Écrire l’indicible, dit-elle

Nicole MALINCONI, Le mot ne dit pas tout, dia­logue avec Frédérique Dol­phi­jn, Esper­luète, coll. « Orbe », 2023, 64 p., 12 €, ISBN : 9782359841619

malinconi le mot ne dit pas toutHuitième opus de la col­lec­tion « Orbe », créée en 2017 par les édi­tions Esper­luète, Le mot ne dit pas tout résulte d’un dia­logue entre Frédérique Dol­phi­jn et Nicole Mal­in­coni. La méth­ode a fait ses preuves et ne change pas ici : Nicole Mal­in­coni se prête au jeu et pioche des petits papiers sur lesquels fig­urent des mots, choi­sis par son inter­locutrice, qui con­stitueront le point de départ d’une réflex­ion sur l’écriture. Le style est spon­tané, le tutoiement naturel et les silences traduisent les hési­ta­tions et les doutes.

Ce n’est pas racon­ter qui prime pour moi, explique l’autrice, ce serait plutôt le désir de dire « au présent », de laiss­er aller l’écriture au départ d’une sit­u­a­tion, d’un événe­ment, d’un réel…

Dans ce texte, comme dans son œuvre, Nicole Mal­in­coni ne racon­te pas, elle évoque ses écrits, se dit, à par­tir de mots posés là sous ses yeux… Des mots qui font écho à ses sou­venirs, ses sources d’inspiration, sa con­cep­tion de l’écriture.

Il y a tout d’abord le mou­ve­ment du cray­on sur le papi­er, le mou­ve­ment interne de l’écriture et avec celle-ci Duras, Sar­raute, Beck­ett, Blan­chot. Ensuite, l’écriture comme une pho­togra­phie du réel, de l’ailleurs, lieu de mémoire des par­ents, de ceux qui ont con­nu la guerre. Puis, les mots comme matéri­aux d’écriture, l’écriture comme un choix, une laborieuse néces­sité, la ten­ta­tion de fuir avant d’y revenir. Les mots qui dis­ent la douleur des corps : les corps des patientes de l’hôpital, le corps vieil­lis­sant de la mère.

écrire à par­tir des mots des gens, les mots des femmes à l’hôpital, les mots de ma mère, les mots de mon père, les mots de Michelle Mar­tin et les mots non-dits de Michelle Mar­tin. Et aus­si les mots des gens de ma généra­tion qui dis­aient des choses de manière sans doute plus char­nelle et plus con­crète qu’on ne les dit main­tenant.

L’écriture mal­in­coni­enne est une écri­t­ure intran­si­tive, mais qui se dit par et – par­fois – pour les autres. Le va-et-vient de la lec­ture à l’écriture, de la parole à l’écrit, la dif­fi­culté à dire le réel font égale­ment par­tie de la réflex­ion qu’elle nous livre :

par­ler de l’écriture dans l’écriture. C’est peut-être une gageure, dit-elle…

Dans ce court texte, à tra­vers quinze mots choi­sis par Frédérique Dol­phi­jn, Nicole Mal­in­coni parvient à dire le proces­sus de l’écriture qui est le sien, et au-delà, livre une réflex­ion pro­fonde sur le monde dont elle con­state l’évolution.

Lau­ra Delaye

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