978–2‑9602025–2‑6

guinot un si profond silenceAnne Guinot est née en 1983 dans « un pays de forêts et de riv­ières ». Elle vit en Bel­gique depuis 2008 (Brux­elles d’abord, le Con­droz ensuite). Un si pro­fond silence est son pre­mier livre. Un lieu de mots d’où elle nous par­le de com­ment sa vie s’est figée quand elle a per­du sa mère, alors enceinte de jumeaux, et de com­ment le silence s’est instal­lé dans son corps. Elle avait deux ans. Con­tin­uer la lec­ture

Qui étions-nous, exactement ?

Car­o­line LAMARCHE, L’Asturienne, Impres­sions nou­velles, coll. « Tra­vers­es », 2021, 340 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87449–893‑0

lamarche l'asturienneOui, qui vrai­ment étions-nous ? se demande Car­o­line Lamarche dans son dernier réc­it, L’Asturienne, qui parait aujourd’hui aux Impres­sions Nou­velles et dans lequel elle (re)découvre l’histoire des siens.

Tout com­mence douze ans après le décès de son père (2001), dans la cave de la mai­son famil­iale où l’autrice retrou­ve une vieille malle con­tenant des dizaines de dossiers, autant de doc­u­ments soigneuse­ment archivés par Fred­dy Lamarche sa vie durant. Car­o­line Lamarche entame alors un long tra­vail de recherch­es qui l’amène à pour­suiv­re le grand œuvre du père, recom­posant l’histoire de la famille Lamarche-Hauzeur, ces pio­nniers de la métal­lurgie. Con­tin­uer la lec­ture

Le pacte des femmes

Agniesz­ka LOSKA, Le néo­fan­tas­tique féminin d’Anne Duguël, Wydawnict­wo Uni­w­er­syte­tu Śląskiego, 2020, 228 p., 8 € (29,90 zł), ISBN : 978–83-226‑3864‑4

loska le neofantastique feminin d anne duguelEn décem­bre 2020, parait en Pologne Le néo­fan­tas­tique féminin d’Anne Duguël, pre­mière mono­gra­phie con­sacrée à l’autrice belge plus con­nue sous le nom de Gud­ule (célèbre pour ses romans des­tinés à la jeunesse).

Dans cet ouvrage, Agniesz­ka Los­ka, doc­teure en let­tres à l’Institut d’Études lit­téraires de l’Université de Silésie, s’intéresse à l’autre ver­sant de l’œuvre d’Anne Duguël. Celui con­sacré aux adultes. Si cette étude n’entend pas embrass­er tous les livres de la boulim­ique autrice, elle per­met d’entrevoir com­ment Anne Boc­quil­lon-Liger-Belair (1945–2015) s’est emparée d’un genre cher aux let­tres belges. Le fan­tas­tique. Com­ment, surtout, elle l’a fait évoluer. À sa façon. En déam­bu­lant « dans les méan­dres féminins ». Con­tin­uer la lec­ture

Le risque d’éclore

Gré­go­ry MATTHYS, Let­tres muettes pour fille non-affranchie, Aube, coll. « Regards croisés », 2021, 296 p., 19,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑8159–3851‑8

matthys lettres muettes pour fille non affranchieLise Bel­lacroix a 27 ans. Elle tra­vaille depuis 4 ans à l’ac­cueil de l’en­tre­prise d’outillage Toolex où ses journées sont ryth­mées par les frot­te­ments de la porte coulis­sante et les deman­des incon­grues (quand elles ne sont pas incom­préhen­si­bles ou insup­port­a­bles) des clients. Con­tin­uer la lec­ture

Scalp. Cuir chevelu et muscles sous-jacents

Chris­tine AVENTIN, Scalp, Arbre à paroles, coll. « If », 2021, 110 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–750‑1

aventin scalpEn avril dernier, Chris­tine Aventin sor­tait Fem­i­niS­punk chez Zones, une réflex­ion anti-con­formiste sur le poten­tiel révo­lu­tion­naire des filles. Ce livre a occupé l’autrice pen­dant trois ans. Trois années durant lesquelles il n’y a pour­tant pas eu que l’écriture. Non. Or pas de place dans l’essai pour dire « la déban­dade poli­tique sur la ZAD où [elle] vivait », l’otite qui tourne mal au point de vivre « le coma, la douleur, l’aphasie », le crâne tré­pané, mais aus­si « les deux rup­tures amoureuses simul­tanées ». Non. Pas de place dans Fémin­iS­punk, livre de force et de puis­sance. Con­tin­uer la lec­ture

Le potentiel révolutionnaire des filles

Un coup de cœur du Car­net

Chris­tine AVENTIN, Fémin­iS­punk. Le monde est notre ter­rain de jeu, Zones, 2021, 136 p., 15 €, ISBN : 978–2‑355221–64‑4

aventin feminispunk« Chris­tine Aventin est une fille un peu gauche ; un écrivain con­trar­ié. De genre lit­téraire flu­ide, elle pub­lie au même momentScalp(poèmes) – (à l’arbre à paroles, col­lec­tion « if ») ». Ain­si se présente l’autrice dans les deux livres, signés de sa main, qui ont paru cette année.

Tout com­mence avec : t’écrirais pas un truc sur le fémin­isme punk ? ou com­ment les copines anar­cafémin­istes, à qui man­quait une déf­i­ni­tion, ont un jour inter­pel­lé Aventin. Fémin­iS­punk est sa « réponse ». Un essai – à pren­dre au sens de « ten­ta­tive de bricol­er [une] his­toire » – pour lequel l’autrice est ren­trée tout entière à l’intérieur du mot fémin­iS­punk. Con­tin­uer la lec­ture