Christian LIBENS, dessins de Marie-Pierre UENTEN, Les arbres marchent, Bleu d’Encre, 2025, 42 p., 12 €, ISBN : 9782930725901
On connait le romancier, le spécialiste du polar belge, le chroniqueur ou l’éditeur. On reconnait surtout en Christian Libens cet arpenteur nomade des lieux hantés par la littérature. La Wallonie, les pistes ardennaises, Liège, Rome, Paris et les terres simenoniennes sont ses principaux terrains d’exploration. On connait moins le poète et pour cause, son dernier recueil a paru chez l’éditeur verviétois La Dérive en 1991 sous le titre Cinéma. Un poète rare donc qui revient à la poésie comme on retrouve une vieille connaissance. Continuer la lecture



Des textes brefs font la part belle aux évocations d’autrefois. Les images se bousculent dans une succession d’instantanés couleur sépia.
De tous les auteurs belges francophones, Michel Lambert a sans doute à son actif une des productions les plus fournies dans le genre de la nouvelle puisqu’à ce jour, on dénombre onze recueils parus parallèlement à son activité de romancier. La parution de son premier ouvrage remonte à 1987 et le plus récent date de 2022, tandis que plusieurs prix littéraires en ont souligné la qualité. Les éditions Weyrich ont eu la bonne idée de rassembler une douzaine de textes issus de différents recueils et couvrant une trentaine d’années, ce qui nous offre un panorama de sa production. À les lire, on mesure d’emblée la très grande homogénéité de son œuvre. Celle-ci se traduit dans son écriture, mais aussi et surtout dans l’univers narratif d’une rare constance, à telle enseigne que l’on peinerait à reconstruire une chronologie sans consulter les notes qui précisent les ouvrages parus dont elles ont été extraites.
Les éditions de la Province de Liège publient un Ardent dictionnaire des auteures & auteurs liégeois. Signé par Christian Libens, l’ouvrage allie le ludisme à l’érudition.
La peinture de nus féminins, signée Geneviève Van Der Wielen, en couverture du recueil de nouvelles de Christian Libens, Sève de femmes, ainsi que son titre, pourraient le ranger dans la catégorie des erotica. Ce qu’il est mais pour partie seulement. Il fait d’ailleurs écho à un autre titre, Amours crues, publié au Grand Miroir en 2009, dont le présent recueil reprend trois textes aux versions remaniées et définitives.
Peur sur Liège depuis qu’un gastronome d’une espèce particulière saigne des jeunes femmes, prostituées de préférence, en leur dévorant goulument les seins… Tout cru, à même le corps et sans autre accommodement.
Que voilà un ouvrage curieux ! De par son dynamisme. Qui se dépêtre d’un (faux) paradoxe : en dire beaucoup et, sans doute, vouloir exécuter un tour complet de la question tout en se révélant court, compact et… très comestible. À mille lieues d’un ennuyeux pensum. De par sa mise en page, aussi, ou sa mise en images : la moitié du livre consiste en couvertures de livres, des allures de Rosebud (nul doute qu’une larme perlera chez beaucoup au détour de l’une ou l’autre plongée vers nos lectures de jeunesse). 
Sans équipage, ainsi se nomme le dernier esquif poétique de Claude Raucy ; il a toutefois pour bagage, pour compagnie, une douzaine de dessins de Jean Morette, ce passager si peu clandestin du recueil. C’est que les deux vieux loups furent moussaillons à Vieux-Virton, au temps jadis, et naviguèrent de conserve entre les bancs de la même école villageoise, à Saint-Mard. Et puis les lieux, les itinéraires, les vies changèrent. S’ils firent tous deux profession d’enseignant, Raucy a notoirement construit une riche bibliographie de romans pour la jeunesse, tandis que Morette a édifié une œuvre plastique reconnue, consacrée plus particulièrement à la sculpture. Comme par un espiègle clin d’œil de l’âge mûr, les voici réunis pour la première fois dans une création commune. Sans équipage emporte à son bord trente-et-un poèmes, quatre chansons pour la mer et onze dessins. Un beau viatique !
La suite de notre rétrospective de l’année. Aujourd’hui : le choix de Christian Libens.
Suite de notre rétrospective de l’année littéraire belge.
Comme Joseph Delmelle jadis ou Joël Goffin naguère, Guy Delhasse est un chasseur de fantômes d’écrivains, c’est-à-dire qu’il s’est donné pour mission de repérer les traces laissées dans leurs œuvres par les auteurs qui ont hanté telle ville ou telle région. En véritable Sherlock Holmes de notre littérature, il mène ainsi depuis deux décennies ses recherches et ses pas dans presque toute la Wallonie orientale, passant de Liège à Bastogne, de Huy à Spa et d’Andenne à Verviers.
Né à Emmels en 1939, le poète Robert Schaus nous a quittés durant l’hiver dernier. Homme riche de deux cultures (et même de trois puisqu’il fut longtemps professeur d’anglais), il a construit une œuvre double, publiant tantôt en allemand, tantôt en français. Comme l’écrit son ami Bruno Kartheuser dans un Memento qui illustre l’existence du poète parmi les siens (famille, amis, confrères) en des temps et des lieux tellement significatifs : « Dans le cadre des Cantons de l’Est, une vie de 1939 à 2015 comprend […] la guerre en 1940, le vécu de l’offensive des Ardennes et la fin de la guerre, les années de la reconstruction et de la transformation de la culture paysanne, le passage à l’autonomie culturelle dès 1970 et finalement les débuts cahotants et clopinants de cette dernière pendant quatre décennies. » Par ailleurs plasticien, Robert Schaus a publié à partir de 1972 treize recueils de poésie, dont sept en français.