Initialement paru en 1995, Moi qui n’ai pas connu les hommes, de la romancière belge Jacqueline Harpman (1929–2012), connait ces derniers temps un succès exceptionnel dans ses traductions anglaises. Stock, son éditeur français, lui offre une seconde vie.
Moi qui n’ai pas connu les hommes est l’histoire de quarante femmes enfermées dans une cave sous la surveillance de gardiens qui les nourrissent. Certaines gardent le souvenir d’une époque antérieure, où elles avaient un mari, des enfants, vivaient dans un monde plus large que leur geôle. Pour une raison inconnue, elles sont libérées, quittent leur cave et se mettent à errer dans un monde ravagé, déserté, à la recherche d’autres être vivants.
Lors de sa première édition en 1995 aux éditions Stock, le roman avait reçu un accueil critique et public favorable. Il figurait notamment parmi les finalistes du prix Femina.
Rien de comparable toutefois avec l’engouement qu’il suscite aujourd’hui.
Comme La servante écarlate
Cette renaissance puise son origine au Royaume-Uni, lorsque le roman reparait aux éditions Vintage Publishing en 2019. La traduction est signée Ros Schwartz. Le livre avait été publié une première fois outre-Manche en 1997, dans la foulée de la première édition française, sous le titre The Mistress of Silence. L’édition 2019 est quant à elle plus fidèle à l’original : le livre s’appelle désormais I who have never known men.
Avec l’épidémie de covid 19, le livre connait un succès immense. Il est en particulier plébiscité par les réseaux sociaux ; bookstagrammeurs et booktokkers en recommandent massivement la lecture. L’ouvrage résonne en effet en plein avec l’actualité. Ces femmes isolées parlent immédiatement à un public contraint au confinement et à la distanciation sociale.
En 2022, un éditeur américain, Transit Books, décide à son tour de publier le livre dans la traduction de Ros Schwartz. Le succès britannique se confirme et s’amplifie. Le roman se prête notamment à une lecture féministe qui fait mouche à l’heure où l’élection de Donald Trump fait craindre une sévère régression dans les droits des femmes et où les discours masculinistes polluent de plus en plus le débat public.
Dans les médias et sur les réseaux sociaux, le roman de Jacqueline Harpman est volontiers comparé à La servante écarlate de Margaret Atwood.
Retour en France
Après cette marche triomphale dans le monde anglo-saxon, Moi qui n’ai pas connu les hommes a à présent l’occasion de connaitre un second souffle en français aussi. Stock propose une nouvelle édition du livre, disponible en librairie depuis le 30 avril 2025. Elle est assortie d’une préface de la romancière Julia Malye. Détail amusant : le livre reprend la couverture mise au point par Vintage Publishing en 2019. Gage d’un succès similaire à celui rencontré auprès du public britannique ? C’est bien sûr l’ambition des éditions Stock. Et c’est tout ce qu’on souhaite à ce roman qui mérite assurément d’être (re)découvert.
Plus d’information
- Notre recension de Moi qui n’ai pas connu les hommes (1995)
- Tous nos articles sur Jacqueline Harpman
- “La vie derrière soi. Le motif de la terre déserte dans Moi qui n’ai pas connu les hommes de Jacqueline Harpman” (article de Patrick Bergeron dans Textyles n°48, 2016)




