Armel JOB, Le passager d’Amercœur, Robert Laffont, 2024, 272 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782221273456
Le passager d’Amercœur, le lecteur fait bien vite sa connaissance, dans le souvenir de l’instance narrative du récit d’Armel Job :
Sur la fourche avant du vélo était arrimé un grand panier métallique, accessoire indispensable aux ménagères, grâce auquel elles transportaient leurs commissions à la maison. Mais, dans le panier de Céleste, à la place des attendus sachets en papier kraft d’où s’échappaient le cou des poireaux ou la tignasse frisée d’une endive, se dressait la bobine d’un petit garçon, engoncée dans le col d’une veste flambant neuve un peu trop grande pour lui. […] Même aujourd’hui, en effet, quand je pense à Momo, c’est cette vision du petit passager d’Amercœur qui me vient aussitôt à l’esprit et me serre la gorge, comme si son air d’otage muet dans le porte-bagages où Céleste l’avait solidement arrimé préfigurait son destin tout entier.
Voilà donc l’entrée en scène du petit Momo que Céleste (et accessoirement son mari Armand) a été chercher à Anvers, en 1952, pour combler son mal d’enfant.
Adolescent, Momo participe à un camp scout d’où l’on pouvait apercevoir au loin une belle villa, avec une terrasse à balustrade s’avançant à pic sur une haute falaise. Avec son ami, il guette la femme qui va parfois s’y accouder, belle et désirable, vêtue d’un short et d’un débardeur. Il dit :
– Un jour, cette maison, elle sera à moi. […]
– Et si la jolie madame de la terrasse ne veut pas te la vendre ?
– Alors, c’est simple, je la basculerai par-dessus le parapet.
En 1988, un corps sans vie est retrouvé au pied d’un rocher à mi-hauteur de la falaise, corps qui n’a pu que tomber de la terrasse de la belle villa. Et ce corps, c’est celui de Grâce, « la femme à Momo » !
Momo qui possède à Liège un beau magasin de chaussures, Momo qui est le propriétaire de la belle villa perchée dont la propriétaire précédente, Corinne Fergus, qui était devenue sa maîtresse… s’est suicidée en se jetant de sa terrasse ! Alors ? Accident ? Suicide ? Meurtre ? Accidents ? Suicides ? Meurtres ?
À partir de ces quelques pièces de puzzle – et encore, seul le lecteur est au courant des projets de Momo adolescent –, chacun va mener son enquête, ou sa non-enquête, à sa manière.
Pour le commandant de gendarmerie Bodart et pour le Parquet, la cause est vite entendue : Grâce était suicidaire, elle a laissé une lettre de désespoir ; c’est donc qu’elle s’est suicidée.
L’adjudant-chef Guillaume ne l’entend pas de cette oreille : la présence d’une certaine Mercedes jaune au mauvais endroit à la bonne heure lui pose question. Mais comment mener une enquête qui n’existe pas ? Parfois un utilisant le prestige de l’uniforme, parfois en utilisant la discrétion d’une conversation informelle en civil. « Si vous préférez, je vous convoque à la gendarmerie à une heure qui nous convient ».
C’est Adrien Dumont – ou plus exactement son chien Sultan, qui a trouvé le corps. Ce genre de rencontre crée des liens et, en digne professeur émérite de l’université de Liège, ce spécialiste des Celtes va lui aussi chercher à percer le mystère. Car la présence d’une certaine boucle d’oreille gravée de deux initiales lui pose question.
De « on-dit » en non-dits, d’interprétations hâtives en conclusions partiales, la personnalité complexe de Momo va se révéler progressivement, par fragments. Et seul le lecteur aura connaissance de l’ensemble de ces éléments. Pauvre Momo.
Marguerite Roman