Romain BAERTSOEN, Danse de la grue couronnée, Genèse édition, 2025, 336 p., 24,50 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑3820104–33
Avec la publication de son livre Danse de la grue couronnée, Romain Baertsoen nous emmène dans une saga (annonce l’éditeur) qui développe un formidable récit sur trois générations de femmes, depuis le début du 21e siècle, 2002, où une femme retourne au Rwanda pour témoigner des atrocités du génocide commis par des Hutus extrémistes contre les Tutsis en 1994.
L’auteur a travaillé comme économiste pendant quarante ans dans le cadre la coopération belge au Rwanda, au Burundi et au Vietnam. Il a profondément fouillé cette histoire terrible et a été témoin de la plupart des événements que traversent les personnages qui sont, souvent, des prétextes pour pouvoir développer un véritable documentaire, un livre historique, autour de cette vertigineuse question rwandaise et de cette sombre histoire qui ne s’est pas encore entièrement clôturée…
Comme on parle de « docu-fiction », on pourrait parler ici de « docu-récit » qui offre comme une arche où les événements, les faits historiques, les témoignages s’enchainent pour construire la trame d’un récit qui montre une sorte d’impitoyable logique de l’horreur.
Le 14 novembre 2002, Alice présenta son passeport belge à l’officier de l’immigration de l’aéroport de Kigali, puis elle descendit prudemment le long de l’escalier pour récupérer sa valise à la douane.
Alice remarqua que l’aéroport ne portait plus le nom de Grégoire Kayibanda, le premier président du Rwanda indépendant. Il s’appelait désormais “Kigali International Airport”
Le livre, depuis ce point de départ romanesque, remonte jusqu’en 1893, les colonisations allemande, puis belge, l’indépendance de 1962 et les nombreux massacres perpétrés par les extrémistes Hutus contre les Tutsis tout au long de cette terrible histoire marquée par un profond sentiment d’injustice sociale et économique vécu par les Hutus… jusqu’aux procès qui ont suivi le génocide. Ayons toujours à l’esprit le récit de Kafka, La métamorphose, qui ne cesse de nous rappeler cette hypothèse d’un homme transformé en vermine… Le mal court…
Ce livre important commémore le trentenaire de la fin du génocide, mais chaque année nous renvoie régulièrement aux séquelles de ce massacre qui fit près d’un million de morts en cent jours, d’avril à juillet…
Dans la région, depuis l’indépendance du Rwanda en 1962 jusqu’à aujourd’hui, les relations du Rwanda des Grands Lacs et des Mille collines ont toujours été tendues avec les voisins que sont le Burundi et le Congo RDC. Grâce au livre de Romain Baertsoen, les lectrices et lecteurs pourront découvrir les failles, les gouffres, les plis et replis, les surgissements de l’Histoire dans un récit qui tente d’embrasser au plus près cette histoire tumultueuse et tragique.
Bien entendu, cette fourmilière documentaire s’éloigne souvent de la notion de « roman », mais en sacrifiant à la précision et à la justesse du développement de cette histoire de l’Afrique centrale et du Rwanda, le récit devient une forme de constellation documentaire de haute tenue où des personnages de fiction conduisent la lecture de qui souhaiterait mieux comprendre ce qui arriva en 1994 et comment un génocide se prépare… incidemment, lentement, sûrement, impitoyablement.
Daniel Simon