Décès de Luce Wilquin

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Luce Wilquin

Le jour­nal Le Soir annonce ce matin le décès de l’éditrice Luce Wilquin, sur­venu le 12 août. Fon­da­trice et ani­ma­trice de la mai­son d’édi­tion qui porte son nom, elle a pub­lié plus de cinq cents livres sous ce label et a occupé une place con­sid­érable dans le paysage édi­to­r­i­al belge d’au­jour­d’hui.

Ayant suivi une for­ma­tion d’in­ter­prète et de tra­duc­trice, Luce Wilquin a tout d’abord tra­vail­lé dans le domaine de la tra­duc­tion. En 1975, elle suit son mari, André Del­court, à Lau­sanne en Suisse, où il a été engagé par une mai­son d’édi­tion. Elle-même se famil­iarise là-bas avec plusieurs métiers du livre: respon­s­able des pub­li­ca­tions pour la Fon­da­tion Nestlé, elle tra­vaille ensuite pour la mai­son d’édi­tion de beaux-livres Edi­ta, comme éditrice puis comme direc­trice édi­to­ri­ale. Après la ces­sa­tion des activ­ités d’Edi­ta, Luce Wilquin se relance du côté de la dif­fu­sion et dis­tri­b­u­tion, tra­vail­lant plus par­ti­c­ulière­ment les rela­tions avec la presse et les libraires.

Elle crée une pre­mière struc­ture édi­to­ri­ale en Suisse en 1987, mais l’ex­péri­ence tourne court après trois ans. Le pro­jet du cou­ple étant de revenir en Bel­gique, c’est en Bel­gique qu’elle installe sa nou­velle mai­son d’édi­tion, à laque­lle elle donne son nom, et qu’elle pilote tout d’abord depuis la Suisse. Créées en févri­er 1992, les édi­tions Luce Wilquin pro­posent d’emblée un cat­a­logue où les auteurs et autri­ces belges voisi­nent avec leurs homo­logues suiss­es. “Françoise Houdart ou Gérard Adam […] furent en fait les deux pre­miers auteurs pub­liés à cette enseigne”, expli­quait Luce Wilquin à Ghis­lain Cot­ton pour Le Car­net et les Instants n°170 (2012). “J’ai tra­vail­lé sur les deux pays depuis Lau­sanne, mais en revenant en Bel­gique tous les mois pour une semaine. J’étais basée chez mes par­ents à Dour, ce qui fut donc la pre­mière adresse de la mai­son.”

Le retour défini­tif en Bel­gique suit et la mai­son d’édi­tion s’in­stalle, comme sa fon­da­trice, à Avin (Han­nut). Les débuts sont dif­fi­ciles, tant sur le plan de la recon­nais­sance que sur celui des finances. Dans la même inter­view, Luce Wilquin expli­quait ain­si : “Au bout de dix ans, je com­mençais à piaf­fer un peu. On me con­sid­érait comme un petit arti­san région­al. On doutait de la qual­ité et du tra­vail fait avec les auteurs. Je répondais qu’il fal­lait leur deman­der à ces auteurs ce qu’il en était. Pour cer­tains, il fal­lait presque recon­stru­ire tout le roman. Ce qui a été le plus dur, surtout dans les dix pre­mières années, c’était de faire pass­er l’idée que je créais un cat­a­logue qui, sur le long terme, pour­rait impos­er sa cohérence et sa qual­ité.”

duhamel paul emond

Et le cat­a­logue, en effet, se con­stru­it, d’an­née en année. En 2018, lorsque Luce Wilquin cessera ses activ­ités pour des raisons de san­té, il totalis­era plus de cinq cents vol­umes, répar­tis dans dif­férentes col­lec­tions, telles que “Sméral­dine” et “Hypatie” pour le roman, “Euphémie” pour les nou­velles, ou encore “Noir pas­tel” pour le polici­er. À côté des oeu­vres lit­téraires, Luce Wilquin a aus­si un temps pub­lié des essais mono­graphiques con­sacrés à des auteurs et autri­ces belges : la col­lec­tion “L’oeu­vre en lumière” a ain­si notam­ment accueil­li un essai sur Nicole Mal­in­coni par Michel Zumkir, un autre sur François Wey­er­gans par Jean­nine Paque, sur Michel Lam­bert par Emi­lie Gäbele ou sur Xavier Han­otte par Joseph Duhamel.

damas si tu passes la riviere

Par­mi les auteurs et autri­ces au cat­a­logue de Luce Wiquin, on cit­era notam­ment Gérard Adam, Luc Baba, Isabelle Bary, Véronique Bergen, Valérie Cohen, Michel Claise, Dominique Coster­mans, Daniel Charneux, Kenan Görgün, Françoise Houdart, Françoise Lalande, Alain Lalle­mand, Anne-Frédérique Rochat, Lil­iane Schraûwen… Décou­vreuse de nom­breux tal­ents lit­téraires (elle a entre autres pub­lié de nom­breux pre­miers romans), Luce Wilquin a vu ses choix édi­to­ri­aux récom­pen­sés. Ain­si Nor­ma, roman de Daniel Charneux a‑t-il obtenu le prix Plis­nier en 2007. Mais le grand suc­cès de la mai­son reste Si tu pass­es la riv­ière de Geneviève Damas, qui a obtenu le prix Rossel — fait extrême­ment rare pour un prix qui récom­pense surtout les auteurs et autri­ces belges pub­liés en France — et le prix des Cinq con­ti­nents de la Fran­coph­o­nie.

Dans leur ouvrage de référence His­toire de l’édi­tion en Bel­gique (Les impres­sions nou­velles, 2018), Tan­guy Habrand et Pas­cal Durand résu­ment toute l’im­por­tance et la sin­gu­lar­ité du tra­vail de Luce Wilquin :

Par un com­pro­mis assez remar­quable entre prospec­tion des auteurs et adresse aux lecteurs, l’éditrice de Han­nut s’est ain­si créé une image de mar­que recon­naiss­able : celle d’une mai­son qui, sans céder aux mirages de la rareté ni aux facil­ités de l’édition com­mer­ciale, s’est durable­ment instal­lée dans un créneau
tourné tout entier vers la librairie tra­di­tion­nelle. (p. 420)

Les Éditions Luce Wilquin dans les archives du Carnet