Paul COLIZE, Le meurtre de la rue Blanche, Hervé Chopin, 2024, 314 p., 19,50 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782357208469
Le nouveau livre de Paul Colize est un polar bien belge, qui se passe à Bruxelles, entre la rue Haute, « le monumental Palais de Justice, couvert de crasse et balafré d’échafaudages [qui] veillait sur le chaos » et bien sûr … la rue Blanche et même l’avenue Montjoie, avec quelques détours par la prison de Jamioulx et Luxembourg, haut-lieu de la finance en Europe. Avec même une inspiration venue d’Australie… Les voyages ne font pas que former la jeunesse ; ils sont aussi la trame d’une bonne enquête !
Qui a tué l’avocat d’affaires, Tanguy Anselme ? « Sa Majesté Tanguy Anselme. Elle le revit, bouffi d’orgueil, le regard hautain, se pavanant dans sa voiture de nabab, traitant avec mépris ses subalternes, toisant ses semblables comme un basketteur dans un mariage de nains. » Son cadavre a été retrouvé dans la province de Luxembourg, une pièce de 5 francs suisses coincée dans la gorge, et à plus de 280 km de sa voiture retrouvée à Lille !
Le dossier, délicat et puant, est confié à la juge d’instruction Emma Toussaint, une battante doublée d’un bourreau de travail, maniant l’humour caustique et les traits d’esprit, le tout emballé dans un langage plus que cash. Le binôme qu’elle forme avec son greffier, Fabrice Colet, est d’une redoutable efficacité professionnelle (c’est mieux pour résoudre les enquêtes) et représente aussi une belle réussite littéraire, alliant deux personnalités atypiques. Leurs échanges sont un véritable régal à lire.
Revenons-en à notre enquête. L’affaire se corse, entre une instance narrative mystérieuse qui dévoile progressivement des meurtres de vieilles dames seules – quel rapport avec l’assassinat d’un avocat riche et célèbre? –, une série d’appels anonymes à propos d’une erreur judiciaire dans l’affaire du meurtre de la rue Blanche, un second meurtre « à la pièce de 5 francs suisses », « quelqu’un » qui repasse dans sa tête tout ce qui avait pourtant si bien fonctionné dans l’exécution de Maître Anselme…
Les dialogues du Meurtre de la rue Blanche sont vifs, les descriptions percutantes, le style incisif ; bref, tout cela est bien jouissif et se lit avec impatience et délectation. Même si le ressort narratif de l’expérience personnelle d’un protagoniste qui lui permet de faire advenir la vérité a déjà été utilisé dans le dernier roman de procès en date.
Et pour finir …
Fait numéro 1 : Et pourquoi, d’entrée de jeu, la maxime Rien ne sert de courir, il faut partir à point est-elle attribuée à Alphonse de Lamartine ?
Fait numéro 2 : L’auteur achète-t-il vraiment son arabica de Papouasie chez Di Santo à Waterloo ?
Fait numéro 3 : Dites-moi que « ça est par hasard » que le Palais de Justice vient « d’enlever le haut » On dirait presque que c’est en réponse à la description savoureuse de la page 8.
Marguerite Roman