Un coup de cœur du Carnet

La fille démantelée
Autrice : Jacqueline Harpman
Postface : Laurence Boudart
Maison d’édition : Espace Nord
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 300
Prix : 10 €
Livre numérique : 6,99 €
EAN : 9782875687395
Comment tuer sa mère morte, une mère qui ne vit plus qu’en soi, qui hante et domine sa fille post mortem comme elle l’a fait de son vivant ? « Reste morte, ma Mère ». Aussi célèbre que l’incipit de L’étranger de Camus avec lequel il offre un effet de contraste, la première phrase injonctive de La fille démantelée nous convie à entrer dans le récit d’Edmée qu’elle construit comme un tombeau dédié à sa mère défunte. Mettant en forme leur relation asphyxiante, destructrice, sondant le mélange d’amour et de haine qui lie mère et fille, les phrases que nous lisons forment non pas un tombeau littéraire, glorieux, au sens classique du terme, mais une sépulture de mots, une stèle funéraire afin que la mère Rose se taise à jamais, délivre enfin Edmée. La mort d’une génitrice proche de Folcoche, de Madame Lepic ne suffit pas : l’écriture seule est en mesure de parachever la crémation. Continuer la lecture







Une énième étude sur le fantastique belge ? Le sujet n’est-il pas rebattu ? Et des spécialistes de la carrure d’un Baronian ne se sont-ils pas assez exprimés sur la question pour qu’on puisse enfin considérer le terrain comme défriché, balisé, connu ? Le spécialiste en comparatisme dans le domaine francophone Bacary Sarr anticipe cette remarque en avertissant d’emblée que son étude ne fera intervenir nul bestiaire à cornes ou à canines et ne convoquera aucun esprit à coup de table tournante. Se démarquant en effet du « fantastique conventionnel », il privilégie celui « qui se fonde sur une perception intérieure particulière de la réalité ».
Se replonger dans l’œuvre d’une autrice aimée, mais dont on a fait la connaissance il y a de nombreuses années, c’est toujours prendre un gros risque. Il se pourrait que l’écrivain adulé déçoive, que ses ficelles paraissent grossières, que ses descriptions agacent et que ses audaces semblent à présent bien banales. Il n’en a rien été. La première chose qui frappe à la lecture de La dormition des amants, c’est à quel point le classicisme élégant de l’écriture de Jacqueline Harpman est efficace, et continue à charmer. 
